Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d’annuler l’arrêté du 19 juin 2023 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, et d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai d’un mois ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai, et de le mettre en possession d’une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de sept jours.
Par un jugement n° 2309840 du 5 juin 2024, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 3 juillet 2024, M. B..., représenté par Me Monconduit, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d’annuler l’arrêté 19 juin 2023 du préfet du Val-d’Oise ou, subsidiairement, de l’annuler en tant qu’il porte obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
3°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de l’arrêt à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans le même délai, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification de l’arrêté à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le jugement est insuffisamment motivé et entaché d’un défaut d’examen de sa situation, s’agissant de la réponse aux moyens tirés du défaut de motivation de l’arrêté en litige et du défaut d’examen de sa situation, dès lors qu’il a produit des éléments relatifs à sa présence sur le territoire français en 2016 et 2017 et que les premiers juges ont omis de préciser la composition totale de sa famille, n’ont pas pris en compte la circonstance qu’il contribue à l’éducation et aux besoins de son enfant, lui ont reproché à tort de ne pas avoir d’activité professionnelle et n’ont pas tenu compte de la circonstance qu’il serait totalement isolé en cas de retour au Mali ;
- l’arrêté en litige est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- il méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d’erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle ;
- il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale sur les droits de l’enfant et est entaché d’erreur manifeste d’appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2024, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Marc,
- et les observations de Me Sun Troya, substituant Me Monconduit, pour M. B....
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant malien né en 1990, est entré en France selon ses déclarations en 2016. Le 5 juillet 2022, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par un arrêté du 19 juin 2023, le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B... relève appel du jugement du 5 juin 2024 par lequel le tribunal administratif de Cergy- Pontoise a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.
Sur la régularité du jugement :
2. M. B... reproche aux juges de première instance d’avoir insuffisamment motivé le rejet de ses moyens tirés de l’insuffisance de motivation de l’arrêté préfectoral et du défaut d’examen de sa situation personnelle par le préfet et commis eux-mêmes un défaut d’examen de sa situation. Toutefois, d’une part, il ressort des termes même du jugement, en particulier des points 3, 4 et 6, que le tribunal administratif a pris en compte et analysé l’ensemble des pièces produites par le demandeur, en justifiant de manière circonstanciée les motifs pour lesquels il a considéré, notamment, que celles-ci n’étaient pas de nature à établir la présence de M. B... sur le territoire français à compter de l’année 2016 et qu’il a suffisamment justifié les motifs pour lesquels il a écarté les moyens en cause. Par ailleurs, le tribunal a détaillé avec suffisamment de précision la situation personnelle, familiale et professionnelle de l’intéressé, ainsi que sa situation en cas de retour au Mali. Dans ces conditions, le moyen tiré d’un défaut de motivation doit être écarté. D’autre part, l’appréciation portée par le tribunal sur les éléments et pièces produits par le demandeur a trait au bien-fondé du raisonnement suivi par les premiers juges et est sans incidence sur la régularité du jugement contesté.
Sur la légalité de l’arrêté en litige :
3. En premier lieu, il y a lieu, par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges, d’écarter les moyens tirés de ce que l’arrêté contesté est entaché d’un défaut de motivation et d’un défaut d’examen de la situation personnelle de l’intéressé.
4. En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ». Et, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1 ».
5. M. B... se prévaut de la durée de son séjour en France depuis 2016, de la présence régulière sur le territoire français de sa mère, ainsi que de celle de ses frères et sœurs, tous de nationalité française, et de ce qu’il est père d’un enfant né en France le 20 décembre 2022. Toutefois, alors que M. B... a indiqué, dans la fiche de salle renseignée à l’occasion du dépôt de sa demande de titre de séjour, être célibataire et sans charge de famille, il ne justifie pas, par les pièces produites qui se limitent à des photographies non datées, contribuer à l’éducation et à l’entretien de l’enfant, né le 20 décembre 2022, qu’il a reconnu le 10 juillet 2023, et avec la mère duquel il ne justifie pas davantage de lien, en se bornant à verser au dossier une attestation établie par cette dernière, peu précise et d’ailleurs postérieure à l’arrêté en litige, ainsi que des photographies également non datées. Si M. B... se prévaut également de la nationalité française de ses demi-frères et sœurs, mais également de ses sœurs, il ne justifie pas non plus de liens avec eux. En se bornant, en outre, à faire valoir qu’il est hébergé chez sa mère, titulaire d’une carte de séjour pluriannuelle valable du 26 mars 2023 au 25 mars 2025, sans autre précision, il ne justifie pas de la nécessité de sa présence auprès d’elle. Par ailleurs, l’intégration sociale et professionnelle de M. B... ne ressort d’aucune pièce du dossier. Enfin, la seule circonstance que ses grands-parents résidant au Mali soient décédés ne saurait, à elle seule, démontrer qu’il ne disposerait d’aucun autre lien dans son pays d’origine, dans lequel il a vécu jusqu’à, au moins, l’âge de 26 ans. Dans ces conditions, le préfet du Val-d’Oise n’a pas méconnu les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en estimant qu’aucune considération humanitaire ou aucun motif exceptionnel ne justifiait l’admission exceptionnelle au séjour de M. B.... Pour les mêmes motifs, il n’a pas davantage porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but en vue desquels l’arrêté contesté a été pris, et n’a méconnu ni les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, l’arrêté en litige n’est pas entaché d’erreur manifeste d’appréciation de la situation personnelle de M. B....
6. En dernier lieu, aux termes des stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ». Il résulte de ces stipulations, qui peuvent utilement être invoquées à l’appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l’exercice de son pouvoir d'appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
7. Comme évoqué précédemment, le requérant ne justifie pas par les seules pièces produites de sa contribution à l’éducation et à l’entretien de son enfant. Il ne peut dès lors soutenir que l’arrêté litigieux porterait atteinte à l’intérêt supérieur de son enfant et le moyen tiré de la méconnaissance du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que par le jugement attaqué le tribunal administratif Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l’annulation de l’arrêté du 19 juin 2023 du préfet du Val-d’Oise. Par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d’une injonction et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu’être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d’Oise.
Délibéré après l’audience du 24 mars 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,
Mme Marc, présidente assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2026.
La rapporteure,
E. Marc
La présidente,
L. Besson-Ledey
La greffière,
T. Tollim
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.