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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1905332

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1905332

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1905332
TypeDécision
RecoursQuestion préjudicielle
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP PETIT - BOULARD - VERGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 novembre 2019 et le 7 octobre 2020, M. B C et Mme A C, représentés par la SCP Petit et Boulard, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016, 2017 et 2018 pour un montant de 169 689 euros ainsi que la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années postérieures à 2018 ;

2°) d'enjoindre à l'administration fiscale de procéder au remboursement des impositions qu'ils ont acquittées au titre des années 2016, 2017 et 2018, ainsi qu'à celles versées au titre des années postérieures à l'année 2018 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les intérêts moratoires dus à compter du 18 mars 2019, date de la présentation de leur demande de remboursement des cotisations d'impôt sur le revenu ;

4°) de juger qu'ils doivent être considérés comme non assujettis à l'impôt sur le revenu en France et qu'ils ne devront plus procéder à des déclarations de revenus ni s'acquitter du moindre impôt sur le revenu en France à compter du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 10 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- eu égard à l'autorité de la chose jugée attachée à l'arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille du 20 octobre 2015, confirmé par l'arrêt du Conseil d'Etat du 13 juin 2016, ils sont fondés à opposer une fin de non-recevoir à l'administration fiscale en l'absence de circonstances nouvelles, et sans que le service puisse se prévaloir de ce que les impositions en litige portent sur des années différentes ;

- il a justifié de sa résidence continue et effective à Monaco depuis sa naissance jusqu'au 20 octobre 2015 ; il a été domicilié chez ses grands-parents maternels depuis 1976 à 1978 puis chez ses grands-parents paternels de 1978 à 1983 qui résidaient à Monaco, et à partir de 1983 avec sa mère ; conformément à une décision du tribunal suprême de Monaco du 14 février 2017, l'administration monégasque ne pouvait s'opposer à la délivrance d'un certificat de résidence sur lequel ne figurerait pas la mention d'une interruption de résidence entre 1976 et 1983 ; un nouveau certificat de résidence a été établi par la Sûreté Publique de Monaco le 4 août 2020 ;

- elle a le droit de bénéficier du rattachement au foyer fiscal de son époux et du dégrèvement de ses impôts sur le revenu en résultant, en application de l'article 1 alinéa 2 c) du titre II de l'échange de lettres du 26 mai 2003 ; ce texte ne prévoit pas qu'une attestation de résidence habituelle doive être produite ; la soumettre à une formalité non prévue aurait pour effet de méconnaître le principe de l'égalité fiscale d'interprétation stricte ; dans un arrêt du 5 octobre 2007, le Conseil d'Etat a considéré que les nationaux français qui résident dans la Principauté peuvent justifier par tous moyens de leur résidence habituelle à Monaco ; les erreurs matérielles figurant sur l'acte notarié du 16 février 2017 par laquelle elle a fait l'acquisition d'un bien immobilier à Villefranche-sur-Mer ne sont pas de nature à remettre en cause l'effectivité et la continuité de sa résidence à Monaco ;

- l'administration fiscale n'établit pas qu'il dispose de revenus de source française ou d'un domicile fiscal en France et ne fonde, par conséquent, les impositions en litige sur aucune base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2020, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens ne sont pas fondés ;

- il est demandé au tribunal d'opérer une substitution de base légale en considérant que Mme A C doit être regardée comme ayant son lieu de séjour principal en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts au titre des années 2016, 2017 et 2018 et comme devant faire l'objet d'une imposition distincte de son époux en application des dispositions du 4° de l'article 6 du même code.

Par un courrier du 22 mars 2023, le tribunal a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office et tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête dirigées contre les impositions postérieures à l'année 2018 dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que ces dernières aient été mises en recouvrement et qu'il n'est pas établi qu'une réclamation préalable concernant ces impositions a été déposée auprès de l'administration fiscale.

Par un courrier, enregistré le 24 mars 2023, M. et Mme C, représentés par la SCP Petit et Boulard ont présenté des observations sur ce moyen relevé d'office.

Le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes a produit un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention fiscale franco-monégasque du 18 mai 1963 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le décret n° 2005-1078 du 23 août 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cherief, conseiller,

- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C, tous deux de nationalité française, ont été assujettis à des cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2016, 2017 et 2018, pour un montant total de 169 689 euros dont ils demandent au tribunal de prononcer la décharge.

Sur les conclusions de la requête relatives aux impositions postérieures à 2018 :

2. Les conclusions de la requête de M. et Mme C dirigées contre les impositions postérieures à l'année 2018 sont irrecevables dès lors que ces dernières n'ont pas été mises en recouvrement à la date d'enregistrement de la présente requête et que la situation d'un contribuable s'apprécie chaque année en application du principe de l'annualité de l'impôt, ce qui implique notamment qu'il présente après la mise en recouvrement de chacune d'elle, une réclamation préalable auprès de l'administration fiscale. Dès lors, les conclusions tendant à ce que l'administration prononce la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années postérieures à 2018, d'enjoindre à l'administration fiscale de procéder au remboursement des impositions versées au titre des années postérieures à l'année 2018 et de juger qu'ils doivent être considérés comme non assujettis à l'impôt sur le revenu en France et qu'ils ne devront plus procéder à des déclarations de revenus ni s'acquitter du moindre impôt sur le revenu en France à compter du jugement à intervenir ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

3. En premier lieu, les demandes présentées par M. et Mme C sont dirigées contre le refus de l'administration de leur accorder la décharge des impositions sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis, dans la catégorie des traitements et salaires, à raison des revenus perçus en 2016, 2017 et 2018. Par suite, M. et Mme C ne sont pas fondés à se prévaloir de l'autorité de la chose jugée de l'arrêt n°13MA00641 de la Cour administrative d'appel de Marseille du 20 octobre 2015 et de l'arrêt n° 395416 du Conseil d'Etat du 13 juin 2016, lesquelles concernent un litige se rapportant à une année différente. Par suite, le moyen tiré de ce que M. et Mme C pouvaient se prévaloir de l'autorité de la chose jugée attachée à ces deux arrêts pour obtenir la décharge des impositions litigieuses doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 A du code général des impôts : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus. / Celles dont le domicile fiscal est situé hors de France sont passibles de cet impôt en raison de leurs seuls revenus de source française. ". Aux termes de l'article 4 B du même code : " 1. Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A () a. Les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal ; () ". Aux termes de l'article 6 du même code : " 4. Les époux font l'objet d'impositions distinctes : a. Lorsqu'ils sont séparés de biens et ne vivent pas sous le même toit ; / b. Lorsqu'étant en instance de séparation de corps ou de divorce, ils ont été autorisés à avoir des résidences séparées ; / c. Lorsqu'en cas d'abandon du domicile conjugal par l'un ou l'autre des époux, chacun dispose de revenus distincts. () ". Aux termes de l'article 7-1 de la convention fiscale franco-monégasque du 18 mai 1963 : " Les personnes physiques de nationalité française qui transporteront à Monaco leur domicile ou leur résidence - ou qui ne peuvent pas justifier de cinq ans de résidence habituelle à Monaco à la date du 13 octobre 1962 - seront assujetties en France à l'impôt sur le revenu des personnes physiques et à la taxe complémentaire dans les mêmes conditions que si elles avaient leur domicile ou leur résidence en France. ".

5. Les stipulations citées au point 1 de l'article 7 de la convention fiscale franco-monégasque doivent être interprétées conformément au sens ordinaire à attribuer à leurs termes, dans leur contexte et à la lumière de leur objet et de leur but. Ainsi, la portée de la seconde condition posée par ce texte ne peut être envisagée indépendamment de la première, qui exprime l'intention des parties à la convention de lutter contre l'évasion fiscale. Il en résulte que sont seules au nombre des personnes de nationalité française assujetties en France aux impositions que ces stipulations mentionnent, dans les mêmes conditions que si elles avaient leur domicile ou leur résidence en France, les personnes qui soit ont transféré à Monaco leur domicile ou leur résidence après le 13 octobre 1962, soit l'ont fait auparavant mais sans pouvoir justifier, à cette même date, de cinq ans de résidence habituelle à Monaco. Il s'ensuit qu'en sont notamment exclues les personnes qui, y ayant constamment résidé depuis leur naissance, n'y ont jamais transféré leur domicile.

6. Il résulte de l'instruction que, pour établir qu'il aurait constamment résidé depuis sa naissance à Monaco, M. C produit à l'appui de sa requête deux certificats de résidence qui ont été délivrés le 29 juin 2010 et le 4 août 2020 par les autorités monégasques et aux termes desquels la résidence de M. C en Principauté de Monaco aurait connu une " interruption du 3 août 1978 au 1er juin 1983 ". Le requérant produit également une note du ministre d'Etat de la Principauté de Monaco, en date du 6 avril 2016, refusant de lui délivrer le certificat de domicile prévu par les stipulations de la convention franco-monégasque du 18 mai 1963 au motif qu'une enquête administrative menée par l'administration monégasque concluait à ce que l'intéressé a interrompu son séjour à Monaco entre le 3 août 1978 et le 1er juin 1983. M. C produit également plusieurs attestations selon lesquelles il aurait été, entre 1978 et 1983, inscrit à l'école à Monaco et hébergé par ses grands-parents, à Monaco, lorsque sa mère poursuivait ses études en France. Cependant, ces attestations sont peu concluantes et le requérant n'établit pas, par la seule production de ses carnets de liaison pour les années scolaires 1981 à 1984, sur lesquels figurent le nom de sa mère ainsi qu'une adresse à Monaco, qu'il aurait effectivement résidé en Principauté de 1978 à 1981, ni même d'ailleurs de 1981 à 1983, dès lors que, dans son attestation, la mère de M. C ne précise pas la date exacte de son retour à Monaco et que le requérant fait valoir, dans sa requête, avoir résidé chez ses grands-parents jusqu'en 1983 et chez sa mère à partir de 1983. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration fiscale a pu considérer que M. C n'avait pas constamment résidé à Monaco depuis sa naissance. Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant justifie de sa résidence continue et effective à Monaco depuis sa naissance jusqu'au 20 octobre 2015 doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes du décret n° 2005-1078 du 23 août 2005 susmentionné portant publication d'un échange de lettres du 26 mai 2003 précisant la portée d'articles de la convention fiscale franco-monégasque : " II.- Portée des articles 7 et 20 :1. En vue d'assurer l'exacte application de l'impôt sur le revenu et de l'impôt sur la fortune, le Gouvernement de la République française souhaite préciser la situation au regard de l'article 7 de la Convention des personnes suivantes. Il est entendu que les dispositions de l'article 7 de la Convention ne créent pour la France aucun droit d'imposer autre que celui qui résulterait de sa législation nationale, s'agissant : a) De la personne de nationalité française mariée à une personne de nationalité monégasque ou à une personne de nationalité française qui se trouve hors du champ d'application de l'article 7-1 de la Convention, et qui peut justifier de sa résidence habituelle et continue à Monaco, à condition : - qu'elle ait, depuis son mariage, effectivement maintenu sa résidence habituelle en Principauté; - qu'elle ne se trouve pas dans l'un des cas d'impositions distinctes prévus par l'article 6-4 du code général des impôts " ; qu'aux termes du 4 de l'article 6 du code général des impôts : " Les époux font l'objet d'impositions distinctes : a) Lorsqu'ils sont séparés de biens et ne vivent pas sous le même toit () ".

8. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement que M. C n'établit pas avoir constamment résidé à Monaco depuis sa naissance. Ainsi, il est réputé avoir son domicile fiscal en France et c'est dès lors à bon droit que, conformément aux dispositions de l'article 4 A du code général des impôts, il a été assujetti en France à l'impôt sur le revenu à raison de l'ensemble de ses revenus. Dès lors, Mme C ne peut utilement faire valoir qu'elle devait être rattachée au foyer fiscal de son époux et bénéficier de l'exonération de l'assujettissement à l'impôt sur le revenu résultant de l'application combinée des stipulations précitées de l'article 7-1 de la convention fiscale franco-monégasque du 18 mai 1963 et du décret 23 août 2005 susmentionné portant publication d'un échange de lettres du 26 mai 2003 précisant la portée d'articles de la convention fiscale franco-monégasque. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. En quatrième lieu, et ainsi que cela a été dit au point 8 du présent jugement, M. C est réputé avoir son domicile fiscal en France et c'est dès lors à bon droit que, conformément aux dispositions de l'article 4 A du code général des impôts, il a été assujetti en France à l'impôt sur le revenu à raison de l'ensemble de ses revenus. Dès lors, M. C ne peut utilement faire valoir que l'administration fiscale n'établit pas qu'il dispose de revenus de source française ou d'un domicile fiscal en France. Par suite ce moyen doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la substitution de base légale demandée par l'administration, que les conclusions à fin de décharge de la requête de M. et Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux intérêts moratoires.

Sur les frais liés au litige :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

12. Les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mises à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes demandées par M. et Mme C au titre de frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Ces conclusions doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et Mme A C et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mear, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

assistés de Mme Albu, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

H. CHERIEF

La présidente,

signé

J. MEAR

La greffière,

signé

C. ALBU

La République mande et ordonne au ministère de l'économie, des finances et de la relance, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière

No 1905332

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