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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-24VE00612

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE00612

jeudi 6 novembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE00612
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMENAGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d’annuler l’arrêté du 11 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d’être reconduit d’office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d’un an.

Par un jugement n° 2316568 du 5 février 2024, le tribunal administratif de Cergy- Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 mars 2024 et 30 mai 2024, M. B..., représenté par Me Ménage, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) d’annuler l’arrêté du 11 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d’être reconduit d’office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d’un an ;

3°) d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de l’arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l’attente et sous la même astreinte, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

4°) d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui restituer son passeport dès la notification du présent arrêt ;

5°) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
le jugement est insuffisamment motivé ;
il révèle un défaut d’examen de sa situation ;
les premiers juges ont écarté à tort le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu ;
il est entaché d’erreurs de fait ;
les premiers juges ont écarté à tort le moyen tiré de l’erreur de fait ;
les premiers juges ont dénaturé les pièces du dossier ;
ils ont méconnu l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
ils ont commis une erreur manifeste dans l’appréciation de sa situation personnelle ;
ils ont écarté à tort le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision de rétention de son passeport ;
elle est insuffisamment motivée ;
elle révèle un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
elle méconnaît son droit d’être entendu ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
elle révèle un défaut d’examen sérieux de sa situation personnelle ;
il révèle un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
il est entaché d’erreurs de fait ;
il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
il est entaché d’une erreur d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
elle révèle un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
elle est illégale dès lors qu’elle se fonde sur l’obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
elle révèle un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
elle est illégale dès lors qu’elle se fonde sur l’obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;
l’interdiction de retour sur le territoire français pendant un an est insuffisamment motivée ;
elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
elle est entachée d’une erreur d’appréciation dans l’application de ces dispositions ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
elle est insuffisamment motivée ;
elle est sans limitation de durée et méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est entachée d’une erreur d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et porte atteinte à sa liberté de se marier.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2025, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.

Il s’en remet à ses précédentes écritures pour faire valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la décision du Conseil constitutionnel n° 97-389 DC du 22 avril 1997 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Hameau a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

M. B... est un ressortissant algérien né en 1987, régulièrement entré en France le 9 avril 2022. Par un arrêté du 11 décembre 2023, le préfet du Val-d’Oise l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d’être reconduit d’office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an. M. B... relève appel du jugement du 5 février 2024 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement attaqué :

Le tribunal a pris en considération l’ensemble des éléments soumis à son appréciation et a répondu par un jugement qui est suffisamment motivé à l’ensemble des moyens soulevés dans la demande. Par suite, le moyen tiré de ce que le jugement serait insuffisamment motivé doit être écarté.

Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s’imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d’une irrégularité, il appartient au juge d’appel, non d’apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s’est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l’effet dévolutif de l’appel. M. B... ne peut donc utilement se prévaloir du défaut d’examen réel et complet de sa situation, de la dénaturation des pièces du dossier, ni d’erreurs de fait, de droit ou d’appréciation qu’auraient commises les premiers juges pour demander l’annulation du jugement attaqué.

Sur la légalité de l’arrêté contesté :

En ce qui concerne la décision d’éloignement :

La décision contestée comporte les éléments de droit et de fait qui la fondent. Ainsi, sans qu’y fasse obstacle la circonstance que le préfet n’aurait pas mentionné l’ensemble des éléments caractérisant la situation de M. B..., elle est suffisamment motivée.

Aux termes du paragraphe 1 de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l’Union ». Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : « Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d’être entendue avant qu’une mesure individuelle qui l’affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre « (...). ».

Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l’Union européenne que cet article s’adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l’Union. Ainsi, le moyen tiré de sa violation par une autorité d’un État membre est inopérant. Toutefois, le droit d’être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l’Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d’une procédure administrative avant l’adoption de toute décision susceptible d’affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l’autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d’entendre l’intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

Il ressort des pièces du dossier que, dans le cadre de sa garde à vue, suite à son interpellation par les services de police le 11 décembre 2023, M. B... a été mis à même de présenter ses observations dans la perspective de son éventuel éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que l’arrêté litigieux aurait été pris en méconnaissance du principe général du droit d’être entendu, ainsi que du respect des droits de la défense ne peut qu’être écarté.

Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; (…) ».

M. B... est entré en France le 9 avril 2022 sous couvert d’un visa de court séjour à l’expiration duquel il s’est maintenu irrégulièrement sur le territoire français sans avoir effectué des démarches pour régulariser sa situation administrative. S’il fait état de la présence sur place de cousins, et surtout de sa relation avec une ressortissante française avec laquelle il aurait un projet de mariage, il ne justifie pas de l’ancienneté ni de la stabilité de cette relation à la date de la décision contestée par la seule production d’une attestation de sa compagne ou d’un contrat de bail conclu par le couple le 1er février 2024, postérieurement à l’arrêté litigieux, ni ne documente sérieusement son projet de mariage en se bornant à produire la copie de la liste des pièces à fournir pour le dépôt d’un dossier en mairie. S’il justifie être employé comme mécanicien depuis 2022, cet emploi est récent, a été exercé sans autorisation et ne suffit pas à caractériser une intégration socioprofessionnelle suffisamment stable et pérenne. Dans ces conditions, eu égard à son entrée récente en France et alors qu’il n’est pas dépourvu d’attaches dans son pays d’origine où résident ses frères et sa mère ainsi qu’il l’a déclaré lors de son audition par les services de police, il n’est pas fondé à soutenir que son éloignement porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée avec les objectifs en vue desquels il a été décidé. Pour ces motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, ainsi que celui tiré d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l’intéressé, cette situation ayant été sérieusement examinée au préalable par le préfet, ainsi que le révèlent les motifs de la décision litigieuse.

En ce qui concerne le refus d’accorder un délai de départ volontaire :

La décision contestée vise les articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne notamment qu’il existe un risque que M. B... se soustraie à la décision d’éloignement dont il fait l’objet, dès lors qu’il s’est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa et n’a pas accompli de démarches pour obtenir un titre de séjour. Elle est dès lors suffisamment motivée.

Aux termes de l’article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (…) ». Aux termes de l’article L. 612-2 du même code : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ». Aux termes de l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : (…) 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa (…), sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; (…) ».

Il résulte des termes de la décision en litige qu’elle a été prise sur la combinaison des dispositions citées au point précédent. Si le préfet a relevé l’insuffisance de garanties de représentation de M. B..., il ne l’a fait qu’à titre surabondant, après avoir indiqué que l’intéressé s’est maintenu sur le territoire au-delà de la validité de son visa sans accomplir de démarches pour obtenir un titre de séjour. A supposer même qu’en retenant que M. B... était dépourvu de passeport en cours de validité, dépourvu de domicile, et célibataire, le préfet ait commis autant d’erreurs de fait, ces erreurs sont sans incidence dès lors que le préfet aurait pris la même décision au seul motif que M. B... s’est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa et n’a pas accompli de démarches pour obtenir un titre de séjour.

Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Compte tenu des éléments exposés au point 9, et notamment de l’entrée récente du requérant à la date de la décision contestée, de ce qu’il ne ressort pas des pièces du dossier que sa relation de couple présenterait un caractère ancien et stable à cette même date, et de ce que sa situation professionnelle ne témoigne pas par elle-même d’une intégration particulière, le préfet, qui s’est par ailleurs livré à un examen particulier la situation de l’intéressé, n’a pas commis d’erreur d’appréciation en l’obligeant à quitter sans délai le territoire français, alors que M. B..., ainsi qu’il a été dit, s’est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa et n’a pas accompli de démarches pour obtenir un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision fixant le pays à destination duquel M. B... est susceptible d’être reconduit d’office :

Il ressort des termes mêmes de la décision contestée qu’elle vise notamment l’article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et mentionne que l’intéressé n’allègue pas qu’il serait exposé à des peines ou traitements contraires à ces dispositions et stipulations en cas de retour dans son pays d’origine. Par suite, la décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée. Par ailleurs, ses termes révèlent qu’avant de la prendre, le préfet s’est livré à un examen particulier la situation de l’intéressé.

Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l’obligation de quitter le territoire français n’est entachée d’aucune illégalité. Dès lors, l’exception d’illégalité de cette décision, invoquée à l’encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu’être écartée.

Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9.

Compte tenu de ce qui a été exposé au point 9, et alors que M. B... ne fait valoir aucun risque particulier en cas de retour en Algérie, la décision en litige n’est pas entachée d’erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l’intéressé, qui n’est au demeurant pas dépourvu d’attaches dans son pays.

En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :

Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l’obligation de quitter le territoire français n’est entachée d’aucune illégalité. Dès lors, l’exception d’illégalité de cette décision, invoquée à l’encontre de l’interdiction de retour sur le territoire français pendant un an, ne peut qu’être écartée.

Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (…) ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ».

D’une part, la décision attaquée vise les dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, notamment celles des articles L. 612-6 et L.612-10 et mentionne qu’en application des dispositions de l’article L. 612-6 de ce code, lorsqu’aucun délai de départ volontaire n’est accordé, l’autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire d’une interdiction de retour. Elle précise que l’intéressé s’est maintenu irrégulièrement sur le territoire français et ne justifie d’aucune circonstance humanitaire particulière faisant obstacle au prononcé d’une décision d’interdiction de retour sur le territoire français et que la durée de l’interdiction de retour d’un an ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l’intéressé au regard de sa vie privée et familiale. Cette motivation atteste de la prise en compte des critères fixés à l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l’interdiction de retour sur le territoire doit être écarté.

D’autre part, pour les mêmes motifs qu’indiqués au point 9, en interdisant à M. B... le retour sur le territoire pour une durée d’un an, le préfet, qui s’est par ailleurs livré à un examen particulier la situation de l’intéressé, n’a pas pris une décision disproportionnée et le moyen tiré de l’erreur d’appréciation doit être écarté. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de rétention du passeport de M. B... :

Aux termes de l’article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu. »

L’arrêté contesté ne comporte pas de décision de rétention de passeport mais se borne à rappeler qu’une telle décision, implicite et révélée seulement par la retenue du passeport par les forces de l’ordre, a été prise. Alors que M. B... n’allègue pas avoir demandé la communication de ses motifs, le moyen tiré de son défaut de motivation doit, en tout état de cause, être écarté.

L’arrêté contesté précise que la gendarmerie de Beaumont-sur-Oise a remis à M. B... un récépissé valant justificatif d’identité en échange du passeport retenu. Or, dans sa décision susvisée, le Conseil constitutionnel a considéré que « la substitution du récépissé au passeport ou document de voyage retenu ne fait en aucune manière obstacle à l'exercice par l'étranger des libertés et droits qui ne sont pas subordonnés à la régularité de son séjour ». Par suite, les moyens tirés de ce que la décision de retenir le passeport de M. B..., sans limitation de durée, serait contraire à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à sa liberté de se marier, ou qu’elle serait entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, doivent, en tout état de cause, être écartés.

Il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal a rejeté sa demande. Ses conclusions en annulation doivent ainsi être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte et d’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d’Oise.

Délibéré après l’audience du 14 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,
Mme Marc, présidente assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2025.

La rapporteure,

M. Hameau
La présidente,

L. Besson-Ledey

La greffière,

T. Tollim

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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