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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE00900

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE00900

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE00900
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Melun d'annuler l'arrêté en date du 11 octobre 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Par une ordonnance n° 2209998 du 17 octobre 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Melun a transmis la demande de M. B au tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Par un jugement n° 2214712 du 28 mars 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 1er mai 2023, M. B, représenté par Me Barbu, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- en mentionnant qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français, alors qu'il est entré en France muni d'un visa Schengen de court séjour, le préfet a entaché son arrêté d'une erreur de fait ; le jugement est entaché d'une erreur de droit sur ce point ;

- il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, ou d'une admission exceptionnelle au séjour en application du point 2.1.1 de la circulaire du 28 novembre 2012, dès lors qu'il réside en France depuis plus de trois ans avec son épouse et ses quatre enfants dont trois sont scolarisés ;

- l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

M. B été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Versailles du 19 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les() magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant algérien né le 1er janvier 1979, entré en France avec un visa de court séjour le 17 octobre 2019, a été interpellé le 11 octobre 2022 sur un chantier, en situation de travail. Par un arrêté du même jour, le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français durant un an. M. B relève appel du jugement du 28 mars 2023 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. / () "

4. M. B soutient que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de fait, et le jugement attaqué d'une erreur de droit, en ce que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est fondée sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permet d'éloigner un étranger entré irrégulièrement du territoire français, alors qu'il est entré en France légalement avec un visa de court séjour. Il ressort toutefois des pièces du dossier, ainsi que l'a relevé à bon droit le tribunal, que l'arrêté contesté vise le 6° du même article et mentionne que M. B a été interpellé par les services de police sur un chantier et qu'il a déclaré exercer une activité professionnelle salariée alors qu'il n'a pas obtenu au préalable une autorisation de travail. Cette base légale étant suffisante à elle seule pour justifier légalement l'arrêté contesté, la circonstance que le motif tiré de l'irrégularité de l'entrée en France est entachée d'une erreur de fait est sans incidence que la légalité de la mesure d'éloignement.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / (). "

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est maintenu irrégulièrement en France à l'expiration de son visa, qu'il a exercé une activité salariée sans y avoir été autorisé et qu'il a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 5 décembre 2020 par le préfet du Val-d'Oise, à laquelle il n'a pas déféré. Il est constant que son épouse se trouve également en situation irrégulière sur le territoire français. M. B ne se prévaut d'aucune autre attache familiale en France. La famille ne bénéficie d'aucune ressource et est hébergée. Dans ces conditions, quand bien même que les trois aînés des quatre enfants de M. B, nés en 2010, 2012 et 2014, sont scolarisés, la décision contestée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs de fait, le préfet n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale. Enfin, le requérant ne se prévaut pas utilement des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation par la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, qui sont dépourvues de caractère réglementaire.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

8. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet a mentionné la date d'entrée en France de M. B et les circonstances que ses liens familiaux en France ne sont ni anciens ni intenses, dès lors que, marié et père de quatre enfants, son épouse est également en situation irrégulière sur le territoire français, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement non exécutée et qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière. La décision d'interdiction de retour est, ainsi, suffisamment motivée.

9. En second lieu, dans les circonstances rappelées au point 6 de la présente ordonnance, alors que M. B a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français qui n'a pas été exécutée, en assortissant la mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire d'un an, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas fait une inexacte application des dispositions combinées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

Fait à Versailles, le 19 septembre 2024.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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