Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C... A... a demandé au tribunal administratif de Versailles d’annuler l’arrêté du 30 mars 2025 par lequel le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an.
Par un jugement n° 2505062 du 19 septembre 2025, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et une pièce, enregistrées les 17 et 24 octobre 2025, M. A..., représenté par Me Bingham, demande à la cour :
1°)
d’annuler ce jugement ;
2°)
d’annuler cet arrêté ;
3°)
d’enjoindre au préfet des Yvelines de mettre fin à son signalement dans le système d’information Schengen sans délai ;
4°)
d’enjoindre à l’autorité administrative compétente de réexaminer sa situation, dans le délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
5°)
de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros hors taxes à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ou, à titre subsidiaire, à lui-même, au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-
le jugement attaqué est insuffisamment motivé et entaché d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ; il omet de se prononcer sur les considérations humanitaires en ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ; il omet de répondre au moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile soulevé à l’encontre de la décision de refus de délai de départ volontaire ; il reprend les termes de l’arrêté en ce qui concerne les documents d’identité ou de voyage alors qu’il a présenté un passeport ;
-
il est entaché d’une erreur d’appréciation au regard des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
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la décision l’obligeant à quitter le territoire français est entachée d’un défaut de motivation ;
-
elle est entachée d’erreurs de fait ;
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elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
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elle méconnaît les dispositions de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
-
elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
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la décision fixant le pays de renvoi est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation personnelle ;
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elle méconnaît les dispositions de l’article L. 721-4 code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
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la décision de refus de délai de départ volontaire est privée de base légale du fait de l’annulation de la décision l’obligeant à quitter le territoire français ;
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elle est illégale dès lors qu’elle se fonde sur l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui méconnaît lui-même l’article 7 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 du Parlement européen et du Conseil en ce qu’il institue une présomption générale de fuite ;
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elle est entachée d’une erreur de fait, dès lors que le risque de fuite n’est pas établi ;
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elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’il justifie de circonstances propres qui auraient dû justifier un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;
-
la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an est privée de base légale du fait de l’annulation de l’obligation de quitter le territoire français ;
-
elle est insuffisamment motivée ;
-
elle est entachée d’erreurs de fait ;
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elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
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elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’il justifie de circonstances humanitaires faisant obstacle au prononcé d’une interdiction de retour ;
-
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
-
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;
-
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
-
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;
-
le code de justice administrative.
Par une décision en date du 1er septembre 2025, la présidente de la cour administrative d’appel de Versailles a désigné M. Camenen, président, pour statuer par ordonnance en application de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « Les (…) magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent (…) par ordonnance, rejeter (…), après l’expiration du délai de recours (…) les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement. (…) ».
M. A..., ressortissant ukrainien né le 1er janvier 1999, entré en France le 23 septembre 2021, a été interpelé et placé en garde à vue le 30 mars 2025 par les services de police pour des faits de conduite sous l’empire d’un état alcoolique. Par l’arrêté contesté du 30 mars 2025, le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an. M. A... relève appel du jugement du 19 septembre 2025 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande d’annulation de cet arrêté.
Sur la régularité du jugement attaqué :
En premier lieu, le jugement attaqué a répondu dans ses points 6, 7 et 8, par une motivation suffisante, au moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
En deuxième lieu, le jugement attaqué a également répondu, par une motivation suffisante, dans ses points 16 à 20, au moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
En dernier lieu, si le jugement attaqué retient à tort que M. A... n’est pas en mesure de présenter un document d’identité ou de voyage alors qu’il a produit un passeport en cours de validité, cette circonstance est par elle-même sans incidence sur sa régularité. Il va de même de la circonstance que le jugement attaqué serait entaché d’une erreur d’appréciation au regard des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Il résulte de ce qui précède que les moyens d’irrégularité du jugement attaqué doivent être écartés.
Sur la légalité des décisions contestées :
Aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu’il se trouve dans les cas suivants : 1° L’étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s’y est maintenu sans être titulaire d’un titre de séjour en cours de validité (…). ». Aux termes de l’article L. 613-1 du même code : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (…) ».
En premier lieu, l’arrêté contesté vise le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, notamment le 1° de l’article L. 611-1, et mentionne que M. A... déclare être entré en France depuis trois ans et demi, sans être en possession des documents et visa exigés à l’article L. 311-1 du code susvisé, qu’il ne peut justifier de la possession de documents d’identité et de voyage en cours de validité, que l’intéressé, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, ne justifie d’aucune démarche depuis son arrivée en France, et qu’il n’a, a fortiori, pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour. La décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est, ainsi, suffisamment motivée.
En deuxième lieu, M. A... fait valoir qu’il est entré régulièrement sur le territoire français, dès lors qu’en sa qualité de ressortissant ukrainien, il était dispensé de visa pour entrer dans l’espace Schengen pour un court séjour et qu’il était en possession de son passeport ukrainien. Toutefois, s’il est entré en Pologne le 23 septembre 2021, M. A... ne justifie pas avoir déclaré par la suite son entrée sur le territoire français. Si l’arrêté contesté indique à tort qu’il est dépourvu de documents d’identité et de voyage en cours de validité et qu’il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, alors qu’il est titulaire d’un passeport ukrainien en cours de validité et justifie d’un domicile, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision l’obligeant à quitter le territoire français, qui a été prise au motif qu’il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu’il s’y est maintenu sans être titulaire d’un titre de séjour en cours de validité. M. A..., qui se borne à produire une convocation pour l’enregistrement de la demande d’asile de son père, ne justifie pas avoir sollicité la délivrance d’un titre de séjour. En outre, alors même qu’il partage une vie commune avec une ressortissante ukrainienne depuis plusieurs mois, l’arrêté contesté n’est pas entaché d’erreur de fait en ce qu’il énonce qu’il est célibataire. Enfin, le préfet n’était pas tenu de mentionner l’ensemble des éléments se rapportant à la situation personnelle de M. A.... Il s’ensuit que les moyens tirés du défaut d’examen sérieux de sa situation et des erreurs de fait soulevés à l’encontre de la décision l’obligeant à quitter le territoire français doivent être écartés.
En troisième lieu, l’arrêté contesté précise, outre sa date de naissance, la période à laquelle il est entré en France et sa nationalité, que l’intéressé a déclaré être célibataire sans enfant et ne pas être isolé en cas de retour dans son pays d’origine où se trouvent sa mère et sa sœur. Il ressort de ces motifs que le préfet a examiné la vie privée et familiale de l’intéressé en France. Il ne ressort pas des termes de l’arrêté contesté que le préfet, qui précise que M. A... ne justifie d’aucune circonstance humanitaire particulière, n’a pas examiné son droit au séjour, alors qu’il a été mis à même, en audition, d’expliquer les raisons l’ayant conduit à quitter l’Ukraine, de préciser s’il était persécuté dans son pays d’origine et d’indiquer s’il avait présenté une demande d’asile en France ou dans un autre État de l’Union européenne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger qui n’entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » d’une durée d’un an, sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d’existence de l’étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d’origine. / L’insertion de l’étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ». Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1 Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».
M. A... se prévaut de l’ancienneté et de la continuité de son séjour depuis 2021, de la présence de son père, présent sur le territoire français depuis 2013, et de son épouse, ressortissante ukrainienne titulaire de la protection temporaire, de ses attaches amicales et de son insertion professionnelle. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu’à la date de l’arrêté contesté, l’ancienneté de séjour en France de M. A... était récente. Ainsi qu’il a été dit, il est entré irrégulièrement sur le territoire français et s’y est maintenu sans titre de séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que sa présence en France serait indispensable auprès son père. Il ne partageait une vie commune avec une ressortissante ukrainienne bénéficiaire de la protection temporaire que depuis quelques mois à la date de l’arrêté contesté. Leur mariage a été célébré postérieurement à l’arrêté contesté. Sans charge de famille sur le territoire français, M. A... n’est pas dépourvu d’attaches familiales dans son pays d’origine où résident sa mère et sa sœur. Dans ces conditions, par les décisions contestées, le préfet des Yvelines n’a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A... au respect de sa vie privée et familiale. Il s’ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes motifs de fait, le préfet n’a pas davantage entaché son arrêté d’une erreur manifeste d’appréciation de la situation personnelle et familiale de M. A....
En cinquième lieu, ainsi qu’il a été dit ci-dessus, le requérant n’établit pas l’illégalité de la décision l’obligeant à quitter le territoire français. Dès lors, il n’est pas fondé à soutenir que la décision de refus de départ volontaire est privée de base légale.
En sixième lieu, d’une part, aux termes de l’article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil 16 décembre 2008 : « 1. La décision de retour prévoit un délai approprié allant de sept à trente jours pour le départ volontaire, sans préjudice des exceptions visées aux paragraphes 2 et 4. (…) / 4. S’il existe un risque de fuite (…), les États membres peuvent s’abstenir d’accorder un délai de départ volontaire ou peuvent accorder un délai inférieur à sept jours. ».
D’autre part, aux termes de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger faisant l’objet d’une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d’un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (…) ». Aux termes de l’article L. 612-2 de ce code : « Par dérogation à l’article L. 612-1, l’autorité administrative peut refuser d’accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) 3° Il existe un risque que l’étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l’objet. ». Aux termes de l’article L. 612-3 de ce code : « Le risque mentionné au 3° de l’article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L’étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour ; 2° L’étranger s’est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s’il n’est pas soumis à l’obligation du visa, à l’expiration d’un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d’un titre de séjour ; 3° L’étranger s’est maintenu sur le territoire français plus d’un mois après l’expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l’occasion d’une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; 4° L’étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L’étranger s’est soustrait à l’exécution d’une précédente mesure d’éloignement ; 6° L’étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l’un des États avec lesquels s’applique l’acquis de Schengen, fait l’objet d’une décision d’éloignement exécutoire prise par l’un des États ou s’est maintenu sur le territoire d’un de ces États sans justifier d’un droit de séjour ; 7° L’étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d’identité ou de voyage ou a fait usage d’un tel titre ou document ; 8° L’étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu’il ne peut présenter des documents d’identité ou de voyage en cours de validité, qu’il a refusé de communiquer les renseignements permettant d’établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu’il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d’empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l’article L. 142-1, qu’il ne justifie pas d’une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu’il s’est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ».
Il résulte de la combinaison des dispositions citées au point précédent que la possibilité, pour l’autorité administrative, de refuser d’accorder un délai de départ volontaire à un étranger faisant l’objet d’une décision portant obligation de quitter le territoire français est prévue à titre dérogatoire. Par ailleurs, l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile énumère, de manière exhaustive, les huit cas dans lesquels il peut être regardé comme établi qu’il existe un risque que l’étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l’objet. Il ressort également des dispositions de cet article qu’il est loisible à l’autorité administrative de considérer que le risque de fuite n’est pas établi, alors même que la situation de l’intéressé correspondrait à l’un des huit cas énumérés, en cas de circonstance particulière. Dans ces conditions, M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision de refus de départ volontaire est illégale en ce qu’elle est prise sur le fondement des dispositions de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui méconnaîtraient elles-mêmes l’article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 en ce qu’elles créent une présomption de fuite.
En septième lieu, ainsi qu’il a été dit, M. A... ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et avoir sollicité la délivrance d’un titre de séjour. Au surplus, il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français en audition. Il se trouvait donc dans le cas où le risque que l’intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l’objet est présumé. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’erreur de fait ne peut qu’être écarté.
En huitième lieu, en faisant état de considérations générales sur la situation sécuritaire en Ukraine, M. A... ne justifie pas de circonstances propres qui auraient dû conduire le préfet à lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
En neuvième lieu, M. A... ayant été mis à même, en audition, de faire état de ses craintes en cas de retour en Ukraine, le moyen tiré du défaut d’examen sérieux de sa situation personnelle soulevé à l’encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.
En dixième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ». Aux termes de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « (…) Un étranger ne peut être éloigné à destination d’un pays s’il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu’il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. (…) ».
Si M. A... se prévaut de la situation sécuritaire dans l’oblast d’Ivano-Frankivsk, cette région, qui est située à l’ouest de l’Ukraine, ne fait pas partie des régions qui sont les plus touchées par la guerre. Par ailleurs, la circonstance que M. A... soit, compte tenu de son âge, susceptible d’être mobilisé par les autorités étatiques de son pays pour combattre ou être emprisonné en cas de refus ne méconnaît pas les stipulations et les dispositions citées au point précédent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ne peut qu’être écarté.
En onzième lieu, ainsi qu’il a été dit ci-dessus, le requérant n’établit pas l’illégalité de la décision l’obligeant à quitter le territoire français. Dès lors, il n’est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an est privée de base légale.
En douzième lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu’aucun délai de départ volontaire n’a été accordé à l’étranger, l’autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l’autorité administrative n’édicte pas d’interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l’expiration d’une durée, fixée par l’autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français (…) ». L’article L. 612-10 du même code dispose que : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative tient compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (…) ».
Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l’encontre d’un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l’étranger n’a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d’assortir sa décision d’une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l’article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l’étranger sur le territoire français, la nature et l’ancienneté de ses liens avec la France, l’existence ou non d’une précédente mesure d’éloignement et, le cas échéant, la menace pour l’ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
L’arrêté contesté vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et mentionne les conditions d’entrée et de séjour en France de M. A... et ses liens personnels et familiaux. Dès lors que M. A... n’a pas déjà fait l’objet d’une mesure d’éloignement et que le préfet a estimé que sa présence sur le territoire français ne représentait pas une menace pour l’ordre public, le préfet n’était pas tenu de le mentionner dans son arrêté. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français répond, ainsi, aux exigences de motivation de l’article L. 613-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
En treizième lieu, si l’arrêté contesté ne mentionne pas la présence en France de son père et de sa compagne, cette circonstance est par elle-même sans incidence sur sa légalité. Par ailleurs, si M. A... fait valoir que le préfet n’a pas pris en compte sa durée de présence sur le territoire français, l’arrêté contesté précise qu’il déclare être entré en France depuis trois ans et demi. Par suite, les moyens tirés du défaut d’examen sérieux de sa situation et des erreurs de fait soulevés à l’encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an doivent être écartés.
En dernier lieu, si M. A... se prévaut de la situation de guerre en Ukraine, cet élément ne suffit pas à caractériser une circonstance humanitaire justifiant l’absence d’interdiction de retour en application des dispositions précitées de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Enfin, compte tenu du caractère récent de sa vie commune avec une ressortissante ukrainienne, au caractère non indispensable de sa présence auprès de son père et à l’existence d’attaches dans le pays d’origine, l’interdiction de retour d’une durée d’un an ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A... protégé par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et n’est pas entachée d’erreur d’appréciation.
Il résulte de ce qui précède que la requête d’appel de M. A... est manifestement dépourvue de fondement et peut être rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles tendant à ce qu’il soit fait application des dispositions combinées de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B....
Fait à Versailles, le 7 avril 2026.
Le magistrat désigné,
Gildas Camenen
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.