Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d’annuler l’arrêté du 19 février 2023 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et lui a enjoint de remettre son passeport à l’autorité administrative.
Par un jugement n° 2308574 du 14 mars 2024, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 15 avril 2024, M. A..., représenté par Me Hadj Said, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement du 14 mars 2024 ;
2°) d’annuler la décision du 19 février 2023 ;
3°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de réexaminer sa demande de titre de séjour, dans le délai d’un mois à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, et de lui délivrer une autorisation de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
la décision d’obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ; elle ne tient pas compte de son ancienneté de séjour en France ;
le jugement méconnaît la notion de vie privée telle qu’instaurée par la cour européenne des droits de l’homme ;
la décision méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2024, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code des relations entre le public et l’administration ;
le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Fejérdy a été entendu au cours de l’audience publique, les parties n’étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
M. B... A..., ressortissant marocain, est entré en France le 6 février 2015 sous couvert d’un visa de long séjour. Il a bénéficié de titres de séjour en qualité de conjoint de Français, régulièrement renouvelés jusqu’au 19 février 2020. Le 10 février 2020, le requérant a demandé un changement de statut et sollicité la délivrance d’un titre de séjour en qualité de salarié, sur le fondement des dispositions de l’article L. 421-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par arrêté du 19 février 2023, le préfet du Val-d’Oise a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement du 14 mars 2024, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la demande du requérant tendant à l’annulation de cet arrêté. M. A... relève appel de ce jugement.
En premier lieu, hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de procédure ou de forme qui s’imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d’une irrégularité, il appartient au juge d’appel, non d’apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s’est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée, dont il est saisi dans le cadre de l’effet dévolutif de l’appel. Par suite, M. A... ne peut utilement faire valoir, pour demander l’annulation du jugement attaqué, que les premiers juges auraient méconnu la notion de la vie privée et familiale telle que définie par la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
En deuxième lieu, l’arrêté attaqué vise les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il mentionne également la date d’entrée en France de l’intéressé, le fait qu’il a disposé de titres de séjour en qualité de conjoint de Français, sa demande de changement de statut. Il indique qu’il est divorcé depuis le 1er mars 2021 et qu’il est sans charge de famille. Il souligne enfin qu’il ne produit pas de demande d’autorisation de travail signée par l’employeur. Dès lors, l’arrêté contesté, qui comporte l’énoncé des considérations de fait et de droit sur lesquelles il se fonde, est suffisamment motivé au regard des exigences de l’article L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration.
En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
M. A... se prévaut de l’ancienneté de sa présence en France ainsi que de son insertion professionnelle. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si le requérant a bénéficié de titres de séjour en qualité de conjoint de Français jusqu’en février 2020, il est, depuis cette date, séparé de son épouse, dont il a divorcé le 1er mars 2021. Sans enfant, il ne se prévaut d’aucune attache personnelle en France, alors qu’il dispose d’attaches familiales au Maroc, où il a vécu jusqu’à l’âge de vingt-huit ans, et où résident toujours ses parents et sa fratrie. Enfin, l’intéressé, qui a travaillé de manière ponctuelle entre juin 2019 et décembre 2022, en tant qu’agent de propreté, pour différents employeurs et souvent à temps partiel, ne justifie pas d’une réelle insertion professionnelle. S’il se prévaut d’un contrat à durée déterminée, conclu le 19 février 2023, puis d’un contrat à durée indéterminée, conclu le 30 avril 2023, par lesquels il est embauché en qualité de vendeur, ces circonstances sont toutefois respectivement concomitante et postérieure à la date de la décision contestée portant refus de titre de séjour. Dès lors, cette décision n’a pas porté au droit de M. A... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n’a pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Le préfet n’a pas davantage entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation de la situation de M. A....
Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. Les conclusions de sa requête, y compris celles à fin d’injonction et celles relatives aux frais d’instance, doivent donc être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d’Oise.
Délibéré après l'audience du 16 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Versol, présidente,
M. Tar, premier conseiller,
Mme Fejérdy, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2025.
La rapporteure,
B. Fejérdy
La présidente,
F. Versol
La greffière,
A. Gauthier
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.