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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE00174

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE00174

mardi 5 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE00174
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler l'arrêté de la préfète d'Indre-et-Loire du 17 octobre 2022 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de sa destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Par un jugement no 2203905 du 28 décembre 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2023 sous le n° 23VE00174, Mme B, représentée par Me Ségolène Rouille-Mirza, avocate, demande à la cour :

1°)d'annuler ce jugement ;

2°)d'annuler cet arrêté ;

3°)de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est entachée d'un défaut de saisine pour avis d'un collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle méconnaît les dispositions de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;

-elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle entend exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination ;

-cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle entend exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français ;

-cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'interprétation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête de Mme B a été transmise au préfet d'Indre-et-Loire qui n'a pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Camenen a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante géorgienne née le 10 octobre 1955 et entrée sur le territoire français le 10 mars 2022 selon ses déclarations, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Par une décision du 21 juin 2022, le directeur général de l'office français de la protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande. Par un arrêté en date du 17 octobre 2022, la préfète d'Indre-et-Loire a pris à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de sa destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Mme B relève appel du jugement du magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans du 28 décembre 2022 rejetant sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'office français de l'immigration et de l'intégration () ".

3. Dès lors qu'elle dispose d'éléments d'informations suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie, prévue au 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, recueillir préalablement l'avis d'un collège de médecins à compétence nationale de l'office français de l'immigration et de l'intégration.

4. La requérante soutient que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure, faute pour la préfète d'Indre-et-Loire d'avoir saisi préalablement le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration pour apprécier de son état de santé. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier des comptes rendus d'hospitalisation de Mme B, que l'état de santé de cette dernière nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, elle ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la préfète d'Indre-et-Loire aurait disposé d'éléments suffisamment précis sur l'état de santé de Mme B, imposant de recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté serait entaché d'un vice de procédure doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Et aux termes de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 () Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. "

6. La requérante soutient que l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute pour la préfète d'Indre-et-Loire de s'être livrée elle-même à une appréciation de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde et des libertés fondamentales. Toutefois, si cet arrêté fait effectivement état du rejet de la demande d'asile par une décision du directeur général de l'OFPRA statuant en procédure accélérée, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète se serait crue liée par cette décision et qu'elle ne se serait pas livrée à une appréciation d'une éventuelle violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'arrêté indiquant d'ailleurs que la requérante n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la motivation de l'arrêté contesté, que la préfète d'Indre-et-Loire s'est livrée à un examen particulier de la situation de la requérante.

8. Enfin, si Mme B a produit plusieurs documents médicaux faisant état d'une polyarthrite rhumatoïde, il ne ressort pas de ces documents qu'elle ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine où elle a d'ailleurs vécu au moins jusqu'à l'âge de soixante-sept ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 33 de la convention relative au statut de réfugié : " 1. Aucun des Etats contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques () ".

11. La requérante soutient qu'elle aurait été menacée dans son pays d'origine par un médecin qui la soignait dans un hôpital. Toutefois, ces allégations ne sont nullement étayées et elles ne permettent pas d'établir l'existence d'un risque encouru personnellement par Mme B en cas de retour dans son pays d'origine. En outre, sa demande d'asile a été rejetée. Dans ces conditions, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir qu'en fixant la Géorgie comme pays de destination, la préfète d'Indre-et-Loire aurait méconnu les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 3 de la convention des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, en tout état de cause, celles de l'article 33 de la convention relative au statut des réfugiés.

Sur les décisions portant interdiction du retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination.

13. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

14. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a déclaré être entrée récemment en France et ne justifie d'aucune attache particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année, la préfète d'Indre-et-Loire, qui n'était pas tenue de motiver expressément sa décision au regard de l'absence de mesure d'éloignement antérieure et de menace à l'ordre public, n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. Il résulte de tout ce qui a été dit que Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, les conclusions de la requérante présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Signerin-Icre, présidente,

M. Camenen, président assesseur,

Mme Houllier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.

Le rapporteur,

G. CamenenLa présidente,

C. Signerin-Icre

La greffière,

T. René-Louis-ArthurLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

No 23VE00174

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