mardi 21 juin 2022
| Juridiction | Conseil d'État |
| Section | Section du Contentieux |
| N° Dossier | 451370 |
| ECLI | ECLI:FR:CECHS:2022:451370.20220621 |
| Type | Décision |
| Recours | Autres |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre jugeant seule |
Vu la procédure suivante :
La communauté de communes de la Plaine dijonnaise a demandé au tribunal administratif de Dijon de condamner la commune de Fauverney (Côte d'Or) à lui verser la somme de 1 323 392 euros, augmentée des intérêts capitalisés, en réparation du préjudice résultant du refus de cette commune de lui reverser la taxe locale d'équipement et la taxe d'aménagement qu'elle a prélevées auprès de titulaires de permis de construire au sein de la zone d'activité économique de la Boulouze. Par une ordonnance n° 1601710 du 29 décembre 2017, le président du tribunal administratif de Dijon a rejeté sa demande.
Par une ordonnance n° 18LY00870 du 25 juin 2018, le président de la 3ème chambre de la cour administrative d'appel de Lyon a rejeté l'appel formé par la communauté de communes de la Plaine dijonnaise contre l'ordonnance du 29 décembre 2017.
Par une décision n° 423631 du 29 juillet 2020, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux a annulé l'ordonnance du 25 juin 2018 et renvoyé l'affaire à la cour administrative d'appel de Lyon.
Par un arrêt n° 20LY02074 du 4 février 2021, la cour administrative d'appel de Lyon a jugé qu'il n'y avait pas lieu de transmettre au Conseil d'Etat la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par la communauté de communes de la Plaine dijonnaise, annulé l'ordonnance du 29 décembre 2017 du président du tribunal administratif de Dijon et rejeté le surplus des conclusions de la requête de la communauté de communes de la Plaine dijonnaise.
Par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés le 2 avril et le 2 juillet 2021 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, la communauté de communes de la Plaine dijonnaise demande au Conseil d'Etat :
1°) d'annuler cet arrêt ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Fauverney la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire portant contestation du refus de transmission d'une question prioritaire de constitutionnalité et des observations complémentaires, enregistrés le 6 avril et le 2 juillet 2021, la communauté de communes de la Plaine dijonnaise demande au Conseil d'Etat :
1°) d'annuler l'arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 29 juillet 2020 en tant que celui-ci rejette sa demande de transmission au Conseil d'Etat de la question prioritaire de constitutionnalité qu'elle a soulevée, tirée de ce que les dispositions du premier alinéa de l'article 1635 bis B du code général des impôts et du quatrième alinéa de l'article L. 331-2 du code de l'urbanisme méconnaissent le quatrième alinéa de l'article 72-2 de la Constitution ou, subsidiairement, le principe de clarté de la loi et l'objectif d'accessibilité et d'intelligibilité de la norme ;
2°) de transmettre au Conseil constitutionnel cette question prioritaire de constitutionnalité.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la Constitution, notamment son préambule et son article 61-1 ;
- le code général des impôts ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative ;
Après avoir entendu en séance publique :
- le rapport de M. Mathieu Le Coq, maître des requêtes,
- les conclusions de Mme Marie-Gabrielle Merloz, rapporteure publique ;
La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Richard, avocat de la communauté de communes de La Plaine dijonnaise ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 822-1 du code de justice administrative : " Le pourvoi en cassation devant le Conseil d'Etat fait l'objet d'une procédure préalable d'admission. L'admission est refusée par décision juridictionnelle si le pourvoi est irrecevable ou n'est fondé sur aucun moyen sérieux ".
2. Pour demander l'annulation de l'arrêt qu'elle attaque, la communauté de communes de la Plaine dijonnaise soutient que la cour administrative d'appel de Lyon :
- a commis une erreur de droit en jugeant que le troisième alinéa de l'article L. 331-2 du code de l'urbanisme, entré en vigueur le 1er janvier 2014, n'est pas applicable au litige portant sur le reversement par la commune de Fauverney de la taxe d'aménagement qu'elle avait perçue avant l'entrée en vigueur de ces dispositions ;
- a commis une erreur de droit en jugeant que l'article 72-2 de la Constitution, qui dispose que tout transfert de compétences entre l'Etat et les collectivités territoriales s'accompagne de l'attribution de ressources équivalentes à celles qui étaient consacrées à leur exercice, n'est pas applicable aux transferts de compétences entre les communes et les établissements publics de coopération intercommunale dont elles sont membres ;
- a commis une erreur de droit en jugeant que l'objectif à valeur constitutionnelle d'accessibilité et d'intelligibilité de la loi ne pouvait être utilement invoqué à l'appui de la question prioritaire de constitutionnalité, alors qu'elle l'avait invoqué en combinaison avec le principe énoncé au quatrième alinéa de l'article 72-2 de la Constitution ;
- a commis une erreur de droit en écartant le moyen tiré d'un enrichissement sans cause de la commune de Fauverney au motif que la taxe locale d'équipement et la taxe d'aménagement présentent non le caractère de rémunérations pour services rendus mais celui d'impositions, alors que ces taxes ont spécifiquement pour objet de financer les équipements publics et aménagements de la zone d'activité économique dans le périmètre de laquelle des autorisations de construire ont été délivrées par la commune ;
- a commis, en toute hypothèse, une erreur de droit en rejetant la totalité de ses conclusions indemnitaires, alors qu'elle aurait dû au moins les accueillir pour la part correspondant au financement des équipements publics et aménagements de la zone d'activité économique ;
- a commis une erreur de droit en jugeant qu'il résulte de l'article 1635 bis B du code général des impôts et de l'article L. 331-2 du code de l'urbanisme que la commune de Fauverney n'a commis aucune faute en refusant de lui reverser les montants de la taxe locale d'équipement et de la taxe d'aménagement qu'elle avait perçus au titre des permis de construire délivrés dans la zone d'activité économique, alors qu'eu égard à l'objet de la taxe d'aménagement, tel qu'il est défini à l'article L. 331-1 du code de l'urbanisme, ces articles imposent nécessairement à une commune de reverser ces montants quand le financement des équipements publics concernés a été supporté par l'établissement public de coopération intercommunale.
3. Aucun de ces moyens n'est de nature à permettre l'admission du pourvoi.
D E C I D E :
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Article 1er : Le pourvoi de la communauté de communes de la Plaine dijonnaise n'est pas admis.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à la communauté de communes de la Plaine dijonnaise.
Copie en sera adressée à la commune de Fauverney, au Conseil constitutionnel et au Premier ministre.
Délibéré à l'issue de la séance du 9 mai 2022 où siégeaient : M. Guillaume Goulard, président de chambre, présidant ; M. Christian Fournier, conseiller d'Etat et M. Mathieu Le Coq, maître des requêtes-rapporteur.
Rendu le 21 juin 2022.
Le président :
Signé : M. Guillaume Goulard
Le rapporteur :
Signé : M. Mathieu Le Coq
La secrétaire :
Signé : Mme Nathalie Martinez-Casanova