mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Conseil d'État |
| Section | Section du Contentieux |
| N° Dossier | 458889 |
| ECLI | ECLI:FR:CEFSP:2022:458889.20220713 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Autres |
| Publication | Z |
| Formation | Formation spécialisée |
| Avocat requérant | LEBRUN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 avril 2021 au greffe du tribunal administratif de Grenoble, M. C A B demande :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet du 4 mars 2021, par laquelle le ministère de l'intérieur a rejeté la demande préalable de Monsieur A B ;
2°) de condamner l'Etat au versement d'une somme totale de 7 000 000 d'euros en réparation des préjudices résultant de l'illégalité des décisions de fichage et de surveillance dont il a fait l'objet ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par une ordonnance n° 2102804 du 25 novembre 2021, enregistrée le même jour au secrétariat de la section du contentieux du Conseil d'Etat, le président du tribunal administratif de Grenoble transmet au président de la section du contentieux, premièrement, en application de l'article R. 342-2 du code de justice administrative, les conclusions de la requête relatives aux fichiers ou parties de fichiers ne relevant pas de la sûreté de l'Etat et, deuxièmement, en application de l'article R. 351-2 du même code, les conclusions indemnitaires de la requête se rattachant aux fichiers CRISTINA et FSPRT et relevant du contentieux de la mise en œuvre des techniques de renseignement soumises à autorisation et des fichiers intéressant la sûreté de l'Etat pour lequel le Conseil d'Etat est compétent en application des articles L. 773-1 à L. 773-8 du code précité.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ;
- le décret n° 2005-1309 du 20 octobre 2005 ;
- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;
- le décret n° 2019-536 du 29 mai 2019 ;
- le code de justice administrative ;
- l'ordonnance du 12 juillet 2022 par laquelle le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a renvoyé au tribunal administratif de Paris le jugement des conclusions de la requête relative aux fichiers ou parties de fichiers ne relevant pas de la sûreté de l'Etat ;
Considérant ce qui suit :
1. M. C A B, ressortissant tunisien résident en France depuis 2008, a par courrier du 30 décembre 2020, adressé au ministre de l'intérieur, qui en a accusé réception le 4 janvier 2021, une demande indemnitaire préalable aux termes de laquelle il sollicite une réparation globale de 7 millions d'euros au titre des préjudices subis du fait de la surveillance et du fichage dont il estime avoir fait illégalement l'objet aux fichiers des services de renseignement territorial, au fichier des personnes recherchées, au traitement automatisé de données du système national d'information Schengen, aux fichiers CRISTINA et FSPRT.
2. Le requérant a, par une requête enregistrée le 30 avril 2021, demandé au tribunal administratif de Grenoble de condamner l'Etat au versement d'une somme totale de 7 millions d'euros en réparation des préjudices résultant de l'illégalité des décisions de fichage et de surveillance dont il soutient avoir fait l'objet ;
3. Par une ordonnance n° 2102804 du 25 novembre 2021, le président du tribunal administratif de Grenoble a transmis, d'une part, au président de la section du contentieux du Conseil d'Etat les conclusions indemnitaires se rattachant, hors sûreté de l'Etat, aux fichiers des services de renseignement territorial, au fichier des personnes recherchées et au traitement automatisé de données du système national d'information Schengen, pour détermination du tribunal administratif compétent et, d'autre part, au Conseil d'Etat, les conclusions indemnitaires se rattachant aux fichiers CRISTINA et FSPRT.
4. Par une ordonnance du 12 juillet 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a renvoyé le jugement des conclusions indemnitaires se rattachant, hors sûreté de l'Etat, aux fichiers des services de renseignement territorial, au fichier des personnes recherchées et au traitement automatisé de données du système national d'information Schengen au tribunal administratif de Paris.
En ce qui concerne les conclusions indemnitaires de la requête en tant qu'elles se rattachent aux fichiers CRISTINA et FSPRT :
5. En vertu de l'article L. 773-8 du code de justice administrative, lorsqu'elle traite des requêtes relatives à la mise en œuvre de l'article 118 de la loi du 6 janvier 1978 : " () la formation de jugement se fonde sur les éléments contenus, le cas échéant, dans le traitement sans les révéler ni révéler si le requérant figure ou non dans le traitement. Toutefois, lorsqu'elle constate que le traitement ou la partie de traitement faisant l'objet du litige comporte des données à caractère personnel le concernant qui sont inexactes, incomplètes, équivoques ou périmées, ou dont la collecte, l'utilisation, la communication ou la conservation est interdite, elle en informe le requérant, sans faire état d'aucun élément protégé par le secret de la défense nationale. Elle peut ordonner que ces données soient, selon les cas, rectifiées, mises à jour ou effacées. Saisie de conclusions en ce sens, elle peut indemniser le requérant ".
6. Aux termes de l'article R. 351-2 du code de justice administrative : " Lorsqu'une cour administrative d'appel ou un tribunal administratif est saisi de conclusions qu'il estime relever de la compétence du Conseil d'Etat, son président transmet sans délai le dossier au Conseil d'Etat qui poursuit l'instruction de l'affaire. Si l'instruction de l'affaire relève que celle-ci relève en tout ou partie de la compétence d'une autre juridiction, la chambre de l'instruction saisit le président de la section du contentieux qui règle la question de compétence et attribue, le cas échéant, le jugement de tout ou partie des conclusions à la juridiction qu'il déclare compétente ". En vertu des dispositions combinées des articles R. 122-12 et R. 773-19 du code de justice administrative, le président de la formation spécialisée dans le contentieux de la mise en œuvre des techniques de renseignement soumises à autorisation et des fichiers intéressant la sûreté de l'Etat peut constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête.
7. Les conclusions de la requête de M. A B, transmises au Conseil d'Etat en application des dispositions précitées de l'article R. 351-2 du code de justice administrative, tendent à obtenir réparation des préjudices résultant du fichage dont il dit avoir fait illégalement l'objet dans les fichiers CRISTINA et FSPRT. De telles conclusions relèvent bien, en application des dispositions précitées de l'article L. 773-8 du code de justice administrative, de la compétence du Conseil d'Etat.
8. Toutefois, par une décision nos 448577, 448578 en date du 12 juillet 2021, la formation spécialisée dans le contentieux de la mise en œuvre des techniques de renseignement soumises à autorisation et des fichiers intéressant la sûreté de l'Etat a rejeté les requêtes présentées par M. A B et tendant, d'une part, à l'annulation des décisions du ministre de l'intérieur lui refusant l'accès aux fichiers CRISTINA et FSPRT et, d'autre part, à la condamnation de l'Etat à la réparation du préjudice subi du fait des signalements et fichages illégaux dont il aurait fait l'objet dans lesdits fichiers. L'autorité de la chose jugée qui s'attache à la décision précitée de la formation spécialisée en date du 12 juillet 2021 fait obstacle à ce qu'il soit à nouveau statué sur les conclusions indemnitaires de M. A B qui ont le même fondement. Il n'y a, en conséquence, pas lieu de statuer sur les conclusions indemnitaires de la requête se rattachant aux fichiers CRISTINA et FSPRT et relevant du contentieux de la mise en œuvre des techniques de renseignement soumises à autorisation et des fichiers intéressant la sûreté de l'Etat.
Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Considérant qu'il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. A B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions indemnitaires de la requête de M. A B se rattachant aux fichiers CRISTINA et FSPRT et relevant du contentieux de la mise en œuvre des techniques de renseignement soumises à autorisation et des fichiers intéressant la sûreté de l'Etat.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B et au président du tribunal administratif de Paris.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au tribunal administratif de Grenoble.
Fait à Paris, le 13 juillet 202Signé : Rémy Schwartz
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui la concerne et à tous commissaire de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La secrétaire du contentieux
Valérie VELLA