jeudi 1 février 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-23VE00506 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | SELARL EQUATION AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A B a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée, et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an en l'informant qu'elle fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Par un jugement n° 2204478 du 8 février 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 8 mars 2023, Mme B, représentée par Me Rouillé-Mirza, avocate, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler cet arrêté ;
3°) de condamner l'État à lui verser la somme de 1 500 euros au titre des articles combinés L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le jugement omet de répondre au moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale dès lors qu'elle se fonde sur l'obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français pendant un an est illégale dès lors qu'elle se fonde sur l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination qui sont elles-mêmes illégales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle de Versailles près le tribunal judiciaire de Versailles en date du 4 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. Mme B, ressortissante arménienne née le 22 juillet 1991 à Apaga (ex-Urss) et qui a déclaré être entrée en France le 6 janvier 2022, a sollicité le 14 avril 2022 son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée le 20 septembre 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides statuant en procédure accélérée. Par un arrêté du 29 novembre 2022, la préfète d'Indre-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an. Mme B relève appel du jugement du 8 février 2023 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur la régularité du jugement :
3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés. ". Le tribunal a répondu au moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au point 3 du jugement litigieux. D'ailleurs, les moyens tirés de ce que la préfète " ne pouvait s'assurer du respect [de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 33 de la convention de Genève] sans connaître les éléments présentés par la requérante dans sa demande d'asile " et de la méconnaissance de ces stipulations ont été analysés par le tribunal comme dirigés contre la décision fixant le pays de destination. Il y a été répondu aux points 5 à 7 du jugement. Ce dernier est suffisamment motivé.
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. La requérante soutient que la décision litigieuse méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute pour la préfète d'Indre-et-Loire de s'être livrée elle-même à une appréciation de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde et des libertés fondamentales. Toutefois, si cet arrêté fait effectivement état du rejet de la demande d'asile par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides statuant en procédure accélérée, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète se serait crue liée par cette décision et qu'elle ne se serait pas livrée à une appréciation d'une éventuelle violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'arrêté indiquant d'ailleurs que la requérante n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
5. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
6. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 33 de la convention relative au statut de réfugié : " 1. Aucun des Etats contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques () ".
7. La requérante soutient qu'elle aurait été menacée dans son pays d'origine par son fiancé, physiquement et psychologiquement violent et harcelant. Toutefois, ces allégations ne sont pas suffisamment étayées par la production de trois attestations de proches et la traduction de documents médicaux dont il ressort que la requérante souffrirait d'une névralgie, ni par celle d'articles de presse ou de rapports à caractère général issus d'organisations internationales. Elles ne permettent pas d'établir l'existence d'un risque encouru personnellement par Mme B en cas de retour dans son pays d'origine. D'ailleurs, sa demande d'asile a été rejetée. Dans ces conditions, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir qu'en fixant l'Arménie comme pays de destination, la préfète d'Indre-et-Loire aurait méconnu les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 3 de la convention des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, en tout état de cause, celles de l'article 33 de la convention relative au statut des réfugiés.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :
8. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination.
9. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
10. Il ressort des pièces du dossier que Mme Mme B a déclaré être entrée récemment en France et ne justifie d'aucune attache particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année, la préfète d'Indre-et-Loire n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la préfète d'Indre-et-Loire.
Fait à Versailles, le 1er février 2024.
Le Conseiller d'État,
Président de la cour administrative d'appel de Versailles
T. OLSON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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