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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2100566

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2100566

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2100566
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSAS PIERRE ALAIN RAVOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 février 2021, Mme B D veuve A, représentée par Me Ravot, demande au tribunal :

1°) de condamner in solidum la commune de Cannes et la communauté d'agglomération de Cannes Pays de Lérins à lui verser la somme de 24 207,50 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis à la suite de sa chute, le 10 septembre 2017, provoquée par un conteneur à poubelles, assortie des intérêts au taux légal ainsi que la capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Cannes et de la communauté d'agglomération Cannes Pays de Lérins la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de les condamner aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- la responsabilité de la commune de Cannes et de la communauté d'agglomération de Cannes Pays de Lérins est engagée pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ;

- elle est fondée à demander l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis et qui se décomposent comme suit :

- déficit fonctionnel temporaire : 3 207,50 euros ;

- déficit fonctionnel permanent : 7 000 euros ;

- souffrances endurées : 6 500 euros ;

- préjudice d'agrément partiel : 1 500 euros ;

- préjudice esthétique temporaire : 4 000 euros

- préjudice esthétique permanent : 2 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2021, la communauté d'agglomération de Cannes Pays de Lérins, représentée par Me Pontier, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation demandée par la requérante soit ramenée à de plus justes proportions ;

3°) et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la matérialité des faits n'est pas établie dès lors que les témoignages produits sont imprécis ;

- la requérante ne rapporte pas la preuve du lien de causalité entre sa chute et sa fracture ;

- l'ouvrage public litigieux n'a pas fait l'objet d'un défaut d'entretien ; la surélévation litigieuse est inférieure à 5 cm ;

- la chute de la victime est due à un défaut de vigilance ;

- les demandes indemnitaires sont surévaluées.

Par un mémoire, enregistré le 30 mars 2021, la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis, conclut à ce que la communauté d'agglomération de Cannes Pays de Lérins soit condamnée à lui rembourser la somme de 17 740,60 euros ainsi que la somme de 1 091 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2022, la commune de Cannes, représentée par Me Suares, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requérante n'établit pas la matérialité des faits ;

- aucun défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ne peut lui être reproché ; la surélévation litigieuse est inférieure à 5 cm ;

- la chute de la victime est due à un défaut de vigilance ;

- les demandes indemnitaires sont surévaluées.

Une ordonnance de clôture immédiate d'instruction a été émise le 26 août 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 3 février 2021 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. C à la somme de 2 400 euros TTC et les a mis à la charge de Mme D veuve A ;

- le rapport d'expertise de M. C déposé au greffe du tribunal le 1er octobre 2020.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 novembre 2022 :

- le rapport de Mme Chaumont, conseillère,

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- les observations de Me Gadd, représentant la commune de Cannes,

- et les observations de Me Abouelhaja, représentant la communauté d'agglomération de Cannes Pays de Lérins.

Considérant ce qui suit :

1. Le 10 septembre 2017, Mme B D veuve A a été victime d'une chute en heurtant une plaque métallique formant le socle d'un container de tri sélectifs situé sur l'esplanade Maréchal Leclerc, face à l'entrée de l'hôtel Radisson Blue, à Cannes. Transportée au service des urgences du centre hospitalier de Cannes, il a été constaté un traumatisme du genou droit avec une fracture comminutive de la rotule qui sera diagnostiquée secondairement. Une attelle de Zimmer est mise en place et une paire de cannes anglaises lui est prescrite. A son retour en région parisienne le 11 septembre 2017, Mme A a été admise à la clinique Vauban aux Pavillons-sous-Bois (93320) où elle a bénéficié d'un traitement chirurgical par haubanage, d'un cerclage, d'un nettoyage articulaire et d'une synovectomie. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner la commune de Cannes et la métropole de Cannes Pays de Lérins à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur la responsabilité de la commune de Cannes et de la communauté d'agglomération de Cannes Pays de Lérins :

2. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur la voie publique, d'établir l'existence de l'obstacle et d'un lien de causalité direct et certain entre celui-ci et le préjudice. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier des attestations de témoins et du compte rendu d'intervention des secours, que Mme A a chuté, le 10 septembre 2017, en heurtant le socle d'un conteneur à poubelles situé sur l'esplanade du Maréchal Leclerc à Cannes. Prise en charge par les pompiers, Mme A a été admise au centre hospitalier de Cannes le 10 septembre 2017 où il a été constaté un traumatisme au niveau du genou droit avec une fracture comminutive de la rotule. Une attelle de Zimmer est mise en place et il lui est remis un courrier en vue d'une prise en charge de sa fracture. La matérialité des faits et le lien de causalité direct entre la chute de la requérante et le container à poubelles, situé sur la voie publique, doivent, dès lors, être regardés comme établis.

4. En second lieu, il résulte de l'instruction que Mme D veuve A a chuté en butant sur la plaque formée par un conteneur à poubelle. Si elle produit des photographies faisant apparaître les plaques métalliques des conteneurs à poubelles de tri sélectif, celles-ci ne permettent pas d'apprécier la hauteur de cette plaque par rapport au sol, ni d'établir, comme le soutient la requérante, que le conteneur était mal emboité dans son support. Par ailleurs, à l'heure de sa chute, qui a eu lieu en pleine journée, l'obstacle était bien visible. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que l'obstacle excédait, par sa nature et son importance, les caractéristiques des défectuosités ou des obstacles que les usagers doivent s'attendre à rencontrer sur la voie publique sans qu'une signalisation particulière soit nécessaire. Par suite, la surélévation formée par la plaque métallique par rapport au trottoir ne saurait être regardée comme constitutive d'un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public engageant la responsabilité de la communauté d'agglomération de Cannes Pays de Lérins ou, en tout état de cause, de la commune de Cannes.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme D tendant à ce que la responsabilité de la commune de Cannes et de la communauté d'agglomération de Cannes Pays de Lérins soit engagée doivent être rejetées.

Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis :

6. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis tendant à ce que la communauté d'agglomération de Cannes Pays de Lérins soit condamnée à lui rembourser la somme de 17 740,60 euros et la somme de 1 091 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de laisser à la charge définitive de Mme D le montant des frais d'expertise qui ont été taxés à la somme de 2 400 euros.

Sur les frais de procédure :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Cannes ou de la communauté d'agglomération Cannes Pays de Lérins, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que

Mme D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée à ce titre par la communauté d'agglomération Cannes Pays de Lérins.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B D veuve A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis sont rejetées.

Article 3 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 2 400 euros sont mis à la charge de Mme D veuve A.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D veuve A, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis, à la commune de cannes et à la communauté d'agglomération Cannes Pays de Lérins.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Chaumont, conseillère,

Mme Duroux, conseillère,

assistés de Mme Ravera, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

A. CHAUMONT

Le président,

signé

F. PASCAL La greffière,

signé

C. RAVERA

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

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