Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A... B... a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d’annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le préfet du Val-d’Oise sur sa demande de délivrance d’un titre de séjour.
Par une ordonnance n° 2508297 du 12 juin 2025, le président de la 4ère chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 31 juillet 2025, Mme B..., représentée par Me Petit, demande à la cour :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d’annuler cette ordonnance ;
3°) d’annuler cette décision ;
4°) d’enjoindre au préfet compétent de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de huit jours et de réexaminer sa situation dans le délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- c’est à tort que, par l’ordonnance attaquée, le président de la 4ème chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande pour irrecevabilité au motif qu’elle n’était pas dirigée contre une décision susceptible de recours ;
- la décision contestée est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle ne prend pas en compte l’intérêt supérieur de son enfant mineur, en méconnaissance des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet du Val-d’Oise qui n’a pas produit de mémoire.
Mme B... a présenté une demande d’aide juridictionnelle le 25 septembre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Dorion,
- et les observations de Me Petit, pour Mme B....
Considérant ce qui suit :
Mme B..., ressortissante guinéenne née le 19 mai 1984, entrée en France le 7 novembre 2018 munie d’un visa de court séjour, a présenté le 16 octobre 2023 une demande de titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale », sur le site de l’administration numérique pour les étrangers en France (ANEF), en se prévalant de sa qualité de parent d’un enfant de nationalité française. Elle relève appel de l’ordonnance du 12 juin 2025 par laquelle le président de la 4ème chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d’annulation d’une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour née du silence gardé par le préfet du Val-d’Oise.
Sur le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire :
2.
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ».
3.
Il y a lieu d’admettre Mme B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire, en application de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur la régularité de l’ordonnance attaquée :
Aux termes de l’article R. 431-15-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le dépôt d’une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l’article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d’une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. (…) ». Aux termes de l’article R. 432-1 du même code : « Le silence gardé par l’autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. » Selon l’article R. 432-2, la décision implicite de rejet mentionnée à l’article R. 432-1 naît au terme d’un délai de quatre mois lorsque l’étranger sollicite la délivrance du titre de séjour mentionné à l’article L. 423-7.
Il ressort des pièces du dossier que Mme B... a déposé le 16 octobre 2023 sur le site de l’administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) une demande de délivrance d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en qualité de mère d’un enfant de nationalité française né le 20 octobre 2020, et qu’un « avis de dépôt d’une pré-demande » lui a été remis le même jour. Il ressort également des pièces du dossier que Mme B... a été convoquée le 17 janvier 2024, afin de se présenter le 14 février 2024, en vue de l’enregistrement de ses données biométriques. Mme B... soutient, sans être contredite, s’être rendue à cette convocation, que ses empreintes ont été prises et que l’agent au guichet lui a indiqué qu’une attestation de prolongation d’instruction lui sera communiquée sur son espace ANEF, ce qui atteste de ce que le dossier de sa demande de titre de séjour était complet. Il suit de là que la requérante est fondée à soutenir que le silence gardé par le préfet du Val-d’Oise a fait naître une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, et que c’est à tort que, par l’ordonnance attaquée, le président de la 4ère chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d’annulation de cette décision au motif qu’elle était manifestement irrecevable.
Il y a lieu pour la cour de statuer, par la voie de l’évocation, sur les conclusions présentées par Mme B... devant le tribunal et devant la cour.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l’exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (…). ». Aux termes de l’article L. 232-4 de ce code : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n’est pas illégale du seul fait qu’elle n’est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l’intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. (…) ».
Il ressort des pièces du dossier que le conseil de Mme B... a, par un courrier du 10 février 2025 reçu le 17 février 2025, sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de délivrance d’un titre de séjour et que le préfet du Val-d’Oise n’a pas répondu à ce courrier. Aucune décision explicite n’a été prise sur sa demande. Dans ces conditions, Mme B... est fondée à soutenir que la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est entachée d’un défaut de motivation et doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :
Eu égard au motif d’annulation retenu au point précédent, le présent arrêt implique nécessairement que le préfet du Val-d’Oise, ou le préfet territorialement compétent, procède au réexamen de la situation de Mme B..., dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt, et lui délivre sans délai une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler. Il n’y a pas lieu, en revanche, d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais de l’instance :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Petit, avocate de Mme B... désignée au titre de l’aide juridictionnelle, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros à verser à Me Petit au titre des dispositions combinées de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Mme B... est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : L’ordonnance n° 2508297 du 12 juin 2025 du président de la 4ère chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise et la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour de Mme B... sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Val-d’Oise, ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation de Mme B..., dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt, et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler.
Article 4 : L’État versera à Me Petit la somme de 1 500 euros au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Petit renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État à l’aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B... est rejeté.
Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A... B..., au ministre de l’intérieur et au préfet du Val-d’Oise.
Délibéré après l’audience du 4 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Camenen, président,
Mme Dorion, présidente-assesseure,
M. Tar, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2025.
La rapporteure,
O. Dorion
Le président,
G. Camenen
La greffière,
C. Yarde
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.