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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-25VE02984

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-25VE02984

mardi 7 avril 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-25VE02984
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantSELAS SHEBAVOK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d’annuler l’arrêté du 2 septembre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an.

Par un jugement n° 2414046 du 17 septembre 2025, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 2 octobre 2025, M. A..., représenté par Me Shebabo, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) d’annuler cet arrêté ;

3°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
-
le jugement attaqué est insuffisamment motivé ;
-
il est entaché de défaut d’examen sérieux et individualisé de sa situation personnelle ;
-
les premiers juges ont méconnu leur office en suppléant par des considérations nouvelles les carences de motivation de l’arrêté contesté ;
-
la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
-
elle est entachée d’un défaut d’examen individualisé et approfondi de sa situation personnelle ;
-
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
-
elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
-
la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
-
la décision portant interdiction de retour sur le territoire français durant un an est insuffisamment motivée ;
-
elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
-
elle est entachée de disproportion.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
-
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
-
l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
-
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
-
le code de justice administrative.

Par une décision en date du 1er septembre 2025, la présidente de la cour administrative d’appel de Versailles a désigné M. Camenen, président, pour statuer par ordonnance en application de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « Les (…) magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent (…) par ordonnance, rejeter (…), après l’expiration du délai de recours (…) les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement. (…) ».

M. A..., ressortissant algérien né le 14 juillet 1988, entré en France le 21 octobre 2020 selon ses déclarations, a été interpelé le 2 septembre 2024 pour des faits de défaut de permis de conduire et d’infraction à la législation sur les étrangers. Par l’arrêté contesté du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an. M. A... relève appel du jugement du 17 septembre 2025 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement attaqué :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 9 du code de justice administrative : « Les jugements sont motivés. ».

Le tribunal, qui n’était pas tenu de répondre à tous les arguments avancés par le requérant, a exposé les motifs pour lesquels il a écarté les moyens de la demande, notamment les moyens tirés de l’insuffisance de motivation de l’arrêté contesté et du défaut d’examen sérieux de la situation de l’intéressé. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation du jugement attaqué manque en fait et doit être écarté.

En second lieu, si le requérant soutient que le tribunal administratif n’a pas sérieusement et individuellement examiné sa situation personnelle, il n’est pas établi qu’il se serait abstenu de prendre en compte les éléments du dossier dans des conditions telles qu’il devrait être regardé comme ayant méconnu son office. En outre, si le tribunal administratif a estimé qu’une inexactitude contenue dans l’arrêté contesté était sans incidence, il ne saurait davantage être regardé comme ayant ainsi méconnu son office.

Sur la légalité de l’arrêté contesté :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu’il se trouve dans les cas suivants : 1° L’étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s’y est maintenu sans être titulaire d’un titre de séjour en cours de validité (…). » Aux termes de l’article L. 613-1 du même code : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée (…) ».

L’arrêté contesté vise le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, notamment le 1° de l’article L. 611-1, et mentionne que M. A... déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français et s’y est maintenu en situation irrégulière, sans accomplir de démarches en vue de la régularisation de sa situation administrative. Si le requérant valoir qu’il ne fait pas mention de son état de santé et de son intégration socio-professionnelle, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, qui n’a pas à comporter l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé est, ainsi, suffisamment motivée.

En deuxième lieu, l’arrêté contesté précise, outre ses dates de naissance et d’entrée en France et sa nationalité, que l’intéressé a déclaré être célibataire et sans charge de famille et qu’il n’allègue pas être dépourvu de toutes attaches personnelles et familiales dans son pays d’origine. Si M. A... fait valoir qu’il ne fait pas mention de son état de santé, ainsi qu’il a été dit au point précédent de la présente ordonnance, la décision portant obligation de quitter le territoire français n’a pas à comporter l’ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l’intéressé. Enfin, la seule circonstance que l’arrêté indique que le requérant est sans ressources alors qu’il a déclaré lors de son audition être employé, pour un salaire mensuel de 1 600 euros, depuis le mois de décembre 2022, ne suffit pas à établir que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen individualisé et approfondi de la situation personnelle avant de prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée.

En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1 Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

M. A... fait valoir que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l’ordre public, et se prévaut de son intégration socio-professionnelle en France et de son état de santé. Il ressort des pièces du dossier qu’il est entré irrégulièrement en France, le 21 octobre 2020 selon ses déclarations, et qu’il s’y est maintenu sans solliciter la régularisation de sa situation administrative. M. A... justifie travailler, depuis le mois de décembre 2022, en qualité de technicien fibre optique à temps complet, dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée signé le 25 novembre 2022, et avoir auparavant travaillé auprès d’un autre employeur, du mois d’août 2021 au mois de novembre 2022, également à temps complet. Il établit également avoir à plusieurs reprises réalisé des dons de sang et avoir fait des dons en argent auprès d’une fondation et de plusieurs associations depuis son arrivée en France. Toutefois, il n’est pas établi que M. A..., qui est célibataire et sans charge de famille, a noué en Frances des liens suffisamment anciens, intenses et stables en France, alors qu’il dispose d’attaches familiales dans son pays d’origine, où résident ses parents et où il a lui-même vécu au moins jusqu’à l’âge de trente-deux ans. Par ailleurs, s’il ressort des pièces du dossier que M. A... souffre de purpura thrombopénique idiopathique chronique, il n’est pas établi que son état de santé risque d’entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité et qu’il ne peut bénéficier effectivement d’un traitement approprié dans son pays d’origine. Enfin, s’il fait valoir qu’il ne représente pas de menace pour l’ordre public, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision contestée, qui n’est pas fondée sur l’existence d’une telle menace. Dans ces conditions, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine n’a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A... au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En quatrième lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation dont serait entachée l’obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En cinquième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ».

Si M. A... soutient que le retour dans son pays d’origine l’exposerait à des risques graves et immédiats pour sa santé, en raison des difficultés d’accès aux soins nécessaires au traitement de la pathologie dont il souffre, ainsi qu’il a été dit précédemment, il n’est pas établi que son état de santé risque d’entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité et qu’il ne pourrait bénéficier effectivement d’un traitement approprié dans son pays d’origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par la décision portant fixation du pays de renvoi, de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En dernier lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu’aucun délai de départ volontaire n’a été accordé à l’étranger, l’autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l’autorité administrative n’édicte pas d’interdiction de retour (…) ». L’article L. 612-10 du même code dispose que : « Pour fixer la durée des interdictions de retour (…), l’autorité administrative tient compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (…) ».

Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l’encontre d’un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l’étranger n’a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d’assortir sa décision d’une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l’article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l’étranger sur le territoire français, la nature et l’ancienneté de ses liens avec la France, l’existence ou non d’une précédente mesure d’éloignement et, le cas échéant, la menace pour l’ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

D’une part, l’arrêté contesté vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et mentionne les conditions d’entrée et de séjour en France de M. A... et ses liens personnels et familiaux. Il précise également que l’intéressé ne justifie d’aucune circonstance humanitaire particulière. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an, qui n’a pas à comporter l’ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l’intéressé, répond ainsi aux exigences de motivation de l’article L. 613-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine se serait abstenu de procéder à un examen individualisé de la situation de M. A... avant de prendre cette décision.

D’autre part, alors même que sa présence en France ne constituerait pas une menace pour l’ordre public, dans les circonstances rappelées aux points précédents, eu égard à son absence d’attaches particulières en France, et dès lors qu’il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il ne pourrait pas bénéficier effectivement d’un traitement approprié à son affection en Algérie, en assortissant l’obligation faite à M. A... de quitter le territoire français sans délai d’une interdiction de retour d’une durée d’un an, le préfet des Hauts-de-Seine n’a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ni porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... est manifestement dépourvue de fondement et peut être rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d’injonction et celles tendant à ce qu’il soit fait application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A....

Fait à Versailles, le 7 avril 2026.

Le magistrat désigné,

Gildas Camenen


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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