mardi 21 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2003781 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme POUGET |
| Avocat requérant | ROVERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 septembre 2020 et 24 février 2023, Mme B A épouse E, représentée par Me Rovere, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'avis de sommes à payer " valant titre exécutoire " n°9192 émis par le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes le 18 février 2020 pour un montant de 9 106, 65 euros relatif à un indu de RSA " majoré " pour la période de juin 2010 à avril 2012 ;
2°) d'annuler l'avis de sommes à payer " valant titre exécutoire " n°9191 émis par le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes le 18 février 2020 pour un montant de 3 021, 69 euros relatif à un indu de RSA " majoré " pour la période de mai 2012 à août 2013 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros à verser à Me Rovere en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
- les avis des sommes à payer en litige sont entachés de vices de forme dès lors qu'ils ne mentionnent pas les nom et prénom et la qualité de leur auteur, sont dépourvus de signature, n'indiquent pas le fondement juridique des créances ni les bases de liquidation et les voies et délais de recours ;
- les créances dont le recouvrement est poursuivi sont infondées et prescrites.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2023, le département des Alpes-Maritimes, représenté par son président en exercice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 février 2023 à 9 heures 30 :
- le rapport de Mme Pouget, présidente ;
- et les observations de M. C, représentant le département des Alpes-Maritimes.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A épouse E demande au tribunal d'annuler deux avis de sommes à payer " valant titre exécutoire ", l'un n°9192 émis par le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes le 18 février 2020 pour un montant de 9 106,65 euros relatif à un indu de RSA " majoré " au titre de la période de juin 2010 à avril 2012 et l'autre n°9191 émis par le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes le 18 février 2020 pour un montant de 3 021,69 euros relatif à un indu de RSA " majoré " pour la période de mai 2012 à août 2013.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales : " Constituent des titres exécutoires les arrêtés, états, rôles, avis de mise en recouvrement, titres de perception ou de recettes que l'Etat, les collectivités territoriales ou les établissements publics dotés d'un comptable public délivrent pour le recouvrement des recettes de toute nature qu'ils sont habilités à recevoir. ". Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales dans sa version applicable à la date des décisions attaquées : " 4° Une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable sous pli simple. Lorsque le redevable n'a pas effectué le versement qui lui était demandé à la date limite de paiement, le comptable public compétent lui adresse une mise en demeure de payer avant la notification du premier acte d'exécution forcée devant donner lieu à des frais. En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénom et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation ".
3. Aux termes de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales : " Les ordonnateurs des organismes publics, visés à l'article D. 1617-19, lorsqu'ils choisissent de transmettre aux comptables publics, par voie ou sur support électronique, les pièces nécessaires à l'exécution de leurs dépenses ou de leurs recettes, recourent à une procédure de transmission de données et de documents électroniques, dans les conditions fixées par un arrêté du ministre en charge du budget pris après avis de la Cour des comptes, garantissant la fiabilité de l'identification de l'ordonnateur émetteur, l'intégrité des flux de données et de documents relatifs aux actes mentionnés en annexe I du présent code et aux deux alinéas suivants du présent article, la sécurité et la confidentialité des échanges ainsi que la justification des transmissions opérées (). / La signature manuscrite, ou électronique conformément aux modalités fixées par arrêté du ministre en charge du budget, du bordereau récapitulant les titres de recettes emporte attestation du caractère exécutoire des pièces justifiant les recettes concernées et rend exécutoires les titres de recettes qui y sont joints conformément aux dispositions des articles L. 252 A du livre des procédures fiscales et des articles R. 2342-4, R. 3342-8-1 et R. 4341-4 du présent code. ". Aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 27 juin 2007 portant application de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales relatif à la dématérialisation des opérations en comptabilité publique : " I. - En application de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales, la signature électronique des fichiers de données et de documents électroniques transmis au comptable est effectuée par l'ordonnateur ou son délégataire au moyen : / - soit d'un certificat garantissant notamment son identification et appartenant à l'une des catégories de certificats visées par l'arrêté du ministre de l'économie et des finances en date du 15 juin 2012 relatif à la signature électronique dans les marchés publics (NOR : EFIM1222915A) ; / - soit du certificat de signature "DGFIP" délivré gratuitement par la direction générale des finances publiques aux ordonnateurs des organismes publics visés à l'article 1er du présent arrêté ou à leurs délégataires qui lui en font la demande. / II. - Chaque organisme mentionné à l'article 1er du présent arrêté choisit de recourir à l'un ou l'autre de ces certificats énumérés au I du présent article. ". Aux termes de l'article 5 du même texte : " La signature électronique de l'ordonnateur est portée, selon les modalités prévues à l'article 4 du présent arrêté, soit sur chaque bordereau de mandats de dépenses et chaque bordereau de titres de recettes, soit sur le fichier contenant de tels bordereaux transmis au comptable public conformément au protocole d'échange standard dans sa version 2 ou dans une version ultérieure. La signature électronique emporte signature de tous les bordereaux de mandats, de tous les bordereaux de titres et les effets mentionnés par les alinéas 2 et 3 de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales. ".
4. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif adressé au redevable doit mentionner les nom, prénom et qualité de la personne qui l'a émis et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de l'émetteur. Celle-ci peut être manuscrite ou électronique.
5. En l'espèce, les avis des sommes à payer attaqués ont été émis par M. Charles-Ange Ginesy, président du conseil départemental. Il résulte de l'instruction que le bordereau n° 2020-2014 de ces avis des sommes à payer a été signé électroniquement par Mme F D, laquelle, par arrêté publié au bulletin des actes administratifs n°3 du 1er février 2019, dispose d'une délégation de signature du président du conseil départemental à l'effet de signer les titres de recettes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées manque en fait et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet () d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Ainsi, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.
7. Les avis des sommes à payer en litige mentionnent qu'ils correspondent, d'une part, à " INDUS RSA MAJORE GESTION JUIN 2016 du 1er mai 2012 au 31 août 2013 " d'un montant de 3 021,69 euros et, d'autre part, à " INDUS RSA MAJORE GESTION JUIN 2016 du 1er juin 2010 au 30 avril 2012 " d'un montant de 9 106,65 euros. Il résulte de l'instruction que Mme E avait été préalablement rendue destinataire de la décision du 6 décembre 2016 à laquelle les titres exécutoires faisaient implicitement mais nécessairement référence, lui notifiant le rejet de son recours administratif préalable en contestation des deux décisions de récupération des indus querellés. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas été régulièrement informée des bases et éléments de calcul des indus dont il lui est demandé le règlement et encore moins de leurs fondements juridiques. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, dès lors, être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 421- 5 du code de juridiction administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
9. L'indication des voies et délais de recours est une règle relative à la notification de la décision, dont la méconnaissance, si elle rend inopposable à son destinataire les délais de recours, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que la mention des voies et délais de recours serait imprécise sur les avis de sommes à payer attaqués est, en tout état de cause, inopérant.
10. En quatrième lieu, l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles permet à toute personne résidant en France de manière stable et effective de bénéficier du revenu de solidarité active lorsque les ressources de son foyer sont inférieures au montant forfaitaire. L'article L. 262-3 du même code précise que l'ensemble des ressources du foyer est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active. L'article R 262-37 du même code impose au bénéficiaire du revenu de solidarité active de faire connaître au service qui en assure la gestion toute information relative aux ressources qu'il perçoit. L'article L. 262-46 de ce code oblige les organismes en charge de la gestion des prestations sociales dont le RSA à recouvrer les sommes indûment versées.
11. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
12. Il résulte de l'instruction que Mme E a bénéficié du RSA du 1er juin 2009 jusqu'en octobre 2013. Alors qu'elle était encore allocataire, elle a déclaré être célibataire, sans activité professionnelle et sans ressources et être hébergée à titre gratuit par sa mère. L'intéressée a fait l'objet d'une enquête de sa situation par un agent assermenté de la CAFAM. Au terme de ce contrôle, il a été établi qu'elle n'avait déclaré ni sa communauté de vie de 2010 à 2013 avec M. E, qui deviendra par la suite son époux, ni la somme globale de 36 221 euros qu'elle a perçue entre le mois d'avril 2010 et le mois d'août 2013 inclus, représentant un revenu mensuel moyen de 883, 44 euros. Ces omissions de déclaration sont constitutives de fausses déclarations justifiant le bien-fondé des indus en litige.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées. / La prescription est interrompue par une des causes prévues par le code civil. L'interruption de la prescription peut, en outre, résulter de l'envoi d'une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, quels qu'en aient été les modes de délivrance ". Aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ".
14. Il résulte de ces dispositions que l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations fait obstacle à l'application de la prescription biennale au profit de la prescription quinquennale de droit commun. Par ailleurs, si le délai de prescription court à compter du paiement de la prestation, l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations est de nature à reporter, à la date de découverte de celles-ci, le point de départ de la prescription de l'action en répétition de l'indu. La notion de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration doit s'entendre comme visant les inexactitudes ou omissions délibérément commises par l'allocataire dans l'exercice de son obligation déclarative.
15. Ainsi qu'il a été dit au point 12, Mme E a commis de fausses déclarations, ce qui justifie la levée de la prescription biennale. Par suite, Mme E n'est pas fondée à soutenir que les créances en litige seraient prescrites.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris la demande présentée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse E et au président du conseil départemental des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.
La présidente, La greffière,
signé signé
M. G
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
Conseil d'État — N° 507200
**Solution rendue** : Le Conseil d'État rejette le pourvoi de la métropole du Grand Nancy. **Motif principal** : Aucun moyen sérieux n'est retenu, la cour administrative d'appel ayant correctement qualifié la voie d'accès d'équipement public et suffisamment motivé sa décision. **Portée** : Confirmation de la condamnation de la métropole à rembourser les frais de voirie et de signalisation imposés au pétitionnaire.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 506535
Le Conseil d’État a rejeté la requête de M. B... contre la sanction de l’AFLD. Il a jugé que la procédure était régulière et que la sanction de quatre ans était proportionnée. Cette décision confirme la rigueur de la lutte antidopage en France.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 504834
Le Conseil d'État rejette le pourvoi de M. B... contre l'ordonnance de la cour administrative d'appel de Marseille. Aucun des moyens soulevés (insuffisance de motivation, erreur de droit, dénaturation des pièces) n'est de nature à permettre l'admission du pourvoi. La décision confirme que la requête était manifestement dépourvue de fondement sérieux.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 508061
08/04/2026