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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE01734

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE01734

lundi 27 mai 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE01734
TypeOrdonnance
Recoursplein contentieux

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " commerçant " ou, à défaut, portant la mention " étudiant ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir.

Par un jugement n° 2215220 du 22 juin 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a jugé qu'il n'y avait plus lieu de statuer sur les conclusions d'annulation des décisions du 15 septembre 2022 par lesquelles le préfet de Hauts-de- Seine a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit d'y retourner pour une durée d'un an et a rejeté le surplus des conclusions de la demande de M. A.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2023, et des pièces, enregistrées les 14 mars et 11 avril 2024, M. A, représenté par Me Bahic, avocat, demande à la cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler ce jugement ;

3°) d'annuler la décision du 15 septembre 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé le renouvellement de son certificat de résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " commerçant " ou, à défaut, un certificat de résidence portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision juridictionnelle à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette même date ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de la décision attaquée n'est pas justifiée à la date de la décision attaquée dès lors qu'il n'est pas établi que l'arrêté de délégation de signature était toujours en vigueur à cette date et que cet arrêté de délégation n'est pas signé par le préfet ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen dès lors que le préfet n'a pas vérifié s'il remplissait les conditions permettant le renouvellement de son certificat de résidence " étudiant " ou celles permettant la délivrance d'un certificat de résidence " commerçant " sur le fondement de l'accord franco-algérien ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il constituait une menace pour l'ordre public alors qu'il n'a fait l'objet que d'une seule condamnation pénale, qu'il est entré régulièrement en France et s'y est maintenu de manière régulière, qu'il respecte toutes les obligations qui lui ont été fixées dans le cadre de son sursis probatoire, qu'il justifie d'une volonté d'intégration puisqu'il s'est inscrit dans un établissement d'enseignement supérieur au titre de l'année scolaire 2022-2023 ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle dès lors que sa mère réside en France de manière régulière, nonobstant la durée de son titre " visiteur ", qu'il vit également avec ses deux sœurs et son frère, tous en situation régulière, qu'il vit depuis 2015 en France, qu'il est actuellement inscrit dans un établissement d'enseignement supérieur, qu'il a créé une entreprise qu'il gère sous statut d'auto-entrepreneur, ce qui démontre une insertion professionnelle, et qu'il n'a plus de liens avec son père qui réside en Algérie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A, ressortissant algérien né le 24 octobre 1998 et entré régulièrement sur le territoire français le 30 décembre 2015, a sollicité, le 27 janvier 2022, le renouvellement de son certificat de résidence " étudiant ". Par un arrêté du 15 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. A fait appel du jugement du jugement du 22 juin 2023 en tant que le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté les conclusions de sa demande tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, visée ci-dessus : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 visé ci-dessus : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, (). L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

4. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 précité de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. En premier lieu, M. A soutient qu'il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision attaquée à la date à laquelle cette décision a été prise. Toutefois, le requérant n'établit pas l'existence d'une circonstance de nature à rendre caduc l'arrêté n° 2022-041 du 2 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a délégué sa signature à M. Pascal Gauci, secrétaire général de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui a signé la décision en litige. Par ailleurs, la seule circonstance que l'ampliation de l'arrêté n° 2022-041 du 2 mai 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, ne comporte que la mention " signé " sous les prénom, nom et qualité de son auteur, ne saurait suffire à démontrer qu'auraient été méconnues les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, aux termes duquel : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ", qui créent une exigence formelle et ne visent qu'à permettre d'identifier l'auteur de l'acte en cause sans affecter la compétence de ce dernier. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaqué doit être écarté.

6. En deuxième lieu, M. A reprend en appel, sans apporter de précisions supplémentaires et pertinentes par rapport à celles qu'il a déjà fait valoir devant le tribunal administratif, le moyen tiré du défaut d'examen de sa demande de renouvellement de certificat de résidence " étudiant " ou de délivrance d'un certificat de résidence " commerçant ". Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif au point 6 du jugement attaqué.

7. Enfin, le requérant soutient que le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur manifeste d'appréciation et méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale en considérant que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public faisant obstacle au renouvellement de son certificat de résidence " étudiant " ou à la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " commerçant ". Toutefois, il est constant que M. A a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Nanterre du 25 novembre 2021 à une peine d'emprisonnement de dix-huit mois assortie d'un sursis probatoire de deux années pour des faits d'escroquerie et de blanchiment qui se sont déroulés entre 2018 et 2020, le requérant ayant frauduleusement obtenu la somme de 126 304 euros en mettant au point une escroquerie à la facturation auprès d'un opérateur téléphonique en vue d'obtenir des remboursements indus. Par ailleurs, si l'intéressé se prévaut de la présence en France de sa mère, au demeurant sous couvert d'un titre de séjour " visiteur ", et de sa fratrie, il est constant qu'âgé de vingt-quatre ans, il est célibataire et sans charge de famille en France et n'est pas dépourvu d'attaches en Algérie où réside son père et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de dix-sept ans. En outre, le requérant ne peut se prévaloir d'une insertion professionnelle stable et ancienne à la date de la décision attaquée et ne peut utilement faire valoir qu'il a obtenu, postérieurement à cette décision, un diplôme de " technicien supérieur système et réseaux ". Enfin, si l'intéressé fait valoir qu'il a fait l'objet d'une seule condamnation pénale, qu'il est entré et s'est maintenu en France en situation régulière et qu'il respecte les obligations qui lui ont été fixées dans le cadre de son sursis probatoire, ces circonstances ne suffisent toutefois pas, eu égard à la nature et à la gravité des faits commis, à établir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait commis une erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour au motif que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, les moyens tirés de l'absence de menace à l'ordre public, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, elle doit être rejetée en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonctions sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 27 mai 2024.

La présidente de la 5ème chambre,

Corinne Signerin-Icre

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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