mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-22VE02430 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement n° 2201620 du 3 octobre 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 octobre et 3 novembre 2022, M. B, représenté par Me Namigohar, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler cet arrêté ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) d'enjoindre à ce préfet de produire son entier dossier ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la régularité du jugement :
- le jugement attaqué est entaché d'irrégularité à défaut pour le tribunal d'avoir ordonné au préfet la communication de son entier dossier administratif, en méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le jugement est entaché d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle ;
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- la compétence de sa signataire n'est pas justifiée ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il révèle un défaut d'examen particulier de sa demande et est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de droit, relative aux fondements sur lesquels celle-ci a été présentée ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour ;
- le refus de titre de séjour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur la décision de refus de titre de séjour qui est elle-même illégale ;
- la compétence de sa signataire n'est pas justifiée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur l'obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;
- la compétence de son signataire n'est pas justifiée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. B, ressortissant bangladais né le 6 décembre 2001 à Raykhail, a déclaré être entré sur le territoire français au mois d'août 2017. Le 19 janvier 2022, il a sollicité son admission au séjour. Par un arrêté du 31 janvier 2022, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B relève appel du jugement du 3 octobre 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur la régularité du jugement :
3. Si M. B fait grief aux premiers juges de ne pas avoir fait droit à ses conclusions tendant à ce qu'ils mettent en œuvre leur pouvoir d'instruction pour faire produire son entier dossier administratif, une telle production n'était pas utile dès lors que le tribunal, qui dirige seul l'instruction, disposait de tous les éléments utiles, dont l'intéressé a eu connaissance, pour statuer en toute connaissance de cause sur le litige qui lui avait été soumis. Il suit de là que
M. B n'est pas fondé à reprocher au tribunal d'avoir méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. Si M. B soutient que le tribunal a commis une erreur dans l'appréciation de sa situation personnelle, ce moyen se rattache au bien-fondé du jugement. Il est donc sans incidence sur sa régularité et doit être écarté.
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble de l'arrêté :
5. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté, déjà soulevé en première et à l'appui duquel M. B ne présente en appel aucun élément de fait ou de droit nouveau, doit être écarté pour le même motif que celui retenu à bon droit et exposé par les premiers juges au point 5 du jugement attaqué.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
6. Le refus de titre de séjour litigieux comporte les éléments de droit et de fait qui le fondent et est ainsi suffisamment motivé.
7. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté qu'avant de le prendre, le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la demande de l'intéressé, alors même que le préfet n'aurait pas mentionné l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. B. Pour les mêmes motifs que ceux retenus à bon droit par le tribunal et exposés au point 7 du jugement attaqué, le préfet n'a pas commis d'erreur de fait en ne retenant pas que le requérant était étudiant. Par ailleurs, il ressort de la fiche de salle produite par le préfet en première instance que le requérant a entendu solliciter la délivrance d'un titre de séjour sur le seul fondement de la vie privée et familiale, mais ni en tant que jeune majeur, ni en tant qu'étudiant, et pas non plus au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Il ne saurait être inféré de la circonstance que le préfet a spontanément relevé, comme il lui était loisible de le faire, que M. B ne pouvait bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " et que sa situation ne justifiait pas sa régularisation à titre exceptionnel, que le requérant aurait présenté sa demande sur l'ensemble de ces fondements. Le préfet, qui a examiné la demande de M. B avec sérieux, n'a commis ni erreur de fait ni erreur de droit et ces trois moyens doivent donc être écartés.
8. M. B est entré en France à l'âge de seize ans. Aidé par l'association Urgence jeunes entre 2018 et 2021, il a entamé sa scolarité en lycée professionnel, notamment marquée par l'obtention de diplômes professionnels le préparant à l'exercice de la profession de menuisier et la réalisation de stages de menuiserie, et a effectué de premières démarches afin de régulariser sa situation administrative. Il a ensuite été pris en charge par la famille de M. C D, qui a engagé une procédure d'adoption simple du requérant au mois de juillet 2021. En s'appuyant sur l'attestation de la mère de M. D et celle de Mme E, éducatrice responsable d'accueil, le requérant entend établir l'intensité du lien qui l'unit à sa famille d'accueil. Cependant, l'expérience, les qualifications professionnelles et d'une façon plus générale, le niveau d'intégration sociale et les attaches dont l'intéressé se prévaut, n'ont pas le caractère de motifs exceptionnels ni de circonstances humanitaires au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne lui permettent donc pas d'obtenir à titre exceptionnel, sur le fondement de ces dispositions, la régularisation de sa situation administrative. S'agissant en particulier des liens du requérant avec sa famille d'accueil, la production d'une attestation notariale relative à l'introduction d'une procédure d'adoption simple de M. B par M. D, à laquelle M. B ne justifie d'ailleurs pas avoir ensuite consenti, n'a pas pour effet d'anéantir ceux conservés avec sa famille restée au Bangladesh, auprès de laquelle il ne justifie pas ne pas pouvoir retourner. Le préfet a donc fait une application exempte d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation de ces dispositions. Pour les mêmes motifs, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, de telle sorte que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a fait une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle, qui a d'ailleurs été sérieusement examinée, ainsi que le révèlent les termes de cette décision.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
9. La décision d'éloignement litigieuse comporte les éléments de droit et de fait qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée.
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 8 de la présente ordonnance, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, en tout état de cause, des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être écartés. Pour les mêmes motifs également, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a fait une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle, qui a d'ailleurs été sérieusement examinée, ainsi que le révèlent les termes de cette décision.
11. Il ressort de ce qui vient d'être dit que M. B n'établit pas que le refus de titre de séjour est entaché d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. Le préfet a visé le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier l'article L. 721-4 de ce code, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a mentionné que M. B, ressortissant bangladais, pouvait être reconduit à destination du pays dont il a la nationalité ou à destination d'un autre pays dans lequel il est légalement admissible. La décision fixant le pays de destination est ainsi suffisamment motivée, alors même que le préfet n'a pas repris l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant.
13. Il ressort de ce qui vient d'être dit que M. B n'établit pas que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
14. M. B reprend en appel le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au soutien duquel il n'invoque aucun élément de droit ou de fait nouveau. Il y a donc lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges et exposés au point 14 du jugement attaqué.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Versailles, le 25 juin 2024.
La Conseillère d'État,
Présidente de la cour administrative d'appel de Versailles
N. Massias
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
3
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026