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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE02679

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE02679

jeudi 3 avril 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE02679
TypeDécision
PublicationD
Formation3ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler, d'une part, l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et, d'autre part, l'arrêté du 1er mars 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office.

Par un jugement n°s 2214303 - 2303484 du 7 novembre 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 15 septembre 2022 du préfet du Val-d'Oise et a rejeté le surplus de ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 décembre 2023 et 19 septembre 2024, M. A, représenté par Me Walther, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2023 du préfet du Val-d'Oise ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " ou " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation à fin de délivrance d'un titre de séjour " étudiant " ou " vie privée et familiale ", dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé ; les premiers juges auraient dû considérer qu'il entrait dans la catégorie des étrangers pouvant être dispensés d'un visa de long séjour ; les motifs du jugement ne répondent pas aux motifs exceptionnels qu'il a fait valoir ;

- les premiers juges ont violé le principe du contradictoire en ce qu'ils auraient dû communiquer sa note en délibéré, qui contenait des éléments dont il ne pouvait pas faire état avant la clôture de l'instruction ;

- l'arrêté litigieux en tant qu'il lui refuse un titre est insuffisamment motivé et révèle un défaut d'examen de sa situation ; il a été édicté après l'abrogation du précédent arrêté du 15 septembre 2022, sans qu'il soit à nouveau convoqué ni que sa situation soit réexaminée alors que celle-ci avait évolué ; le préfet n'a pas examiné les dérogations au visa de long séjour prévues au deuxième alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- en lui refusant un titre, le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est entré régulièrement en France à l'âge de 16 ans ; il a de très bons résultats scolaires ; il entrait donc dans les cas de dispense de présentation d'un visa de long séjour pour l'obtention d'un titre de séjour " étudiant " ; au vu de ses résultats scolaires et de son implication, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- le préfet s'est estimé, à tort, lié par l'absence de visa de long séjour ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a porté atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale normale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est entré à l'âge de 16 ans et vit auprès de son oncle, il est un très bon élève et ne peut poursuivre ses études dans son pays ;

- l'arrêté en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire et fixe le pays de destination est entaché, par voie d'exception, de l'illégalité de l'arrêté en tant qu'il lui refuse un titre de séjour ;

- l'arrêté en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire et fixe le pays de destination est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 janvier 2025, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail en date du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Liogier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 12 novembre 2003, a fait l'objet d'un premier arrêté du 15 septembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office. Par un arrêté du 16 février 2023, le préfet a abrogé cet arrêté en raison de l'incompétence de son signataire. Par un second arrêté du 1er mars 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office. M. A fait appel du jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 7 novembre 2023 en tant qu'il a rejeté ses conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 1er mars 2023.

Sur la régularité du jugement :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".

3. M. A soutient que le jugement attaqué en ce qu'il a estimé que le préfet était en droit de refuser de faire usage de son pouvoir de régularisation est insuffisamment motivé, notamment en ce qu'il n'a pas pris en compte l'ensemble des éléments propres à sa situation. Par cette argumentation, il tend en réalité à critiquer le bien-fondé des motifs retenus par les premiers juges, qui est sans influence sur sa régularité. Au surplus, il ressort des motifs du jugement attaqué que les premiers juges ont mentionné les textes dont ils faisaient application et les principaux faits sur lesquels ils fondaient leur décision, notamment la durée de présence réduite du requérant sur le territoire, le déroulement de sa scolarité et ses attaches familiales en France et en Tunisie. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du jugement doit être écarté.

4. En second lieu, dans une note en délibéré produite le 17 octobre 2023, M. A a transmis aux premiers juges son relevé de notes au baccalauréat de juillet 2023 et son certificat de scolarité pour un bachelor universitaire technologique d'août 2023. Aucun de ces documents, postérieurs à l'arrêté litigieux, ne contenaient une circonstance de droit ou de fait dont le requérant ne pouvait pas faire état avant la clôture de l'instruction, intervenue trois jours francs avant l'audience du 17 octobre 2023. Les premiers juges n'étaient donc pas tenus de la communiquer et de rouvrir l'instruction. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire, en l'absence de communication de cette note en délibéré, doit être écarté.

Sur la légalité de l'arrêté :

5. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les textes législatifs et conventionnels dont il est fait application et expose les motifs de fait qui le fondent, à savoir l'absence de visa de long séjour de M. A, la durée de sa présence sur le territoire, ainsi que ses attaches familiales en France et en Tunisie. L'arrêté attaqué comprenait ainsi toutes les considérations de droit et de fait permettant à M. A de contester utilement cette décision. En outre, si le requérant se plaint de ne pas avoir été recontacté par le préfet après l'abrogation le 16 février 2023 du premier arrêté pris à son encontre, aucune disposition n'exigeait un nouveau rendez-vous en préfecture et M. A ne justifie ni même n'allègue avoir été empêché de fournir au préfet de nouveaux éléments relatifs à sa situation, dont il ne ressort, au demeurant, pas du dossier qu'elle aurait changé significativement entre l'édiction des deux arrêtés. Par ailleurs, il ressort des motifs de l'arrêté litigieux que le préfet a spontanément examiné le droit au séjour du requérant au titre de l'admission exceptionnelle prévue à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, contrairement à ce que le requérant soutient, le préfet n'avait pas à motiver son refus de faire usage des dérogations à l'exigence de visa de long séjour pour les étudiants ou élèves déjà présents en France et entrés régulièrement sur le territoire national mentionnées au deuxième alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. D'une part, le requérant ne conteste pas être entré en France le 6 février 2020 sous couvert d'un visa de court séjour, valable du 2 février au 2 avril 2020, délivré par les autorités allemandes et être resté sur le territoire français à l'expiration de ce visa. Il n'était donc pas en possession d'un visa de long séjour ainsi que l'exigent les dispositions précitées et le préfet pouvait, pour ce seul motif, lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L.422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré à l'âge de seize ans en France, soit trois ans seulement à la date de l'arrêté attaqué, qu'il a été scolarisé en seconde pendant l'année scolaire 2020-2021 et a poursuivi son cursus en première puis terminale technologique STI2D. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation sécuritaire qu'il invoque ferait obstacle à la poursuite de ses études dans son pays d'origine . Par suite, quand bien même le requérant aurait, postérieurement à l'arrêté litigieux, obtenu le baccalauréat avec mention " bien " et poursuivi ses études en bachelor universitaire technologique dans le domaine de l'informatique, en refusant de faire usage des dérogations prévues au second alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'a commis ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation.

9. Enfin, il ne ressort pas des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet se serait estimé lié par l'absence de visa de long séjour alors, en plus, que le préfet a spontanément examiné le droit au séjour du requérant au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, ainsi qu'il a été dit au point 5.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Le requérant se prévaut de son arrivée en France à l'âge de seize ans et de ses bons résultats scolaires. Toutefois, à la date de l'arrêté litigieux, il résidait sur le territoire depuis seulement trois ans. En outre, s'il est constant que son oncle maternel l'héberge en France, le requérant ne conteste pas que ses parents et sa fratrie continuent de résider en Tunisie. Par ailleurs, en dépit de ses bons résultats scolaires, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation sécuritaire qu'il invoque ferait obstacle à la poursuite de ses études dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en l'absence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels, en prenant l'arrêté litigieux, le préfet du Val-d'Oise n'a pas méconnu les dispositions de l'article L.435-1 précité. Il n'a pas non plus porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant au regard des buts poursuivis par cette décision et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, l'arrêté litigieux n'est entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

12. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que l'arrêté attaqué en tant qu'il refuse un titre à M. A n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de titre à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire et fixation du pays de renvoi doit être écarté.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que détaillés au point 11, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle dont serait entaché l'arrêté litigieux en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français et fixe le pays de renvoi doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2023 du préfet du Val-d'Oise. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur. Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 18 mars 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente,

Mme Danielian, présidente assesseure,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2025.

La rapporteure,

C. LiogierLa présidente,

L. Besson-Ledey

La greffière,

T. Tollim

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière, 2

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