mardi 17 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2002078 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SAS PIERRE ALAIN RAVOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 mai 2020, Mme B F et M. D E, représentés par Me Ravot, doivent être regardés comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2019 par lequel le maire de Mouans-Sartoux s'est opposé à leur déclaration préalable déposée le 17 octobre 2019 en vue de la fermeture d'une terrasse et de la surélévation de leur maison d'habitation située sur la parcelle cadastrée section BH n°34, ensemble la décision portant rejet de leur recours gracieux daté du 7 février 2020 née du silence gardé par le maire de la commune sur ce recours ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Mouans-Sartoux la somme de 3 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- la décision litigieuse est illégale compte tenu du fait qu'ils bénéficient, s'agissant de leur maison d'habitation, de la prescription décennale prévue par les dispositions de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme ;
- le maire de la commune a entaché l'arrêté litigieux d'une erreur manifeste d'appréciation en considérant que le projet a pour effet d'aggraver la méconnaissance des dispositions de l'article UE 8 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune lesquelles ne sont, en l'espèce, pas applicables dès lors que l'assiette foncière de leur maison d'habitation doit être considérée, en elle-même, comme une propriété à part entière indépendante du terrain de la copropriété à laquelle elle appartient et des autres lots constituant ce groupe d'habitations ;
- le projet litigieux est étranger aux règles de prospects dans la mesure où il n'a pas pour effet de modifier l'implantation du bâtiment existant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2021, la commune de Mouans-Sartoux, représentée par Me Orlandini, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- aucun des moyens de la requête n'est fondé ;
- l'arrêté litigieux est, en tout état de cause, justifié par un motif autre que celui initialement indiqué, à savoir celui tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UE 7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune.
Par une ordonnance du 3 novembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 novembre 2021 à 12 heures.
Un mémoire présenté pour Mme F et M. E a été enregistré, postérieurement à la clôture de l'instruction, le 30 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 septembre 2023 :
- le rapport de M. Holzer,
- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,
- les observations de Me Gadd, représentant la commune de Mouans-Sartoux.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 12 décembre 2019, le maire de Mouans-Sartoux s'est opposé à la déclaration préalable déposée le 17 octobre 2019 par Mme F et M. E en vue de la fermeture d'une terrasse et de la surélévation de leur maison d'habitation située sur la parcelle cadastrée section BH n°34. Par un courrier daté du 7 février 2020 et réceptionné le 10 février 2020 par les services de la commune, Mme F et M. E ont formé un recours gracieux contre cet arrêté qui est resté sans réponse de la part du maire de la commune. Par leur requête, Mme F et M. E doivent être regardés comme demandant l'annulation de l'arrêté du 12 décembre 2019, ensemble la décision portant rejet de leur recours gracieux née du silence gardé par le maire de la commune sur ce recours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le bien-fondé du motif d'opposition à la déclaration préalable litigeuse :
2. Pour s'opposer à la déclaration préalable litigieuse, le maire de Mouans-Sartoux s'est fondé sur le motif tiré de ce que les travaux projetés s'effectuant sur une construction existante ont pour effet d'aggraver la méconnaissance des dispositions de l'article UE 8 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune relative aux règles d'implantation des constructions les unes par rapport aux autres sur une même propriété.
3. Aux termes de l'article UE 8 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune : " A l'exclusion des piscines, la distance séparant deux constructions, balcons compris, édifiées sur une même propriété doit être au moins égale à : / - 15 mètres dans le secteur UEa / () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 18 décembre 1967, le préfet des Alpes-Maritimes a délivré à Mme G C épouse A, en sa qualité de gérante de la société civile immobilière de construction " Le Hameau des Oliviers ", un permis de construire un ensemble immobilier sur le territoire de la commune de Mouans-Sartoux au lieu-dit " Plan Sarrain ". Par un acte notarié du 20 novembre 1968, ce groupe d'habitations a fait l'objet d'un règlement de copropriété lequel précise que " le groupe projeté comprendra trente-et-une parcelles qui feront l'objet d'une attribution divise, sur lesquelles seront établis des mas provençaux individuels avec leur jardin particulier (). Le surplus de terrain () sera affecté à l'usage collectif de tous les occupants du groupe et placé sous le régime de l'indivision forcée ". Aux termes de l'article 3 de ce même règlement, il est prévu que les terrains affectés à l'usage collectif et placés sous le régime de l'indivision forcée sont composés des voies, des allées de desserte, des espaces verts, des terrains de jeux et de sports, de la piscine et de la terrasse environnante. En outre, il ressort des pièces du dossier que les requérants ont acquis, le 13 septembre 2019, le lot n°17 de ce groupe d'habitations composé d'un terrain d'environ 304 m² sur lequel est édifié un mas individuel élevé en rez-de-chaussée.
5. S'il est constant, comme le mentionne expressément l'arrêté litigieux, que la maison d'habitation des requérants est implantée, en sa façade Sud, à seulement 1,20 mètre d'une autre maison d'habitation, cette dernière est toutefois implantée sur la parcelle voisine de celle des requérants, constituant ainsi un lot distinct du lot n°17 appartenant à ces derniers. Dans ces conditions, ces deux bâtiments ne peuvent être regardés comme étant implantés sur une même propriété au sens des dispositions précitées de l'article UE 8 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune. Ainsi, le maire de Mouans-Sartoux ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions, lesquelles régissent uniquement l'implantation des constructions les unes par rapport aux autres sur une même propriété, pour s'opposer à la déclaration préalable litigieuse. Ce moyen doit ainsi être accueilli.
6. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés par les requérants n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de l'arrêté attaqué.
En ce qui concerne la substitution de motif sollicitée par la commune :
7. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
8. En l'espèce, la commune de Mouans-Sartoux sollicite une substitution de motif tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article UE 7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune relatives aux règles d'implantation par rapport aux limites séparatives et aux termes desquelles, s'agissant des unités foncières bâties : " Nonobstant les dispositions réglementaires de la zone liée aux implantations des constructions par rapport aux limites de propriété, la surélévation et l'extension à l'aplomb ou dans le prolongement des façades des constructions existantes sont réalisables sous réserves : / - que les constructions existantes soient légalement autorisées / - que les constructions existantes soient implantées à 5 mètres minimum des limites de propriété / () ".
9. D'une part, si les requérants se prévalent de la prescription décennale prévue par les dispositions de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme, de telles dispositions n'ont toutefois ni pour objet ni pour effet de permettre de déroger à l'application d'une règle d'urbanisme existante à des travaux à réaliser. Dans ces conditions, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de ces dispositions pour soutenir que la règle prévue par l'article UE 7 du règlement du plan local d'urbanisme ne peut être appliquée aux travaux objet de la déclaration préalable litigieuse.
10. D'autre part, s'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la maison d'habitation des requérants n'aurait pas été légalement autorisée, il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'elle est toutefois implantée, en sa façade Sud, à seulement 1,20 mètre d'une autre maison d'habitation implantée sur la parcelle voisine constituant un lot distinct du lot n°17 appartenant aux requérants. La circonstance que le terrain d'assiette du projet soit compris dans un ensemble immobilier régi par un règlement de copropriété est sans incidence sur la qualification de limite de propriété, au sens du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, de cette limite séparant, au Sud, la parcelle des requérants de la parcelle privée voisine.
11. Dans ces conditions, et dès lors que les dispositions précitées de l'article UE 7 du règlement du plan local d'urbanisme n'autorisent la surélévation des constructions existantes qu'à la condition que de telles constructions soient implantées à 5 mètres minimum des limites de propriété, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la commune de Mouans-Sartoux est fondée à soutenir que le maire aurait pris la même décision s'il s'était fondé initialement sur le seul motif tiré de la méconnaissance de ces dispositions. Dès lors, et dans la mesure où cette substitution de motifs ne prive pas les requérants d'une garantie procédurale, il y a lieu d'y faire droit.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 12 décembre 2019. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de cet arrêté doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à l'annulation de la décision portant rejet du recours gracieux formé par les requérants le 7 février 2020.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Mouans-Sartoux, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérants une somme de 1 500 euros à verser à la commune au titre de ces mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F et M. E est rejetée.
Article 2 : Mme F et M. E verseront la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à la commune de Mouans-Sartoux en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F, à M. D E et à la commune de Mouans-Sartoux.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
M. Holzer, conseiller,
Mme Duroux, conseillère,
assistés de Mme Ravera, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.
Le rapporteur,
signé
M. HOLZER
Le président,
signé
F. PASCAL
La greffière,
signé
C. RAVERA
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
N°2002078
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026