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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE02737

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE02737

jeudi 25 septembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE02737
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société en nom collectif (SNC) United Technologies Paris a demandé au tribunal administratif de Montreuil de prononcer la restitution des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et contributions additionnelles à cet impôt, en principal et intérêts de retard, qu'elle a acquittées au titre des exercices clos au 30 novembre 2011 et 2012 pour un montant de 2 763 336 euros.

Par un jugement n° 1803302 du 12 septembre 2019, le tribunal administratif de Montreuil a déchargé la société United Technologies Paris de la somme de 2 763 336 euros et a mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Procédure devant la cour avant cassation :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 janvier 2020, le 3 décembre 2020 et le 16 avril 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance a demandé à la cour d'annuler le jugement attaqué et de remettre à la charge de la société par actions simplifiée (SAS) Alder Paris Holdings, venue aux droits de la SNC United Technologies Paris, les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, de contribution sociale et de contribution exceptionnelle sur cet impôt auxquels elle a été assujettie au titre des exercices 2011 et 2012, pour le montant total en droits et pénalités de 2 763 336 euros.

Le ministre soutenait que :

- le jugement est irrégulier en ce que la décharge de 2 763 336 euros prononcée excède les rehaussements correspondants à la correction en base dont il a admis le bien-fondé ;

- les dommages-intérêts punitifs infligés à la société Ratier-Figeac par les tribunaux américains n'étaient pas déductibles des résultats du groupe consolidé, dès lors que ces sommes constituent des sanctions pécuniaires et pénalités infligées à la suite de la méconnaissance d'une obligation légale au sens du 2 de l'article 39 du code général des impôts ; il en est de même de la provision portant sur une charge non déductible, en vertu du 5° du 1 du même article.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 septembre 2020 et le 2 février 2021, la SAS Alder Paris Holdings, venant aux droits de la SNC United Technologies Paris, représentée par Me Frionnet, avocat, concluait à ce que la décharge prononcée par le tribunal soit ramenée à la somme de 2 736 791 euros, au rejet du surplus des conclusions de la requête du ministre et à ce qu'une somme de 10 000 euros soit mise à la charge de l'Etat.

Elle faisait valoir que :

- la décharge demandée s'élève à la somme de 2 736 791 euros ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 1er avril 2021, la clôture a été fixée au 30 avril 2021, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Un mémoire, présenté pour la SAS Alder Paris Holdings, enregistré le 20 mai 2021 après clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

Par un arrêt n° 20VE00034 du 5 octobre 2021, la cour administrative d'appel de Versailles a annulé le jugement du 12 septembre 2019 du tribunal administratif de Montreuil en tant que la décharge prononcée à l'article 1er excédait la somme de 2 736 791 euros (article 1er), a remis à la charge de la SAS Alder Holdings Paris la somme de 26 545 euros (article 2), a rejeté le surplus des conclusions de la requête du ministre (article 3) et mis à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance (article 4).

Par une décision n° 458968 du 8 décembre 2023, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, a annulé les articles 3 et 4 de cet arrêt et renvoyé l'affaire dans cette mesure à la cour.

Procédure devant la cour après cassation :

Par des mémoires enregistrés le 9 janvier 2024, le 3 avril 2024 et le 7 octobre 2024, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut à l'annulation des articles 1er et 2 du jugement du 12 septembre 2019 du tribunal administratif de Montreuil et à la remise à charge de la société Alder Paris Holdings les cotisations d'impôt sur les sociétés, de contribution sociale et de contribution exceptionnelle sur cet impôt auxquels elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2011 et 2012, pour un total en droits et pénalités de 2 763 336 euros, dont la décharge a été prononcée à tort par les premiers juges.

Il fait valoir que :

- les dommages-intérêts punitifs auxquels la société Ratier-Figeac a été condamnée ont le caractère d'une sanction pécuniaire au sens du 2 de l'article 39 du code général des impôts ;

- ces sommes ne contreviennent pas à la conception française de l'ordre public international ;

* Sur le caractère disproportionné des sommes : la seule circonstance que les dommages-intérêts punitifs dépassent le montant du préjudice subi ne suffit pas à leur conférer un caractère disproportionné ; en l'espèce, les sommes ne sont pas disproportionnées par rapport au manquement commis par la société Ratier-Figeac et des circonstances expliquent que l'autre société ayant commis des manquements proches soit condamnée à un montant moindre ; la société Ratier-Figeac a accepté une transaction sur ces sommes renonçant à exercer l'ensemble des voies de recours qui lui étaient offertes pour contester leur caractère disproportionné ;

* Sur la procédure suivie devant le juge américain : le recours à un jury populaire ne suffit pas à priver les décisions de justice litigieuses de toute impartialité, qui violerait le droit à un procès équitable ; de même, l'insuffisance de motivation de la décision du jury ne porte pas atteinte à ce principe dès lors que la société Ratier-Figeac a été à même de comprendre le verdict rendu ; la société Ratier-Figeac, qui a bénéficié d'un appel devant la cour d'appel fédérale compétente qui a diminué les montants mis à sa charge, a accepté une transaction sur ces sommes renonçant à exercer l'ensemble des voies de recours qui lui étaient offertes pour contester la violation de son droit à un procès équitable ;

* La seule circonstance que les sommes qui auraient été versées en France à raison de manquements similaires soient inférieures à celles qui ont été réclamées à la société Ratier- Figeac ne suffit pas à démontrer que la condamnation à ces sommes est contraire à la conception française de l'ordre public international français.

Par des mémoires enregistrés le 18 mars 2024 et le 12 septembre 2024, la SAS Alder Paris Holdings, représenté par Me Frionnet, Me Kegler et Me Austry, conclut à ce que la cour confirme la décharge ordonnée par les premiers juges en tant qu'elle concerne la déductibilité des dommages-intérêts punitifs auxquels la société Ratier-Figeac a été condamnée et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 10 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les décisions de justice américaines litigieuses violent la conception française de l'ordre public international du fait :

- à titre principal, du caractère disproportionné de la sanction prononcée : la jurisprudence exige que les dommages-intérêts punitifs ne soient pas disproportionnés au regard du préjudice subi et des manquements aux obligations contractuelles du débiteur ; le montant de la sanction litigieuse représente plus de 154 % du montant du préjudice subi par la société ICE ; il a été fixé de manière discrétionnaire par le juge américain et son montant n'est pas fixé par la loi ; la gravité du manquement reproché, de nature purement économique, n'a pas été apprécié de manière objective ; les décisions de justice américaines violent le principe de proportionnalité et de légalité des peines protégé par l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et le droit au respect des biens de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; l'application des règles françaises et européennes pour ce type de manquements n'aurait pas abouti à une sanction d'un montant aussi élevé ;

- à titre subsidiaire, des circonstances dans lesquelles ont été édictées cette sanction : la société Ratier-Figeac n'a pas bénéficié des garanties nécessaires à la tenue d'un procès équitable, garanti tant par la Constitution, que par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; d'une part, elle n'a pas bénéficié d'un juge impartial et indépendant dès lors que la décision se fonde sur un jury populaire, plus enclin à favoriser les sociétés américaines, ce qu'il a d'ailleurs fait en condamnant plus lourdement la société Ratier-Figeac que la société américaine coupable des mêmes manquements ; d'autre part, les décisions litigieuses ont violé le principe de l'égalité des armes, du caractère contradictoire et loyal de la procédure mais également la motivation des décisions ; la décision du jury populaire, reprise par le tribunal fédéral du Kansas, n'a pas été motivée ; le juge professionnel n'a pas effectué une nouvelle analyse des faits ; le juge d'appel n'a pas réexaminé les faits reprochés à la société Ratier- Figeac.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Liogier,

- et les conclusions de M. Illouz, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Ratier-Figeac, membre du groupe fiscalement intégré dont la société United Technologies Paris était la mère, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration fiscale a notamment remis en cause, au titre de l'exercice 2011, la déduction de son résultat imposable d'une charge de 3 726 338 euros et d'une provision de 3 421 225 euros, destinées à couvrir les dommages-intérêts punitifs qu'elle a été condamnée à verser par les juridictions fédérales du Kansas à la société ICE Corporation dans le cadre d'un litige civil l'opposant à cette dernière, ce qui a engendré pour la société mère, un supplément d'impôt sur les sociétés et de contribution à cet impôt de 2 736 791 euros. Le tribunal administratif de Montreuil a, par un jugement du 12 septembre 2012, déchargé la société United Technologies Paris, redevable des cotisations supplémentaires, établies à raison de ces remises en cause. Par l'arrêt n° 20VE00034, la cour, après avoir jugé que les moyens accueillis par le tribunal ne pouvaient conduire qu'à la décharge de la somme de 2 736 791 euros, et non à celle de 2 763 336 euros, a remis à la charge de la société Alder Paris Holdings, venue aux droits de la société United Technologies Paris, la différence entre ces deux sommes, puis a rejeté le surplus des conclusions de l'appel formé par le ministre contre ce jugement (article 3) et mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative (article 4). Par une décision du 8 décembre 2023, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, a annulé les articles 3 et 4 de cet arrêt et renvoyé l'affaire dans cette mesure à la cour.

2. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code, le " bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges ", notamment celle des " frais généraux de toute nature ". Toutefois, le 2 du même article dispose que " les sanctions pécuniaires et pénalités de toute nature mises à la charge des contrevenants à des obligations légales ne sont pas admises en déduction des bénéfices soumis à l'impôt ". Ces dernières dispositions font obstacle à la déduction de toute somme d'argent mise, aux fins de prévention et de répression, à la charge d'un contribuable qui a méconnu une obligation légale. N'est ainsi pas déductible, en application de ces dispositions, la sanction pécuniaire prononcée par une autorité étrangère à raison de la méconnaissance d'une obligation légale étrangère, sauf si cette sanction a été prononcée en contrariété avec la conception française de l'ordre public international.

3. La SAS Ratier-Figeac, fabriquant de systèmes d'hélices pour turbopropulseurs civils a été chargée en 2003, par Airbus Military SL, de la fourniture d'hélices pour un avion de transport militaire, en lien avec la société américaine Hamilton Sundstrand Corporation. Les sociétés Ratier-Figeac et Hamilton Sundstrand Corporation ont sous-traité la conception du système de dégivrage des hélices à la société américaine ICE Corporation. En 2005, à la suite d'un changement du design des hélices par Airbus Military SL, la société ICE corporation a cessé ses travaux, mais les sociétés Ratier-Figeac et Hamilton Sundstrand Corporation ont continué à exploiter ses brevets à son insu. Saisi par la société ICE Corporation, le tribunal fédéral du district du Kansas a, par un jugement du 7 mai 2009, condamné la société Ratier- Figeac à lui verser une somme de 9 590 600 dollars de dommages-intérêts punitifs. En appel de cette décision, la cour d'appel fédérale du 10ème district a par une décision du 29 juillet 2011, prononcé le plafonnement de ces dommages-intérêts punitifs à 5 millions de dollars en vertu de la loi du Kansas et renvoyé au juge de première instance le soin de déterminer si la société ICE Corporation pouvait prétendre à une indemnité supérieure, dans le cas où le profit retiré ou attendu par la société Ratier Figeac de son comportement répréhensible s'avérait supérieur. Le Tribunal Fédéral du Kansas a, par décision du 4 avri1 2012, confirmé le plafonnement de ces dommages-intérêts punitifs à 5 millions de dollars. La société Ratier- Figeac a comptabilisé, au titre de l'exercice clos en 2011, une charge de 3 726 338 euros et une provision de 3 421 225 euros, destinées à couvrir les dommages-intérêts punitifs qu'elle avait été condamnée à verser. Pour remettre en cause cette charge et cette provision, l'administration a considéré que ces dommages-intérêts punitifs constituaient des sanctions pécuniaires non déductibles de son résultat fiscal.

4. D'une part, ces dommages-intérêts punitifs visant à dissuader la réitération de faits similaires à celui à l'origine du dommage et s'ajoutant aux dommages-intérêts compensatoires versés par ailleurs pour réparer le préjudice subi, présentent le caractère d'une sanction pécuniaire au sens des dispositions citées au point précédent.

5. D'autre part, il résulte de l'instruction, notamment des motifs du jugement fédéral du 7 mai 2009, que la société Ratier-Figeac a été condamnée pour s'être appropriée trois secrets techniques de la société ICE et les avoir transmis à son concurrent, la société Artus, qui a pris sa suite dans le projet d'hélices. En outre, lors de la fixation du montant des dommages-intérêts punitifs, le juge fédéral a entendu tenir compte de plusieurs circonstances, notamment de ce que la société avait conscience de commettre sur plusieurs mois une violation de secrets industriels, alors qu'elle avait été alertée de ce que les informations qu'elle avait transmises étaient protégées et de ce que le projet n'était pas réalisable dans les délais impartis sans s'appuyer sur les informations détenues par la société ICE, pour lui infliger le montant maximum légal. Si la société Ratier- Figeac a également été condamnée, solidairement et conjointement, avec la société Hamilton Sundstrand Corporation, à verser à la société ICE, en réparation de son préjudice, des " compensatory damages " à hauteur de 4 795 300 dollars, il résulte des termes du jugement du 7 mai 2009 qu'il s'agit d'une estimation prudente du préjudice subi, qui ne tient pas compte, notamment, des exportations vers la Russie, la Chine et les Etats-Unis. Ainsi, compte tenu de l'ampleur du préjudice subi par la société ICE de près de 4,8 millions de dollars et de la nature des manquements de la société Ratier-Figeac, le montant de la sanction, plafonné à 5 millions de dollars, qui lui a été infligée n'est pas disproportionné. La circonstance que cette somme soit supérieure au montant du préjudice retenu pour le versement des " compensatory damages ", au demeurant d'un peu moins de 5 %, n'est pas suffisant pour caractériser une telle disproportion au sens des principes essentiels du droit français. De même, à supposer qu'en application des règles françaises et européennes la somme qui aurait pu être mise à sa charge à raison de manquements similaires pour compenser le préjudice subi, équivalent aux " compensatory damages ", aurait été moins élevée ne démontre pas que le montant octroyé au titre des dommages-intérêts punitifs, qui sont d'une autre nature, serait excessif. Il s'ensuit que la société requérante n'est pas fondée, à titre principal, à soutenir que la sanction infligée à la société Ratier-Figeac méconnaît le principe de proportionnalité des peines prévu par l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et son droit au respect de ses biens protégé par l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que, sur demande des parties au litige, et conformément aux règles procédurales du Kansas, la réclamation de la société ICE en vue d'obtenir des dommages-intérêts punitifs en raison de faits de fraude et d'appropriation illicite de secrets industriels a été examinée par un jury. Ce jury a rendu une décision le 9 mars 2009, sur laquelle s'est appuyé le tribunal fédéral du district du Kansas, pour fixer la condamnation de la société Ratier-Figeac. Si la société requérante fait valoir que cette décision n'était pas motivée, la société Ratier-Figeac a pu largement comprendre les raisons de cette condamnation et de son montant, en critiquer, devant des juges professionnels de première instance et d'appel, les motifs de façon utile et recevoir une réponse motivée à l'ensemble de ses critiques. Si la société requérante soutient que le jury est nécessairement partial et favorise les sociétés américaines, dont la société Hamilton Sundstrand Corporation, il résulte toutefois de l'instruction que, s'agissant du principe de la condamnation, le jury a reconnu que les deux sociétés poursuivies avaient commis les manquements d'appropriation illégale qui leur étaient reprochés, qu'il a écarté le grief de fraude concernant la société Ratier-Figeac et que, s'agissant du montant de la sanction, son avis n'était que consultatif. En outre, contrairement à ce que soutient la société requérante, la société Ratier-Figeac a pu déposer une motion pour critiquer l'analyse du jury sur les faits qui lui étaient reprochés, motion qui a été rejetée par le tribunal fédéral du Kansas, décision dont il résulte de l'instruction qu'elle a fait appel. S'agissant du montant de la sanction, qui n'a pas été décidé par le jury, la société ne justifie ni même n'allègue que le juge de première instance ou les juges d'appel, qui, au demeurant, lui ont donné partiellement raison, auraient été partiaux alors, en plus, qu'elle ne conteste aucun des éléments de fait retenus dans les décisions juridictionnelles pour expliquer la sévérité de la sanction infligée à la société Ratier-Figeac, à la différence de celle infligée à la société Hamilton Sundstrand Corporation. Par suite, sur le volet procédural, la société n'est pas fondée, à titre subsidiaire, à soutenir que la sanction infligée l'a été à l'issue d'une procédure méconnaissant les exigences d'un procès équitable et les droits de la défense, protégés par la Déclaration des droits de l'homme, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la sanction litigieuse n'a pas été infligée en contrariété avec la conception française de l'ordre public international, et ne peut ainsi être regardée comme déductible du résultat imposable de la société Ratier-Figeac. Par suite, le ministre est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montreuil a déchargé la SAS Alder Paris Holdings des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des contributions additionnelles à cet impôt établies à raison de la déduction de la charge et de la provision comptabilisées en vue de faire face aux dommages-intérêts punitifs versés à la société ICE et mis à sa charge une somme de 1 500 euros au titre des frais irrépétibles.

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la SAS Alder Paris Holdings demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Le jugement du 12 septembre 2019 du tribunal administratif de Montreuil est annulé en tant qu'il décharge la société United Technologies Paris, aux droits de laquelle est venue la société Alder Paris Holdings, de la somme de 2 736 791 euros et lui accorde 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du CJA

Article 2 : Les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés des exercices clos de 2011 et 2012 et les contributions additionnelles à cet impôt, à hauteur de 2 736 791 euros, correspondant à la remise en cause de la charge et de la provision comptabilisées en vue de faire face aux dommages-intérêts punitifs versés à la société ICE par la société Ratier-Figeac, sont remises à la charge de la SAS Alder Paris Holdings.

Article 3 : Les conclusions de la SAS Alder Paris Holdings présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié la SAS Alder Paris Holdings et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente,

Mme Hameau, première conseillère,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2025.

La rapporteure,

C. LiogierLa présidente,

L. Besson-Ledey

La greffière,

T. TollimLa République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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