jeudi 23 novembre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-23VE02003 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | plein contentieux |
| Avocat requérant | SELARL MOLAS & ASSOCIES;KGA AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Les sociétés SPIE Partesia, DBS, France Sols, SPR Bâtiment et Industrie, Sedib et Suscillon ont demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise :
- sous le n° 1909667, d'arrêter le solde du décompte général du marché du lot n° 4 " cloisons et faux plafonds " de l'opération de construction du nouvel hôpital de Gonesse à la somme de 1 874 748,35 euros toutes taxes comprises (TTC), de condamner dans ce cadre le centre hospitalier de Gonesse à payer la somme de 1 102 592,65 euros TTC à la société SPIE Partesia et la somme de 772 155,70 euros TTC à la société DBS, d'arrêter le solde du décompte général du marché du lot n° 5 " finitions intérieures " de la même opération à la somme de 1 736 271,96 euros TTC, de condamner dans ce cadre le centre hospitalier de Gonesse à payer la somme de 871 790,72 euros TTC à la société France Sols et la somme de 864 481,24 euros TTC à la société SPR Bâtiment et Industrie, d'arrêter le solde du décompte général du marché du lot n° 6 " menuiseries intérieures en bois " de cette opération à la somme de 1 037 830,61 euros TTC, de condamner dans ce cadre le centre hospitalier de Gonesse à payer la somme de 773 986,82 euros TTC à la société Sedib et la somme de 263 843,79 euros TTC à la société Suscillon, d'assortir l'ensemble de ces sommes des intérêts moratoires à compter du 19 juillet 2016 et de la capitalisation de ces intérêts à compter du 29 juillet 2020, de condamner le centre hospitalier de Gonesse aux entiers dépens incluant les frais et honoraires d'expertise taxés et liquidés à la somme de 157 274,38 euros TTC et de mettre à la charge du centre hospitalier de Gonesse la somme de 5 000 euros à payer à chacune des sociétés requérantes sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
- sous le n° 1915838, de condamner le centre hospitalier de Gonesse à verser la somme de 543 559 euros TTC à la société SPIE Partesia et la somme de 336 158 euros TTC à la société DBS à titre de provisions sur le solde du décompte général du marché du lot n° 4 " cloisons et faux plafonds " de l'opération de construction du nouvel hôpital de Gonesse, de condamner le centre hospitalier de Gonesse à verser la somme de 411 451 euros TTC à la société France Sols et la somme de 543 656 euros TTC à la société SPR Bâtiment et Industrie à titre de provisions sur le solde du décompte général du marché du lot n° 5 " finitions intérieures " de la même opération, de condamner le centre hospitalier de Gonesse à verser la somme de 528 015 euros TTC à la société Sedib et la somme de 469 328 euros TTC à la société Suscillon à titre de provisions sur le solde du décompte général du marché du lot n° 6 " menuiseries intérieures en bois " de cette opération et de mettre à la charge du centre hospitalier de Gonesse la somme de 10 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement nos 1909667, 1915838 du 6 juillet 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise :
- a fixé le solde du marché du lot n° 4, en tant qu'il concerne la société SPIE Partesia, à la somme de 312 726,17 euros TTC au crédit du centre hospitalier de Gonesse et condamné la société SPIE Partesia à verser cette somme au centre hospitalier de Gonesse, et a fixé le solde du même lot, en tant qu'il concerne la société DBS, à la somme de 260 584,67 euros TTC au crédit de cette dernière et condamné le centre hospitalier de Gonesse à lui verser cette somme, assortie des intérêts moratoires à compter du 8 août 2019 et de la capitalisation de ces intérêts à compter du 8 août 2020 ;
- a mis les dépens de l'instance à la charge définitive des sociétés SPIE Partesia, DBS, France Sols, SPR Bâtiment et Industrie, Sedib et Suscillon à hauteur de 78 637,19 euros et à la charge du centre hospitalier de Gonesse à hauteur de la même somme ;
- a rejeté le surplus des conclusions de la requête n° 1909667 et des conclusions des autres parties dans cette instance ;
- a constaté qu'il n'y avait pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 1915838 en tant qu'elle a été introduite par les sociétés SPIE Partesia et DBS et a rejeté les conclusions de la requête n° 1915838 en tant qu'elle a été introduite par les sociétés France Sols, SPR Bâtiment et Industrie, Sedib et Suscillon ainsi que les conclusions du centre hospitalier de Gonesse présentées dans cette instance au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Procédure devant la cour :
I. - Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 22 août et le 30 octobre 2023, sous le n° 23VE02003, la société Suscillon, représentée par Me Salles, avocat, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il a rejeté ses conclusions présentées sous la demande n° 1909667 ;
2°) de condamner le centre hospitalier de Gonesse à lui verser la somme de 171 631,58 euros TTC au titre du solde du lot n° 6 " menuiseries intérieures en bois ", assortie des intérêts moratoires au taux légal majoré de deux points à compter du 6 septembre 2016 ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Gonesse la somme de 5 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les fins de non-recevoir opposées à sa requête par le centre hospitalier ne sont pas fondées ; sa requête ne méconnaît pas les exigences de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ; son projet de décompte final n'était pas prématuré ;
- le jugement attaqué est irrégulier dès lors que le tribunal administratif ne pouvait pas rejeter sa demande comme irrecevable pour défaut d'un lien suffisant permettant de présenter une requête collective, sans l'inviter préalablement à la régulariser, alors même que le centre hospitalier de Gonesse avait soulevé cette fin de non-recevoir ;
- le jugement est entaché de contradiction entre ses motifs, qui estiment que ses conclusions sont irrecevables, et son dispositif, qui semble les rejeter au fond ;
- il appartiendra donc à la cour de statuer sur les conclusions de sa demande par la voie de l'évocation ;
- sa demande est bien fondée ;
- sa demande n'est pas prescrite ;
- une moins-value de 775 859,60 euros HT doit être inscrite au décompte général au titre des travaux supplémentaires, la somme de 26 115 euros HT au titre des réserves sur ordres de service notifiés, la somme de 22 290 euros HT au titre des réserves sur ordres de service exécutoires et la somme de 19 025,60 euros HT au titre des travaux à régulariser ;
- le rapport d'expertise démontre la responsabilité du centre hospitalier dans l'allongement du délai d'exécution ; le maître d'ouvrage a commis des fautes dans ses pouvoirs de direction et de contrôle du marché ainsi que dans la définition de ses besoins, résultant des changements de programme conséquents et d'une organisation défaillante ; des fiches de travaux modificatives ont été notifiées tardivement ; le centre hospitalier a commis une faute dans l'attribution du lot n° 3 dont le titulaire a été défaillant ; la procédure de résiliation et de réattribution du lot a été empreinte d'erreurs et de lenteur ; le nombre de fiches de travaux modificatifs révèle une insuffisance dans le programme initial ; sa réclamation de la somme de 15 139,95 euros est donc bien fondée ;
- le centre hospitalier ne peut pas lui appliquer des pénalités pour retard dans la levée des réserves dès lors que ces pénalités n'étaient pas prévues au marché ; à titre subsidiaire, elle a bien levé les réserves émises sur ses travaux et ne peut se voir appliquer des pénalités que sur la période allant du 8 juin 2016, date de la réception, et le 7 juillet 2016, date du plan du maître d'œuvre ;
- le centre hospitalier ne peut lui appliquer des réfactions liées aux désordres relatifs aux portes coupe-feu dès lors que ces désordres font l'objet d'une expertise auprès de l'assureur " dommage-ouvrage " de ce centre ; à titre subsidiaire, le centre hospitalier n'apporte aucun justificatif pour établir son chiffrage ; il ne peut pas non plus appliquer des réfactions liées à l'allongement du contrat d'assurance tous risques chantier dès lors qu'elle n'est pas à l'origine des retards de chantier ;
- en application de l'article 13.42 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux (CCAG Travaux), de l'article 3.2.7 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) et de l'article 98 du code des marchés publics, les intérêts moratoires ont couru à compter du 6 septembre 2016.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2013, le centre hospitalier de Gonesse, représenté par Me Riquelme, avocate, demande à la cour :
1°) de joindre les requêtes de la société Suscillon et de la société Sedib ;
2°) à titre principal, de rejeter les conclusions de la requête et de mettre à la charge de la société Suscillon la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative;
3°) à titre subsidiaire, de condamner solidairement les sociétés Suscillon et Sedib à lui verser la somme de 762 914,09 euros TTC au titre du solde du lot n° 6 " menuiseries intérieures en bois " ou, à défaut, de condamner la société Sedib à lui verser la somme de 893 229,12 euros TTC et de limiter les sommes dues à titre de provision à la société Suscillon à la somme de 130 315,03 euros TTC, et de mettre à la charge de tout succombant la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête de la société Suscillon doit être examinée conjointement avec celle de la société Sedib dès lors que ces sociétés sont les deux membres du groupement titulaire du marché " finitions intérieures en bois " ;
- à titre principal, le tribunal administratif n'a pas entaché son jugement d'irrégularité en rejetant comme irrecevable la demande de première instance de la société Suscillon sans inviter cette dernière à la régulariser dès lors que l'irrecevabilité tirée du caractère collectif de la requête était soulevée en défense ;
- il n'a pas entaché son jugement de contradiction entre les motifs et le dispositif ;
- à titre subsidiaire, la requête est irrecevable pour ne pas comporter l'exposé des faits et moyens conformément aux exigences de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ; en outre, elle est irrecevable en raison du caractère prématuré du projet de décompte final ; enfin, les conclusions de la requête sont irrecevables, car nouvelles en appel, en tant qu'elles excèdent la somme de 263 843,79 euros TTC sollicitée en première instance ;
- à titre encore plus subsidiaire, les demandes de la société Suscillon ne sont pas fondées ; c'est un montant négatif de 783 010,60 euros HT qu'il convient de porter au décompte général du marché au titre des travaux supplémentaires commandés par ordres de service ; un montant de 26 115 euros HT doit être pris en compte dans le décompte général au titre des réserves sur les ordres de service notifiés et un montant de 22 290 euros HT au titre des réserves sur les ordres de service exécutoires ; s'agissant des travaux à régulariser, il ne saurait être fait droit aux demandes relatives aux devis n° 100039 et n° 103883 ; la réclamation au titre de l'allongement du délai d'exécution des travaux des lots 6.2 et 6.3 n'est pas davantage fondée ; la société Suscillon s'est rangée à l'avis de l'expert s'agissant du prétendu surcoût de conducteur de travaux et n'est plus recevable à solliciter une somme à ce titre ; le chef de réclamation portant sur les surcoûts liés à l'affectation supplémentaire d'un chef de chantier doit être rejeté ; la société Suscillon ne peut être indemnisée au titre du compte prorata ; la suppression de pénalités de retard ne saurait aboutir à l'augmentation du montant du projet de décompte final ;
- les demandes de la société Sedib ne sont pas fondées ; le montant de 855 650,46 euros HT retenu par l'expert judiciaire doit être intégré au décompte au crédit de l'entreprise au titre des travaux supplémentaires commandés par ordres de service ; le montant alloué au titre des réserves sur les ordres de service exécutoires ne saurait excéder 23 113,59 euros HT ; s'agissant des travaux réalisés sans ordre de service ni fiche de travaux modificatifs, leur caractère indispensable à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art n'est pas démontré, pour les montants admis par le maître d'œuvre ; pour les autres montants, les travaux correspondant au devis n° 16365 faisaient partie de la mission de l'entreprise et les travaux correspondant au devis n° 17275 ont déjà été rémunérés par les ordres de service n° 93 et n° 114 et les erreurs de chiffrage de l'entreprise ne sauraient être imputées au maître d'ouvrage ; s'agissant des travaux " post décompte général et définitif ", la somme de 30 197,72 euros HT ne figurait pas dans le projet de décompte final ; l'entreprise ne peut être indemnisée au titre des travaux correspondant au devis n° 17801 et au devis n° 17804 ; à supposer que certains postes de réclamation soient retenus, les montants admis ne pourront être intégrés au décompte général que pour la seule part de l'allongement du délai d'exécution éventuellement considérée comme imputable au maître d'ouvrage ; le surcoût lié à la mobilisation de personnel d'encadrement supplémentaire n'est pas établi ; le montant de 2 535 euros HT retenu par l'expert au titre du surcoût lié au bungalow n'est pas justifié ; l'entreprise ne justifie pas l'objet de la demande présentée au titre du matériel de chantier et ne justifie ni du montant du forfait ni du nombre de mois pris en compte ; elle ne justifie ni de la réalité du poste de préjudice " homme-clé ", ni du montant mensuel et des nombre de mois retenus ; la demande portant sur les frais d'études, non chiffrée, ne pourra qu'être rejetée ; la demande au titre des pertes de production de la main d'œuvre d'exécution n'est pas fondée ; l'absence de couverture des frais de siège n'est pas établie ; la société Sedib s'est rangée à l'avis de l'expert qui a écarté la demande au titre du stockage et du transport de matériaux ; elle n'est pas fondée à solliciter une indemnisation au titre du compte prorata ;
- en l'absence d'instruction du mandataire du groupement sur l'imputation des réfactions, elles sont inscrites à son débit dans le décompte général proposé, en application de l'article 20.7 du CCAG travaux ;
- des pénalités pour absence aux réunions de chantier doivent être appliquées à hauteur de 13 800 euros, en application de l'article 4.3.8 du CCAP ; des pénalités pour retard dans la levée des réserves doivent être appliquées à hauteur de 995 000 euros, en application de l'article 9.1.1 du CCAP et en tenant compte de la jurisprudence sur le caractère excessif du montant des pénalités ;
- il convient d'appliquer une réfaction pour contribution aux contrats d'assurance " tous risques chantier " et " contrat collectif de responsabilité décennale " d'un montant de 2 491,80 euros TTC, conformément à l'annexe 14 du CCAP et une réfaction de 86 400 euros TTC, à titre conservatoire, en raison des désordres constatés sur les portes coupe-feu ;
- en cas de condamnation, les intérêts moratoires ne sauraient courir qu'à compter du 8 août 2019, c'est-à-dire à l'expiration du délai de paiement de cinquante jours qui a commencé à courir le 18 juin 2019, date de réception de la mise en demeure du 13 juin 2019.
II. - Par une requête, enregistrée le 5 septembre 2023, sous le n° 23VE02096, les sociétés France sols et SPR Bâtiment et industrie, représentées par Me Le Breton, avocat, demandent à la cour :
1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il a rejeté leurs conclusions présentées sous la demande n° 1909667 ;
2°) de condamner le centre hospitalier de Gonesse à payer la somme de 871 790,72 euros toutes taxes comprises (TTC) à la société France Sols et la somme de 864 481,24 euros TTC à la société SPR Bâtiment et industrie au titre du solde du marché du lot n° 5 " finitions intérieures ", assorties des intérêts moratoires à compter du 19 juillet 2016 ou, à titre subsidiaire, du 2 février 2018, et de la capitalisation de ces intérêts ;
3°) de condamner le centre hospitalier au paiement des entiers dépens ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Gonesse la somme de 20 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- leur demande de première instance est, en tant que de besoin, régularisée en appel dès lors que leur requête est désormais présentée distinctement de celles des titulaires des autres lots ;
- leur demande de première instance était recevable dès lors que la requête collective présentée devant le tribunal administratif l'était par des entreprises participant à une même opération de travaux ; le tribunal a commis une erreur de droit en se fondant sur le critère inopérant de l'existence de marchés distincts ;
- le tribunal aurait dû les inviter à régulariser leur demande ;
- c'est à bon droit que le tribunal a écarté les fins de non-recevoir opposées par le centre hospitalier et tirées de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative et du caractère prématuré du projet de décompte final ;
- le centre hospitalier a manqué à ses obligations, ce qui a entraîné l'allongement de la durée du chantier et un bouleversement de l'économie du contrat ; il a méconnu ses obligations de coordination du chantier et n'a pas mis en œuvre ses pouvoirs de sanction afin de limiter les préjudices ; les difficultés rencontrées par les entreprises titulaires du lot n° 2, dues à un nombre important de travaux modificatifs et supplémentaires, ont entraîné des difficultés pour leurs propres travaux ; le centre hospitalier a également commis une faute dans la conception et la mise en œuvre du marché en imposant des sujétions en cours de chantier ; le centre hospitalier a tardé à décider l'éviction de la société ENVIAI ; l'allongement de la durée du chantier a été actée par le jugement n° 2004362 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 2 août 2022 ; les difficultés en cause ne pouvaient être prévues par elles et leur ont occasionné des frais supplémentaires entraînant un bouleversement de l'économie des marchés ; les validations tardives de fiches de travaux modificatifs par le maître d'œuvre et l'intervention du titulaire du lot " ordonnancement, pilotage, coordination ", ne sauraient exonérer le centre hospitalier ;
- le centre hospitalier ne conteste plus devoir à la société France sols la somme de 299 793,94 euros au titre des travaux supplémentaires commandés par ordres de service ; il doit lui verser la somme de 130 096,50 euros au titre des travaux dont les ordres de service font l'objet de contestation de la part du centre hospitalier ; elle a droit à une rémunération complémentaire totale de 419 399,03 euros au titre de l'allongement des délais de chantier, au titre du compte prorata, au titre des pertes de production de la main d'œuvre d'exécution, au titre du stockage de matériaux, au titre de la perte de frais généraux et au titre des frais d'études complémentaires ;
- le centre hospitalier ne conteste plus devoir à la société SPR Bâtiment et industrie la somme de 85 334,26 euros au titre des travaux supplémentaires commandés par ordres de service ; elle est fondée à solliciter la somme de 433 euros au titre des travaux supplémentaires pour lesquels des réserves existent sur les ordres de services notifiés ; le centre hospitalier ne conteste plus lui devoir la somme de 62 970 euros HT au titre des travaux supplémentaires sur ordres de service exécutoires ; elle est fondée à solliciter la somme de 258 797,33 euros à titre de rémunération complémentaire au titre de l'allongement des délais, du compte prorata et au titre des pertes de production et du surcoût de la main d'œuvre d'exécution ;
- la société France sols doit être déchargée des pénalités de retard pour absence aux réunions de chantier dès lors que les convocations qui auraient dû lui être adressées ainsi qu'à son co-traitant ne sont pas produites et faute pour le contrat de prévoir que les comptes-rendus de chantier valaient convocation ; il convient de moduler le montant de ces pénalités ; elle doit être déchargée des pénalités infligées en raison du retard dans la levée des réserves dès lors que l'article 41.6 du CCAG travaux prévoit que la sanction du retard dans la levée des réserves est la réalisation des travaux aux frais et risques du titulaire et non pas l'application de pénalités de retard ; à titre subsidiaire, il convient de diminuer le montant de ces pénalités ;
- il convient de prendre en compte dans le solde du marché les sommes à parfaire de 390 000 euros, pour la société France sols, et de 260 000 euros, pour la société SPR Bâtiment et industrie, au titre de la révision des prix.
La requête a été communiquée au centre hospitalier de Gonesse qui n'a pas produit de mémoire en défense.
III. - Par une requête, enregistrée le 5 septembre 2023, sous le n° 23VE02097, la société Sedib, représentée par Me Le Breton, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il a rejeté ses conclusions présentées sous la requête n° 1909667 ;
2°) de condamner le centre hospitalier de Gonesse à lui verser la somme de 773 986,82 euros TTC, assortie des intérêts moratoires à compter du 19 juillet 2016 ou, à titre subsidiaire, du 2 février 2018, et de la capitalisation de ces intérêts ;
3°) de condamner le centre hospitalier au paiement des entiers dépens ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Gonesse la somme de 10 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa demande de première de première instance est, en tant que de besoin, régularisée en appel dès lors que sa requête est désormais présentée distinctement de celles des titulaires des autres lots ;
- sa demande de première instance était recevable dès lors que la requête collective présentée devant le tribunal administratif l'était par des entreprises participant à une même opération de travaux ; le tribunal a commis une erreur de droit en se fondant sur le critère inopérant de l'existence de marchés distincts ;
- le tribunal aurait dû l'inviter à régulariser sa demande ;
- c'est à bon droit que le tribunal a écarté les fins de non-recevoir opposées par le centre hospitalier et tirées de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative et du caractère prématuré du projet de décompte final ;
- le centre hospitalier a manqué à ses obligations, ce qui a entraîné un allongement de la durée du chantier et un bouleversement de l'économie du contrat ; il a méconnu ses obligations de coordination du chantier et n'a pas mis en œuvre ses pouvoir de sanction afin de limiter les préjudices ; les difficultés rencontrées par les entreprises titulaires du lot n° 2, dues à un nombre important de travaux modificatifs et supplémentaires, ont entraîné des difficultés pour ses propres travaux ; le centre hospitalier a également commis une faute dans la conception et la mise en œuvre du marché en imposant des sujétions en cours de chantier ; il a tardé à décider l'éviction de la société ENVIAI ; l'allongement de la durée du chantier a été actée par le jugement n° 2004362 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 2 août 2022 ; les difficultés en cause ne pouvaient être prévues et lui ont occasionné des frais supplémentaires entraînant un bouleversement de l'économie du marché ; les validations tardives de fiches de travaux modificatifs par le maître d'œuvre et l'intervention du titulaire du lot " ordonnancement, pilotage, coordination ", ne sauraient exonérer le centre hospitalier ;
- le centre hospitalier ne conteste plus lui devoir la somme qu'elle réclame au titre des travaux supplémentaires commandés par ordres de service ; il doit lui verser la somme de 59 876,27 euros au titre des travaux sur ordres de services exécutoires ; elle est fondée à solliciter la somme de 20 240 euros au titre des travaux postérieurs au " décompte général et définitif " et une rémunération complémentaire de 357 847,54 euros au titre de l'allongement des délais, au titre de la non-couverture de frais de siège et au titre du compte prorata ;
- les pénalités qui lui ont été infligées pour absences à des réunions de chantier sont infondées ; il convient de moduler le montant de ces pénalités ; les pénalités qui lui ont été infligées en raison du retard dans la levée des réserves sont également infondées ; les réserves en question étaient résiduelles et n'ont pas empêché l'ouverture de l'hôpital ; l'article 4.3.11 du CCAP ne permet qu'une réfaction de prix provisoire ; l'application des pénalités par le maître d'ouvrage ne prend pas en compte la seule part du marché attribuée à la société exposante ; la sanction de la non-réalisation des travaux nécessaires à la levée des réserves est l'exécution de ces travaux par une autre entreprise aux frais et risques du titulaire et non l'application de pénalités ; il convient de réduire le montant de ces pénalités ;
- il n'y a pas lieu d'appliquer une réfaction au titre des désordres éligibles à la garantie décennale en tant qu'ils concernent les portes coupe-feu dès lors que le maître d'ouvrage dispose d'une assurance dommage-ouvrage ;
- il convient de prendre en compte la révision des prix.
Par un mémoire, enregistré le 26 septembre 2023, la société Suscillon, représentée par Me Salles, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il a rejeté ses conclusions présentées sous la requête n° 1909667 ;
2°) de condamner le centre hospitalier de Gonesse à lui verser la somme de 818 034,02 euros TTC au titre du solde du lot n° 6 " menuiseries intérieures en bois ", assortie des intérêts moratoires à compter du 6 septembre 2016 ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Gonesse la somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle entend apporter des observations sur la requête de la société Sedib et laisse à l'appréciation de la cour l'opportunité de joindre les deux instances ;
- elle reprend les moyens développés sous sa requête n°23VE02003 et soutient, en outre, que la société Sedib est fondée à demander l'établissement du décompte général pour le compte du groupement.
La requête a été communiquée au centre hospitalier de Gonesse qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. En vue de la construction d'un nouvel hôpital, le centre hospitalier de Gonesse
(Val-d'Oise), maître d'ouvrage, a conclu un marché public de travaux alloti. Le lot n° 4 " cloisons et faux-plafonds " a été confié à un groupement constitué des sociétés Spie Partesia et DBS, le lot n° 5 " finitions intérieures " à un groupement constitué des sociétés France Sols et SPR Bâtiment et Industrie et le lot n° 6 " menuiseries intérieures en bois " à un groupement constitué des sociétés Sedib et Suscillon. Par une même demande, les sociétés SPIE Partesia, DBS France Sols, SPR Bâtiment et Industrie, Sedib et Suscillon ont saisi le tribunal administratif de Cergy-Pontoise de conclusions tendant à ce qu'il arrête les décomptes généraux des lots n°s 4, 5 et 6 et condamne le centre hospitalier à verser à chacune d'elles la somme qu'elle estimait lui être due en règlement de son marché. Par un jugement du 6 juillet 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a procédé au règlement du marché du lot n° 4 mais, faisant droit à une fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier de Gonesse, a rejeté comme irrecevable la demande en tant qu'elle émanait des sociétés France Sols, SPR Bâtiment et Industrie, Sedib et Suscillon au motif que les conclusions tendant à la fixation de décomptes des lots n° 4, 5 et 6 ne présentaient pas entre elles un lien suffisant.
3. Par les requêtes n° 23VE02003, n° 23VE01096 et 23VE02097, la société Suscillon, les sociétés France sols et SPR Bâtiment et industrie et la société Sedib font respectivement appel de ce jugement en tant qu'il a rejeté leurs conclusions comme irrecevables. Ces requêtes sont dirigées contre le même jugement et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une même décision.
Sur la requête n° 23VE02003 :
4. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la société Suscillon, le tribunal administratif n'a pas entaché le jugement attaqué de contradiction en indiquant dans les motifs de sa décision que les conclusions de la société requérante étaient irrecevables tout en se contentant d'indiquer dans le dispositif que ces conclusions étaient rejetées.
5. En second lieu, aux termes de l'article R. 612-1 du code de justice administrative : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser ".
6. Pour rejeter comme irrecevables les conclusions présentées par la société Suscillon, le tribunal administratif a relevé que les conclusions tendant à la fixation du solde des lots nos 4, 5 et 6, contenues dans la requête collective introduite par trois groupements d'entreprises composés chacun de deux entreprises et titulaires de lots distincts, ne présentaient pas entre elles un lien suffisant. Dès lors que cette irrecevabilité avait été expressément opposée en défense par le centre hospitalier de Gonesse dans un mémoire qui a été communiqué au conseil de la société requérante, et qu'elle n'a donc pas été relevée d'office par le tribunal, le tribunal administratif n'était pas tenu d'inviter la société Suscillon à régulariser sa demande.
7. Il suit de là que la société Suscillon n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté ses conclusions comme irrecevables.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Suscillon est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par le centre hospitalier de Gonesse, cette requête doit être rejetée en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Suscillon la somme de 1 500 euros à verser au centre hospitalier de Gonesse sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur la requête n° 23VE02096 :
10. En premier lieu, l'appréciation des mérites des conclusions de première instance des sociétés France sols, SPR Bâtiment et Industrie, Suscillon, Sedib, SPIE Partesia et DBS comportait nécessairement l'examen des préjudices nés de l'exécution de contrats distincts. La circonstance que ces sociétés participaient à une même opération de travaux ne suffit pas, contrairement à ce que soutiennent les requérantes, à caractériser l'existence d'un lien suffisant entre les conclusions de la requête collective qu'elles ont introduite devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise.
11. En deuxième lieu, si les sociétés France sols et SPR Bâtiment et industrie soutiennent que le tribunal administratif ne pouvait rejeter leur demande comme irrecevable sans les inviter au préalable à la régulariser, il résulte de l'instruction que le centre hospitalier de Gonesse avait, ainsi qu'il a été dit au point 6, opposé une fin de non-recevoir tirée du caractère collectif de la requête et que le mémoire soulevant cette fin de non-recevoir a été communiqué au conseil des sociétés France sols et SPR Bâtiment et industrie. Dès lors que cette irrecevabilité n'a pas été relevée d'office par le tribunal administratif, celui-ci n'était pas tenu, contrairement à ce qu'elles soutiennent, de les inviter à régulariser leur demande.
12. Enfin, la présentation en appel par les sociétés France sols et SPR Bâtiment et industrie d'une requête distincte de celles présentées par la société Suscillon, d'une part, et par la société Sedib, d'autre part, ne permet pas de régulariser leur demande de première instance sur laquelle la cour n'est pas conduite à statuer par la voie de l'évocation.
13. Il résulte tout ce qui précède que la requête des sociétés France sols et SPR Bâtiment et Industrie est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, elle doit être rejetée en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris leurs conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur la requête n° 23VE02097 :
14. En premier lieu, pour le même motif que celui exposé aux points 10, la société Sedib n'est pas fondée à soutenir que sa demande de première instance était recevable dès lors que la requête collective présentée devant le tribunal administratif l'était par des entreprises participant à une même opération de travaux. Le moyen tiré de l'existence d'un lien suffisant entre ses conclusions de première instance et celles des sociétés France sols, SPR Bâtiment et Industrie, Suscillon, SPIE Partesia et DBS doit ainsi être écarté.
15. En second lieu, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit précédemment, que le centre hospitalier de Gonesse a opposé une fin de non-recevoir tirée du caractère collectif de la requête et que le mémoire soulevant cette fin de non-recevoir a été communiqué au conseil de la société Sedib. Dès lors que cette irrecevabilité n'a pas été relevée d'office par le tribunal administratif, celui-ci n'était pas tenu, contrairement à ce qu'elle soutient, de l'inviter à régulariser sa demande.
16. Enfin, la présentation en appel par la société Sedib d'une requête distincte de celles présentées par la société Suscillon et les sociétés France sols et SPR Bâtiment ne permet pas de régulariser sa demande de première instance sur laquelle la cour n'est pas conduite à statuer par la voie de l'évocation.
17. Il suit de là que la requête de la société Sedib est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
18. Par ailleurs, dès lors qu'il est statué par la présente ordonnance sur les conclusions de la requête n° 23VE02003 présentée par la société Suscillon tendant au règlement de son marché, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant aux mêmes fins que cette société a cru pouvoir présenter dans un mémoire enregistré sous la requête n° 23VE02097 de la société Sedib. En outre, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : La requête n° 23VE02003 présentée par la société Suscillon, la requête n° 23VE02096 présentée par les sociétés France sols et SPR Bâtiment et industrie et la requête n° 23VE02097 présentée par la société Sedib sont rejetées.
Article 2 : La société Suscillon versera au centre hospitalier de Gonesse la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par la société Suscillon dans son mémoire, enregistré sous la requête n° 23VE02097, tendant au règlement de son marché.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Suscillon, à la société France sols, à la société SPR Bâtiment et industrie, à la société Sedib et au centre hospitalier de Gonesse.
Fait à Versailles le 23 novembre 2023.
La présidente de la 5ème chambre,
Corinne Signerin-Icre
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Nos 23VE02003, 23VE02096 et 23VE02097
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
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