mardi 9 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2100277 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | GHASEM-JUPPEAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 18 janvier 2021, le 21 juillet 2021, le 16 juin 2023 et le 7 septembre 2023, Mme B A, représentée par Me Damy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de la commune d'Aiglun a implicitement refusé de reconnaître qu'elle est propriétaire de l'entièreté des parcelles litigieuses et que le chemin qui les traverse n'appartient pas à la commune d'Aiglun, de communiquer cette information à tous les organismes avec lesquels la commune est en lien concernant l'utilisation abusive qui est faite de ce chemin (associations de randonnée, parc naturel régional, département des Alpes Maritimes, etc.), de faire cesser toute emprise, manifestation, publication, ou acte qui s'assimilerait à une dépossession de sa propriété privée, et notamment toutes les indications signalant ce chemin comme ouvert au public pour la randonnée ou toute autre intervention matérielle ;
2°) d'annuler la mise en demeure du 22 mai 2023 adressée par la commune d'Aiglun ;
3°) de condamner la commune d'Aiglun à effectuer les travaux de remise en état de son terrain afin que le tracé du chemin forestier soit conforme à celui figurant au cadastre, sous astreinte de 80 euros par jour de retard à compter du jugement à venir ;
4°) de condamner la commune d'Aiglun à lui verser à la somme totale de 10 000 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis ;
5°) de condamner la commune d'Aiglun à fixer indication, à destination du public, du caractère privé de sa propriété tel que figurant dans son titre, par la pose de panneau de signalisation notamment, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à venir ;
6°) d'enjoindre à la commune d'Aiglun de cesser tout trouble de jouissance sur la piste privée forestière de sa propriété (parcelles cadastrées section B640, 642 et 647) sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à venir ;
7°) de condamner la commune d'Aiglun aux entiers dépens ;
8°) de mettre à la charge de la commune d'Aiglun la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la décision implicite de rejet de la commune d'Aiglun est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit ;
- la commune a réalisé des travaux agrandissant l'amplitude du chemin forestier caractérisant une emprise irrégulière ;
- elle est fondée à obtenir le versement de la somme totale de 10 000 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis et qui se décomposent comme suit :
5 000 euros au titre du préjudice de jouissance ;
3 000 euros au titre du préjudice matériel ;
2 000 euros au titre du préjudice moral.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 mars 2021, le 17 mai 2023 et le 22 septembre 2023, la commune d'Aiglun, représentée par Me Ghasem-Juppeaux, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet et demande au tribunal de mettre à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables pour défaut de demande préalable ;
- les conclusions tendant, d'une part, à la condamner à fixer indication, à destination du public, du caractère privé de sa propriété tel que figurant dans son titre, par la pose de panneau de signalisation notamment, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, et d'autre part, tendant à l'enjoindre de cesser tout trouble de jouissance sur la piste privée forestière de sa propriété (parcelles cadastrées section B640, 642 et 647), sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à venir, sont irrecevables au motif qu'elles constituent des demandes nouvelles ;
- la prescription quadriennale est acquise ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par un courrier en date du 24 novembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation de la mise en demeure du 22 mai 2023 adressée par la commune d'Aiglun dès lors que ces conclusions constituent une demande nouvelle.
Un mémoire en réponse au moyen d'ordre public a été enregistré le 1er décembre 2023 pour la requérante.
Par un courrier en date du 29 novembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions aux fins d'annulation de la mise en demeure du 22 mai 2023 adressée par la commune d'Aiglun.
Par ordonnance du 7 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 25 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code forestier ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Duroux, conseillère,
- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,
- et les observations de Me De Franceschi, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A est propriétaire de parcelles cadastrées section B n° 640 à 647 sur la commune d'Aiglun, traversées par un chemin forestier constitutif d'une servitude de passage. Elle soutient qu'à la suite de travaux d'amélioration et d'agrandissement du chemin forestier, le tracé de la servitude a été modifié caractérisant une emprise irrégulière. Par courrier du 18 septembre 2020, Mme A a demandé à la commune de reconnaître qu'elle est propriétaire de l'entièreté des parcelles litigieuses et que le chemin qui les traverse n'appartient pas à la commune d'Aiglun, de communiquer cette information à tous les organismes avec lesquels la commune est en lien concernant l'utilisation abusive qui est faite de ce chemin (associations de randonnée, parc naturel régional, département des Alpes Maritimes, etc.), de faire cesser toute emprise, manifestation, publication, ou acte qui s'assimilerait à une dépossession de sa propriété privée, et notamment toutes les indications signalant ce chemin comme ouvert au public pour la randonnée ou toute autre intervention matérielle. Cette demande a fait l'objet d'un rejet implicite. Par la présente requête, Mme A demande notamment au tribunal d'annuler ce rejet implicite, de faire cesser toute emprise, de remettre en état le terrain et de condamner la commune à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation de ses préjudices.
Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune d'Aiglun :
2. En premier lieu, la commune d'Aiglun fait valoir que les conclusions indemnitaires tendant au versement de la somme totale de 10 000 euros sont irrecevables pour défaut de demande préalable indemnitaire. Si la requérante justifie avoir préalablement demandé à la commune la remise en état du terrain et de faire cesser l'emprise, il ne résulte pas de l'instruction que Mme A ait demandé également la réparation des préjudices qu'elle estime subir de cette emprise. Dès lors, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de demande préalable indemnitaire doit être accueillie. Par suite, les conclusions tendant à condamner la commune d'Aiglun à verser à la requérante la somme de 10 000 euros en réparation de ses préjudices doivent être rejetées comme irrecevables.
3. En second lieu, la commune d'Aiglun fait valoir que les conclusions tendant, d'une part, à fixer indication, à destination du public, du caractère privé de sa propriété tel que figurant dans son titre, par la pose de panneau de signalisation notamment, et d'autre part, tendant à faire cesser tout trouble de jouissance sur la piste privée forestière de sa propriété (parcelles cadastrées section B640, 642 et 647), sont irrecevables au motif qu'elles constituent des demandes nouvelles.
4. Il résulte de l'instruction que ces conclusions n'ont été présentées par Mme A que dans son mémoire enregistré le 7 septembre 2023, soit après l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois ayant couru, au plus tard, à compter de la date d'enregistrement de la requête le 18 janvier 2021. Ces conclusions qui constituent ainsi des demandes nouvelles sont donc irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Aiglun doit être accueillie.
Sur l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation de la mise en demeure du 22 mai 2023 :
5. Il résulte de l'instruction la mise en demeure de la commune du 22 mai 2023 tend à la remise en état d'un terrain privé. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de cette mise en demeure ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative. Dès lors, ces conclusions doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
6. Il ne relève pas de l'office du juge administratif, saisi d'une demande tendant à la démolition ou au déplacement d'un ouvrage public irrégulièrement implanté, d'annuler la décision refusant une telle mesure au propriétaire de la parcelle sur laquelle est construit cet ouvrage, mais seulement de rechercher s'il a été irrégulièrement implanté et d'en tirer, le cas échéant, les conséquences en termes d'injonction.
7. Par conséquent, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet du maire de la commune aux demandes de Mme A adressée par courrier du 18 septembre 2020 sont irrecevables et doivent donc être rejetées.
Sur les conclusions relatives à l'emprise :
8. D'une part, la réalisation, par une personne publique, de travaux dans le sol et le sous-sol d'une propriété privée, qui dépossède les propriétaires de la parcelle concernée d'un élément de leur droit de propriété, ne peut être régulièrement réalisée qu'après, soit l'accomplissement d'une procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique, soit l'institution de servitudes légales, soit l'intervention d'un accord amiable avec les propriétaires de cette parcelle.
9. Il résulte de l'instruction que les parcelles cadastrées section B n° 640, 642 et 647 situées sur la commune d'Aiglun, appartenant à Mme A ainsi qu'il en résulte de l'acte de vente du 19 septembre 2007 et de l'attestation notariale établie le 12 septembre 2016, sont traversées par un chemin forestier constitutif d'une servitude. Si Mme A soutient que des travaux d'agrandissement ont eu lieu en 2014 ayant eu pour conséquence d'empiéter sur ces parcelles, elle n'apporte aucun élément de preuve quant à la réalisation de ces travaux à la date invoquée. En revanche, il résulte de l'instruction que de tels travaux avaient été réalisés en 1982 par la commune, ainsi que l'indique la commune d'Aiglun, soit antérieurement à l'acquisition des parcelles concernées par Mme A. Si la commune se prévaut de l'existence d'un document intitulé " Rectification et élargissement du chemin de l'Eigage " au terme duquel l'ancienne propriétaire aurait cédé gratuitement à la commune le terrain nécessaire aux travaux réalisés en 1982, il résulte de l'instruction que ce document ne comporte ni l'identité complète de son signataire ni sa qualité, qu'il n'est pas daté et qu'il n'est pas repris dans l'acte de vente de 2007. Dès lors, la commune n'est pas fondée à se prévaloir de l'existence d'un accord amiable. Par ailleurs, contrairement à ce que la commune d'Aiglun fait valoir, la piste forestière litigieuse n'est pas classée comme voie de défense des bois et forêts contre l'incendie. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que la piste litigieuse ne revêt pas le caractère d'ouvrage public.
10. Toutefois, il résulte également de l'instruction que les travaux réalisés en 1982 ont empiété sur les parcelles appartenant à Mme A dès lors qu'ils ne correspondent pas à l'assiette de la servitude ainsi qu'il en résulte notamment du rapport d'expertise, sans que cela ne soit contredit par la commune. Par ailleurs, ces travaux ne sont pas intervenus après l'accomplissement d'une procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique ni après l'intervention d'un accord amiable. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que la réalisation des travaux par la commune d'Aiglun sur les parcelles cadastrées section B n° 640, 642 et 647 constitue une emprise irrégulière.
11. D'autre part, compte tenu des spécificités de l'action en démolition d'un ouvrage public empiétant irrégulièrement sur une propriété privée, ni l'article 2227 du code civil ni aucune autre disposition ni aucun principe prévoyant un délai de prescription ne sont applicables à une telle action.
12. Il résulte de ce qui précède que la commune n'est pas fondée à se prévaloir de la prescription quadriennale ni de ce que Mme A aurait tacitement accepté cette dépossession au motif qu'elle n'a émis aucune réserve jusqu'en 2014.
13. Toutefois, ainsi qu'il a été dit aux points 5 et 9 du présent jugement, le chemin litigieux n'étant pas un ouvrage public, il n'appartient pas au juge administratif d'enjoindre à la commune de remettre en état ce terrain privé. Il ne résulte pas non plus de l'instruction que la commune d'Aiglun ait implanté des ouvrages sur la piste privée forestière. Il n'appartient pas, par ailleurs, à la commune d'Aiglun d'intervenir sur un chemin privé pour mettre fin, ainsi que le demande la requérante, au trouble de jouissance résultant de l'usage de son chemin par des randonneurs. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 2 du présent jugement, Mme A n'a pas présenté de conclusions indemnitaires recevables en vue de réparer les conséquences de l'emprise irrégulière résultant de travaux entrepris en 1982 par la commune d'Aiglun sur son terrain. Par suite, les demandes de la requérante, exprimées en des termes très généraux et visant à faire cesser toute emprise, manifestation ou acte conduisant à la dépossession de sa propriété privée, ne peuvent qu'être rejetées.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.
Sur les dépens :
2. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre sont sans objet et doivent dès lors être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
3. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la commune d'Aiglun, qui n'est pas la partie perdante.
4. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de
Mme A la somme que demande la commune d'Aiglun sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune d'Aiglun.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Duroux, conseillère,
Mme Chaumont, conseillère,
assistés de Mme Gialis, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.
La rapporteure,
signé
G. DUROUX
Le président,
signé
F. PASCALLa greffière,
signé
E. GIALIS
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef
Ou par délégation, le greffier
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026