Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d’annuler la décision du 25 septembre 2019 par laquelle la directrice du centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre l’a suspendu de ses fonctions et de condamner le centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre à lui verser la somme de 60 000 euros en réparation des préjudices résultant du caractère illégal de cette décision.
Par un jugement n° 1914829 du 2 décembre 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 2 février 2023, M. A..., représenté par Me Konate, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement du 2 décembre 2022 ;
2°) d’annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 25 septembre 2019 ;
3°) de condamner le centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre à lui verser la somme de 60 000 euros ;
4°) de mettre à la charge du centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
le caractère vraisemblable des faits qui lui sont reprochés n’est pas démontré ;
en tout état de cause, ces faits ne constituent pas des circonstances exceptionnelles mettant en péril la continuité du service et la sécurité des patients ;
la mesure de suspension qui a été prononcée à son encontre lui a causé un préjudice financier, en l’absence de possibilité d’effectuer des gardes rémunérées, qui peut être évalué à la somme de 20 000 euros ;
cette mesure a également nécessité l’engagement de frais d’avocat, dont il demande le remboursement à hauteur de la somme de 10 000 euros ;
enfin, elle est à l’origine d’un préjudice moral, qui peut être évalué à la somme de 30 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2025, le centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre, représenté par Me Champenois, conclut au rejet de la requête de M. A... et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à sa charge au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre fait valoir que les moyens invoqués par M. A... à l’encontre de la décision du 25 septembre 2019 sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code de la santé publique ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Troalen,
les conclusions de M. Lerooy, rapporteur public,
et les observations de Me Champenois, représentant le centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre.
Considérant ce qui suit :
M. A..., praticien hospitalier affecté à temps partiel au centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre, a fait l’objet le 25 septembre 2019 d’une mesure de suspension de ses fonctions d’anesthésiste-réanimateur prononcée par la directrice de cet établissement, à la suite d’une plainte concernant un comportement inapproprié de ce praticien à l’égard d’une patiente et d’une sage-femme de l’établissement. Il relève appel du jugement du 2 décembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cette décision ainsi qu’à la condamnation du centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre à l’indemniser des préjudices qu’il estime avoir subis du fait de cette mesure.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article R. 6152-77 du code de la santé publique : « Dans l'intérêt du service, le praticien qui fait l'objet d'une procédure disciplinaire peut être immédiatement suspendu par le directeur général du Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière ».
Par dérogation aux dispositions citées au point 2, le directeur d’un centre hospitalier qui, aux termes de l’article L. 6143-7 du code de la santé publique, exerce son autorité sur l’ensemble du personnel de son établissement, peut légalement, dans des circonstances exceptionnelles où sont mises en péril la continuité du service et la sécurité des patients, décider de suspendre les activités cliniques et thérapeutiques d’un praticien hospitalier au sein du centre, sous le contrôle du juge et à condition d’en référer immédiatement aux autorités compétentes pour prononcer la nomination du praticien concerné.
Il ressort des pièces du dossier que, le 11 septembre 2019, en sortant d’une consultation d’anesthésie prévue dans le cadre du suivi de sa grossesse au centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre, une patiente s’est plainte à l’accueil de cet établissement et auprès du personnel de la maternité des conditions dans lesquelles s’était déroulée cette consultation avec M. A..., en indiquant que ce dernier, qui avait eu durant toute la consultation des propos déplacés sur son apparence physique, avait, en manipulant son stéthoscope, passé sa main sur sa poitrine, en la glissant sous son soutien-gorge, puis, après lui avoir demandé de relever sa robe, avait touché le bas de son dos, sans la prévenir, et lui avait à plusieurs reprises caressé le bras. Elle a réitéré le lendemain ses déclarations auprès de sage-femmes de la maternité, à la demande de ces dernières, à l’issue d’un cours de préparation à l’accouchement, puis, le 18 septembre 2019, devant la responsable des affaires juridiques et le chef du pôle gynécologie-obstétrique dans le cadre de l’enquête administrative ouverte à ce sujet. Elle a, à nouveau, fait part de ces faits, le 18 septembre 2019, lors d’une audition au commissariat de police de Nanterre, en précisant qu’après avoir lâché son appareil, le praticien avait passé sa main plus de dix secondes sur chacun de ses seins et les avait caressés sous son soutien-gorge. Si M. A... fait valoir que les déclarations de l’intéressée sont mensongères, que la procédure pénale ouverte à son encontre a été classée sans suite, que la patiente n’a pas porté plainte et que le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière n’a pas ouvert de procédure disciplinaire à son encontre, l’ensemble de ces circonstances n’est pas de nature à remettre en cause le caractère vraisemblable des accusations portées à son encontre par cette patiente, qui a été constante dans ses déclarations auprès de différents membres du personnel de l’établissement et auprès de la police, qui a relaté en des termes circonstanciés le déroulement de la consultation, et qui paraissait choquée lors de ces différentes auditions. En outre, les déclarations de plusieurs sage-femmes entendues au cours de l’enquête administrative relèvent un comportement présenté comme gênant et inadapté du praticien vis-à-vis du personnel féminin, ce que l’établissement a pu prendre en compte, non de manière autonome pour justifier la suspension, mais pour confirmer le caractère vraisemblable des faits imputés par la patiente. Ainsi, M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision prise par la directrice du centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre est fondée sur des faits dépourvus de vraisemblance.
Si les faits imputés à M. A..., en dépit de leur caractère isolé, étaient, compte tenu de leur gravité, de nature à mettre en péril la sécurité des patientes accueillies au centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre, l’établissement n’apporte aucun élément de nature à le faire regarder comme s’étant trouvé dans l’impossibilité de maintenir l’intéressé en fonctions, dans l’attente de la décision du directeur général du centre national de gestion, autorité compétente pour prononcer sa suspension en vertu des dispositions de l’article R. 6152-77 du code de la santé publique citées au point 2, sans mettre en péril la continuité du service. Dans ces conditions, M. A... est fondé à soutenir que la directrice du centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre ne pouvait légalement prendre à son encontre une mesure de suspension au titre des pouvoirs que lui confère l’article L. 6143-7 du code de la santé publique.
Par suite, M. A... est fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, les premiers juges ont rejeté sa demande tendant à l’annulation de la décision du 25 septembre 2019.
Sur les conclusions indemnitaires :
En premier lieu, il ne résulte pas de l’instruction que M. A..., qui ne fournit aucun élément relatif aux gardes qu’il effectuait avant la mesure contestée et aux rémunérations qu’il a perçues pendant la durée de sa suspension, ait subi un préjudice financier du fait de l’absence de réalisation d’heures de gardes rémunérées pendant la durée de la mesure de suspension.
En deuxième lieu, si M. A... fait état de frais d’avocat engagés dans le cadre de la procédure pénale engagée à son encontre à la suite des accusations ayant justifié la mesure de suspension du 25 septembre 2019, ces frais, dont il ne justifie pas, ne résultent pas de cette mesure.
En troisième lieu, si M. A... soutient que sa réputation a été ternie par des accusations infondées portées à son encontre, il ne résulte pas de l’instruction que la mesure de suspension du 25 septembre 2019 soit à l’origine d’un préjudice moral distinct de celui causé par les accusations émanant de la patiente. Il ne résulte pas davantage de l’instruction que la mesure de suspension ait été à l’origine de troubles dépressifs ou de difficultés conjugales. Enfin, à supposer que M. A... ait fait l’objet d’une garde à vue éprouvante le 30 mars 2021, cette circonstance ne résulte pas directement de la mesure de suspension prononcée à son encontre, mais des suites judiciaires données aux déclarations de la patiente concernée. Par suite, M. A... ne fait état d’aucun préjudice moral en lien avec la mesure annulée.
Il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué, les premiers juges ont rejeté sa demande indemnitaire.
Il résulte de tout ce qui précède que M. A... est seulement fondé à soutenir que c’est à tort que le tribunal administratif a rejeté sa demande tendant à l’annulation de la décision du 25 septembre 2019 de la directrice du centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre le suspendant de ses fonctions. Ce jugement doit donc être réformé dans cette mesure et la décision du 25 septembre 2019 annulée.
Sur les conclusions relatives aux frais d’instance :
Ni M. A... ni le centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre n’étant les parties perdantes à l’instance, il y a lieu de rejeter leurs conclusions présentées au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 25 septembre 2019 par laquelle la directrice du centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre a suspendu M. A... de ses fonctions est annulée.
Article 2 : Le jugement n° 1914829 du 2 décembre 2022 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise est réformé en ce qu’il a de contraire au présent arrêt.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par le centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. B... A... et au centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre.
Délibéré après l'audience du 3 février 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Massias, présidente de la cour,
Mme Versol, présidente de la 1ère chambre,
Mme Ribeiro-Mengoli, présidente de la 5ème chambre,
Mme Le Gars, présidente-assesseure de la 1ère chambre,
Mme Bruno-Salel, présidente-assesseure de la 5ème chambre,
Mme Troalen, première conseillère à la 1ère chambre,
Mme Ozenne, première conseillère à la 5ème chambre.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2026.
La rapporteure,
E. Troalen
La présidente,
N. Massias
La greffière,
A. Gauthier
La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.