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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE02224

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE02224

jeudi 20 novembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE02224
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMARCOIN-CHASSANG;SIDIBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La SAS CGS Conseil a, par deux requêtes distinctes, demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d’impôts sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices clos en 2014, 2015 et 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période allant du 1er juillet 2013 au 30 juin 2016, pour un montant de 76 745 euros.

Par un jugement nos 2106315 et 2207995 du 27 juillet 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, après les avoir jointes, a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 4 octobre 2023, la SAS CGS Conseil, représentée par Me Marcoin-Chassang, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) de prononcer la décharge, en droits, intérêts de retard et majoration, des cotisations supplémentaires d’impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices clos en 2014, 2015 et 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période allant du 1er juillet 2013 au 30 juin 2016 ;

3°) de mettre à la charge de l’État le remboursement des frais de procédure sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l’administration ne peut reprendre une procédure viciée et la régulariser qu’après que le contribuable ait reçu l’avis de dégrèvement des impositions irrégulières faisant mention de la persistance de son intention de maintenir l’imposition ; or ce n’est que par le biais du mémoire en défense de l’administration du 24 octobre 2019 qu’elle a été informée qu’un dégrèvement total avait été prononcé le 21 janvier 2019 en sa faveur, soit postérieurement au nouvel avis de mise en recouvrement des impositions litigieuses du 30 septembre 2019 ; cet avis de mise en recouvrement est, dès lors, entaché d’une irrégularité substantielle au sens de l’article L. 80 CA du livre des procédures fiscales.


Par un mémoire en défense enregistré le 4 juin 2024, le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen soulevé n’est pas fondé.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Hameau,
- et les conclusions de M. Illouz, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :

1. La SAS CGS Conseil exploite un cabinet d’expertise comptable. Elle a fait l’objet d’une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos les 30 juin des années 2013 à 2016. Des cotisations supplémentaires d’impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée lui ont été notifiés par proposition de rectification du 7 novembre 2017, selon la procédure contradictoire. Les impositions supplémentaires, maintenues à l’issue du débat oral et contradictoire et des recours hiérarchiques exercés, ont été mises en recouvrement le 15 novembre 2018. Par une réclamation du 12 décembre 2018, la SAS CGS Conseil les a contestées, en droits et pénalités, avant que le service n’en prononce, le 21 janvier 2019, le dégrèvement total pour tirer les conséquences de l’absence irrégulière de saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d’affaires. Cette commission ayant, à l’issue de sa séance du 29 mars 2019, rendu un avis favorable au maintien des cotisations supplémentaires et rappels prononcés, un nouvel avis de mise en recouvrement a été émis le 30 septembre 2019. La SAS CGS Conseil a présenté une nouvelle réclamation du 21 octobre 2020, expressément rejetée par décision du 8 avril 2022. Cette société fait appel du jugement du 27 juillet 2023 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande en décharge des cotisations supplémentaires d’impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée litigieux.

2. Aux termes de l’article L. 57 du livre des procédures fiscales dans sa version applicable au litige : « L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / (…) Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée ». Aux termes de l’article L. 169 du même livre dans sa version applicable au litige : « Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due (…) ». Enfin l’article L. 189 du même livre dispose que : « La prescription est interrompue par la notification d’une proposition de rectification (…) ».

3. Il résulte des dispositions du livre des procédures fiscales relatives tant à la procédure de redressement contradictoire qu'aux procédures d'imposition d'office, notamment de celles des articles L. 57 et suivants et de l'article L. 69 de ce livre, qu'après avoir prononcé le dégrèvement d'une imposition, l'administration ne peut établir, sur les mêmes bases, une nouvelle imposition sans avoir préalablement informé le contribuable de la persistance de son intention de l'imposer. De plus, si aucune disposition du code général des impôts ne fait obstacle à ce que l'administration, après avoir reconnu, à la suite notamment d'une réclamation contentieuse du contribuable, l'irrégularité de la procédure de redressement suivie, reprenne cette procédure dans la seule mesure nécessaire à sa régularisation et dans le délai imparti par l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, afin de parvenir à la fixation de l'imposition dans des conditions régulières, cette faculté ne lui est cependant ouverte qu'autant qu'elle a expressément constaté l'irrégularité de la première procédure en notifiant le dégrèvement de l'imposition précédente.

4. En l’espèce, l’administration a adressé au représentant légal de la société requérante, à la dernière adresse connue de son siège social, par courrier recommandé avec accusé réception, la décision du 21 janvier 2019, d’admettre totalement sa réclamation du 12 décembre 2018 et, corrélativement, de dégrever les impositions en litige, en raison d’un vice affectant la régularité de la procédure de rectification suivie, faute de saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d’affaires. Ce courrier informait, en outre, la SAS CGS Conseil de ce que l’administration persistait dans son intention de l’imposer et entendait ainsi reprendre la procédure de rectification au stade de la saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d’affaires. Ce pli recommandé, après avoir été présenté le 7 février 2019, a été retourné à l’administration avec la mention « pli refusé ». En procédant par simple affirmation, la requérante ne justifie pas de ce que le collaborateur ayant refusé, au nom du représentant légal absent, le pli contenant la décision du 21 janvier 2019, n’aurait pas eu qualité pour le faire, ni même d’ailleurs que son représentant légal aurait effectivement été absent. Le pli ayant été refusé, les services de la Poste ont pu le retourner à l’administration fiscale sans laisser d’avis de passage ni attendre l’expiration du délai de mise en instance de quinze jours. Par suite, ce pli est réputé avoir été régulièrement notifié à la SAS CGS Conseil, le 7 février 2019. L’administration a pu ainsi reprendre la procédure de rectification par la convocation de la société, par courrier réceptionné le 20 février 2019, à une séance du 29 mars 2019 de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d’affaires puis lui adresser un nouvel avis de mise en recouvrement le 30 septembre 2019. La SAS CGS Conseil n’est donc pas fondée à soutenir que les impositions en litige sont issues d’une procédure entachée d’une irrégularité substantielle au sens de l’article L. 80 CA du livre des procédures fiscales.

5. Il résulte de ce qui précède que la SAS CGS Conseil n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. Ses conclusions en décharge doivent ainsi être rejetées ainsi que, en conséquence, ses conclusions à fin d’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, au demeurant non chiffrées.



D É C I D E :


Article 1er : La requête de la SAS SGS Conseil est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la SAS SGS Conseil et au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.

Délibéré après l’audience du 4 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente,
Mme Marc, présidente-assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2025.


La rapporteure,

M. Hameau
La présidente,

L. Besson-Ledey

La greffière,

A. Audrain-Foulon

La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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