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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2102647

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2102647

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2102647
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantELBAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré et un mémoire, enregistrés les 11 mai 2021 et 29 mars 2022, le préfet des Alpes-Maritimes demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2021 par lequel le maire du Cannet a refusé de délivrer un permis de construire à la société civile immobilière de construction vente (SCCV) coopérative Gambetta Provence-Alpes-Côte d'Azur valant permis de démolir pour la construction d'un ensemble immobilier composé de deux bâtiments sur les parcelles cadastrées section AZ n°s 347, 548 et 549, situées 12 - 14 allée du docteur B au Cannet, ensemble la décision portant rejet de son recours gracieux daté du 20 janvier 2021 ;

2°) d'enjoindre au maire du Cannet de réexaminer la demande de permis de construire de la société coopérative Gambetta Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la motivation de la décision attaquée est insuffisante et, en tout état de cause, infondée ;

- le motif de refus tiré de ce que le projet méconnait les dispositions de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme est illégal compte tenu du fait que les écarts mentionnés par le maire dans l'arrêté attaqué révèlent de simples imprécisions et, qu'en tout état de cause, le maire aurait pu, s'agissant du poste transformateur, émettre une simple prescription ;

- le maire a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme en considérant que le projet n'est pas compatible avec le caractère des lieux avoisinants s'agissant d'un secteur composé majoritairement de villas individuelles ;

- le maire a fait une inexacte application des dispositions des articles R. 111-2 et

R. 111-5 du code de l'urbanisme ;

Par deux mémoires, enregistrés les 22 juillet 2021 et 26 avril 2022, la société Gambetta Provence-Alpes-Côte d'Azur, représentée par Me Elbaz, conclut à l'annulation de l'arrêté du 13 janvier 2021, à ce qu'il soit enjoint au maire du Cannet de réexaminer sa demande de permis de construire et à ce que soit mise à la charge de la commune du Cannet la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le déféré du préfet des Alpes-Maritimes est recevable ;

- les moyens soulevés par le préfet des Alpes-Maritimes sont fondés.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 4 et 30 mars 2022, la commune du Cannet, représentée par Me Orlandini, conclut au rejet du déféré du préfet des Alpes-Maritimes, à l'irrecevabilité des conclusions présentées par la société Gambetta Provence-Alpes-Côte d'Azur au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à ce que soit mise tant à la charge de l'Etat que de la société coopérative Gambetta Provence-Alpes-Côte d'Azur la somme de 1 000 euros en application de ces mêmes dispositions.

Elle soutient que :

- aucun des moyens présentés par le préfet des Alpes-Maritimes n'est fondé ;

- si le projet méconnait les dispositions de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme, il pouvait néanmoins être autorisé au titre des dérogations prévues par les dispositions de l'article R. 111-19 de ce même code ;

- la décision est légalement justifiée par des motifs autres que ceux initialement indiqués à savoir ceux tirés de la méconnaissance des dispositions des articles R. 111-16 et

R. 425-18 du code de l'urbanisme.

Par une ordonnance du 2 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 mai 2022 à 12 heures.

Par un courrier en date du 18 avril 2023, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur la possibilité pour le tribunal de prononcer d'office, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, une injonction tendant à la délivrance à la société coopérative Gambetta Provence-Alpes-Côte d'Azur du permis de construire sollicité.

La commune du Cannet et le préfet des Alpes-Maritimes ont produit leurs observations par des mémoires respectivement enregistrés les 25 avril et 9 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 2015-990 du 6 août 2015 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 mai 2023 :

- le rapport de M. Holzer,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,

- les observations de M. A, représentant le préfet des Alpes-Maritimes,

- et les observations de Me Orlandini, représentant la commune du Cannet.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 13 janvier 2021, le maire du Cannet a refusé de délivrer un permis de construire à la société Gambetta Provence-Alpes-Côte d'Azur valant permis de démolir pour la construction d'un ensemble immobilier composé de deux bâtiments sur les parcelles cadastrées section AZ n°s 347, 548 et 549, situées 12 - 14 allée du docteur B au Cannet. Par un courrier du 20 janvier 2021, le préfet des Alpes-Maritimes a formé un recours gracieux contre cet arrêté, lequel a été rejeté par le maire du Cannet dans un courrier du 15 avril 2021. Par son déféré, le préfet des Alpes-Maritimes demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2021, ensemble la décision portant rejet de son recours gracieux du 20 janvier 2021.

Sur l'étendue du litige :

2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de la première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

3. Ainsi, les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet du recours gracieux formé par le préfet des Alpes-Maritimes doivent, en l'espèce, être regardées comme étant dirigées contre la décision expresse postérieure du 15 avril 2021 du maire du Cannet, notifiée le lendemain à la sous-préfecture de Grasse.

Sur les observations de la société coopérative Gambetta Provence-Alpes-Côte d'Azur :

4. La société coopérative Gambetta Provence-Alpes-Côte d'Azur ayant reçu communication de la requête en raison de sa qualité de pétitionnaire de l'autorisation d'urbanisme refusée, ses écritures constituent non une intervention mais des observations en réponse à cette communication.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'insuffisance de motivation :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () ".

6. En l'espèce, d'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que le maire du Cannet a mentionné que " le projet est soumis aux dispositions du règlement national d'urbanisme " et a visé les dispositions du code de l'urbanisme sur lesquelles il a fondé sa décision. Dès lors, l'arrêté est suffisamment motivé au regard des éléments de droit. Par ailleurs, il indique les motifs de refus de l'autorisation d'urbanisme sollicitée par la société pétitionnaire. Ainsi, l'arrêté attaqué précise les éléments de fait qui le fondent et ont permis à cette dernière de comprendre et de contester les motifs de refus opposés. Par suite, et alors que la régularité de la motivation d'une décision administrative ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs, les moyens tirés de ce que la motivation de l'arrêté attaqué est insuffisante et infondée doivent être écartés.

En ce qui concerne les motifs de refus du permis de construire :

7. Pour refuser de délivrer le permis de construire sollicité par la société coopérative Gambetta Provence-Alpes-Côte d'Azur, le maire du Cannet s'est fondé sur plusieurs motifs. En premier lieu, il a estimé que le projet méconnaissait les dispositions de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme relatives à l'implantation des bâtiments par rapport aux limites séparatives. En deuxième lieu, il a considéré que le projet n'était pas compatible avec le caractère des lieux avoisinants du secteur en méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme. En troisième lieu, il a considéré que les conditions de desserte du projet étaient incompatibles, tant s'agissant de leur dimensionnement que leur sécurité, avec un afflux supplémentaire de véhicules, en méconnaissance des dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-5 du code de l'urbanisme.

S'agissant de l'implantation des bâtiments par rapport aux limites séparatives :

8. Aux termes de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme : " A moins que le bâtiment à construire ne jouxte la limite parcellaire, la distance comptée horizontalement de tout point de ce bâtiment au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à trois mètres ". En outre, aux termes de l'article R. 111-19 de ce même code : " Des dérogations aux règles édictées aux articles R. 111-15 à R. 111-18 peuvent être accordées par décision motivée de l'autorité compétente mentionnée aux articles L. 422-1 à L. 422-3, après avis du maire de la commune lorsque celui-ci n'est pas l'autorité compétente. / En outre, le préfet peut, après avis du maire, apporter des aménagements aux règles prescrites aux articles R. 111-15 à R. 111-18, sur les territoires où l'établissement de plans locaux d'urbanisme a été prescrit, mais où ces plans n'ont pas encore été approuvés ".

9. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le maire du Cannet a retenu, pour refuser le permis de construire litigieux, que l'implantation du poste transformateur électrique ne respectait pas la règle de retrait imposée par les dispositions précitées de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme. Toutefois, il résulte tant de la lettre que de la finalité de cet article qu'il ne s'applique qu'à des bâtiments, et qu'un poste transformateur destiné à la transmission et à la distribution d'électricité ne constitue pas un bâtiment au sens et pour l'application de ces dispositions.

10. En deuxième lieu, si le maire du Cannet s'est également fondé sur le fait que l'implantation des bâtiments A et B méconnaissait ces mêmes dispositions, il ressort toutefois des pièces du dossier et plus particulièrement des plans de façades annexés au dossier de la demande de permis de construire que ces deux bâtiments sont en-dessous de la zone de recul par rapport aux limites séparatives telle que prévue par les dispositions précitées du règlement national d'urbanisme, matérialisée par une ligne oblique en trait continu marquée de la légende (L= H/2). Dès lors, le maire ne pouvait légalement se fonder sur la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme pour refuser le permis de construire sollicité sans qu'il nécessite, comme le soutient en défense la commune du Cannet, une quelconque dérogation prévue par les dispositions de l'article R. 111-19 de ce même code laquelle aurait été, dans ces conditions, dénuée de toute portée.

S'agissant de l'insertion dans le site :

11. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

12. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage urbain de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

13. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le préfet des Alpes-Maritimes, en se bornant à décrire les orientations générales prévues par le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), le maire du Cannet ne peut être regardé comme ayant fondé la décision attaquée sur de telles dispositions, dépourvues de portée réglementaire.

14. En deuxième lieu, d'une part, le projet s'implante dans un secteur résidentiel du Cannet, constitué d'une école, de maisons d'habitation mais aussi de plusieurs immeubles collectifs de trois étages ou plus. Ainsi, l'environnement bâti du projet ne présente pas d'intérêt architectural particulier. D'autre part, le projet consiste en la construction d'un ensemble immobilier composé de deux bâtiments en R+3 comprenant quarante logements et dont la volumétrie et la hauteur sont similaires à celles des immeubles collectifs avoisinants. A cet effet, il ressort des pièces du dossier que le secteur du projet comprend au moins onze bâtiments collectifs de trois étages ou plus parmi lesquels la résidence collective érigée en R+3 sur la parcelle section AZ n°351, mitoyenne de l'unité foncière du projet. Dès lors, le projet litigieux, pour lequel l'architecte des Bâtiments de France a émis un avis favorable le 26 novembre 2020 ne saurait être regardé comme portant atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes est fondé à soutenir que le maire du Cannet a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme en refusant de faire droit à la demande de permis de construire de la société coopérative Gambetta Provence-Alpes-Côte d'Azur.

En ce qui concerne les conditions de desserte du projet :

15. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. / Il peut également être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic ".

16. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier que le projet est desservi par l'allée du docteur B laquelle constitue une voie à sens unique desservant déjà des habitations parmi lesquelles des immeubles d'habitat collectif ainsi que le groupe scolaire situé en face du projet et répondant à l'importance et à la destination de la construction projetée. D'autre part, si la décision attaquée fait état du fait que, par endroit, la largeur de cette voie est de trois mètres, il ressort des pièces du dossier et des prises de vue extraites du site Google Maps, accessible tant aux juges qu'aux parties, que cette voie s'élargit au droit du projet et du groupe scolaire. En tout état de cause, sur ces parties les plus étroites, la circulation se fait à sens unique et sans possibilité de stationnement qui pourrait être de nature à obstruer la largeur de la voie. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette voie ne permettrait pas l'accès et les manœuvres des véhicules d'incendie et de secours alors même et, en tout état de cause, que le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) des Alpes-Maritimes a émis un avis favorable au projet le 13 octobre 2020 relevant l'existence et la conformité de la voie d'accès au terrain par les engins de secours et de lutte contre l'incendie. Enfin, si la délivrance d'un permis de construire peut, le cas échéant, s'apprécier en fonction de l'état des accès du projet, ainsi que des voies le desservant, en revanche, des éléments tirés des difficultés générales de la circulation dans le secteur, dont l'encadrement ne relève pas de la police spéciale de l'urbanisme, ne sont pas de nature à fonder un refus de permis de construire.

17. Dans ces conditions, le maire du Cannet ne pouvait opposer un refus au permis de construire sollicité sur le fondement de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme. Le préfet des Alpes-Maritimes est ainsi fondé à soutenir que le maire du Cannet a fait une inexacte application de ces dispositions en considérant que les conditions de desserte du projet étaient incompatibles, tant s'agissant de leur dimensionnement que leur sécurité, avec un afflux supplémentaire de véhicule.

18. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

19. Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

20. En l'espèce, pour caractériser une atteinte à la sécurité publique, le maire du Cannet fait état de la dangerosité de l'accès au parking souterrain en raison de sa proximité avec le virage formé par l'allée du docteur B. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'un tel accès se situe en amont de ce virage et qu'un dégagement a été aménagé de façon à permettre l'attente des véhicules entrants ou sortants alors, qu'en tout état de cause, la dangerosité alléguée d'un tel accès n'est pas de nature à justifier une décision de refus sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'allée du docteur B présente une dangerosité notable alors, qu'à cet effet, elle comporte un ralentisseur de type trapézoïdal au droit du groupe scolaire situé en face du projet. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes est fondé à soutenir que le maire du Cannet a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme alors qu'il lui était légalement possible d'autoriser le projet en assortissant sa décision, le cas échéant, des prescriptions utiles.

En ce qui concerne les espaces verts :

21. Il ressort des termes de la décision attaquée que le maire du Cannet a retenu le caractère insuffisant d'espaces verts de pleine terre " au regard de la préservation d'un équilibre entre espaces bâtis et espaces végétalisés " et l'existence d'une " incohérence sur le nombre d'arbres déplacés et plantés ". A supposer qu'il s'agisse de motifs de refus de la décision en litige qui n'auraient pas été contestés par le préfet des Alpes-Maritimes dans le cadre de son déféré, il ne ressort pas des pièces du dossier que le maire du Cannet, s'il n'avait retenu que ces motifs, qui ne précisent, au demeurant, pas quelle disposition législative ou réglementaire aurait été méconnue, aurait pris la même décision.

En ce qui concerne les demandes de substitution de motifs présentées par la commune du Cannet :

22. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

23. En premier lieu, la commune du Cannet sollicite une première substitution de motifs tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 425-18 du code de l'urbanisme aux termes desquelles : " Lorsque le projet porte sur la démolition d'un bâtiment situé dans un site inscrit en application de l'article L. 341-1 du code de l'environnement, le permis de démolir ne peut intervenir qu'avec l'accord exprès de l'architecte des Bâtiments de France ". En outre, aux termes de l'article L. 451-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque la démolition est nécessaire à une opération de construction ou d'aménagement, la demande de permis de construire ou d'aménager peut porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement. Dans ce cas, le permis de construire ou le permis d'aménager autorise la démolition ". Enfin, aux termes de l'article R. 463-67-2 du code de l'urbanisme : " Par exception aux dispositions de l'article R*423-59, le délai à l'issue duquel l'architecte des Bâtiments de France doit se prononcer sur un permis de démolir situé dans un site inscrit est de deux mois. / En cas de silence de l'architecte des Bâtiments de France à l'issue de ce délai, son accord est réputé refusé ".

24. Il résulte de ces dispositions que lorsque la démolition d'un bâtiment situé dans un site inscrit est nécessaire à une opération de construction et que la demande de permis de construire porte à la fois sur la démolition et la construction, le permis de construire, qui autorise également la démolition, ne peut intervenir qu'avec l'accord exprès de l'architecte des Bâtiments de France. Lorsque la demande de permis de construire porte à la fois sur la démolition et sur la construction et que les documents qui y sont joints présentent de manière explicite les deux volets de l'opération, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France doit être regardé comme portant sur l'ensemble de l'opération projetée, sans qu'il soit nécessaire que cet avis mentionne expressément la démolition.

25. En l'espèce, le projet implique la démolition totale des bâtiments existants sur l'unité foncière destinée à accueillir le projet et pour laquelle il n'est pas contesté que l'accord de l'architecte des Bâtiments de France était requis. Ainsi, il ressort des pièces du dossier que le 10 novembre 2020, l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord au projet pour lequel il avait été consulté préalablement. Il a confirmé dans un nouvel avis du 26 novembre 2020 que l'accord se rapportait au projet tant de démolition que de construction. Ainsi, l'avis favorable émis par l'architecte des Bâtiments de France porte sur chacune de ces opérations. En outre, si la commune du Cannet se prévaut d'un avis tacite défavorable né du silence gardé par l'architecte des Bâtiments de France à l'issue du délai de deux mois à compter de la réception de la première demande d'avis réceptionnée le 23 juin 2020 par l'unité départementale de l'architecture et du patrimoine des Alpes-Maritimes, il ressort des pièces du dossier qu'une telle demande portait sur un dossier qui, d'après l'avis de l'architecte des Bâtiments de France du 7 juillet 2020, ne comportait pas les pièces nécessaires. Dans ces conditions, cette première demande d'avis n'était pas susceptible de faire courir le délai de deux mois prévu par les dispositions précitées de l'article R. 423-67-2 du code de l'urbanisme. Par suite, la demande de substitution de motif tirée de ce que le permis de construire méconnait l'article R. 425-18 du code de l'urbanisme ne peut être accueillie.

26. En second lieu, la commune du Cannet sollicite une substitution de motif en soutenant que le projet litigieux méconnait les dispositions de l'article R. 111-16 du code de l'urbanisme aux termes desquelles : " Lorsque le bâtiment est édifié en bordure d'une voie publique, la distance comptée horizontalement de tout point de l'immeuble au point le plus proche de l'alignement opposé doit être au moins égale à la différence d'altitude entre ces deux points. Lorsqu'il existe une obligation de construire au retrait de l'alignement, la limite de ce retrait se substitue à l'alignement. Il en sera de même pour les constructions élevées en bordure des voies privées, la largeur effective de la voie privée étant assimilée à la largeur réglementaire des voies publiques. / Toutefois une implantation de la construction à l'alignement ou dans le prolongement des constructions existantes peut être imposée ".

27. En l'espèce, la commune du Cannet soutient que l'implantation des deux bâtiments projetés par rapport au passage piétonnier permettant l'accès au groupe scolaire depuis la rue du docteur B méconnaît les dispositions de l'article R. 111-16 du code de l'urbanisme relatives à l'implantation des constructions par rapport aux voies publiques et privées. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que ce cheminement piétonnier traversant le terrain d'assiette du projet est une voie interne qui ne revêt pas, dès lors, le caractère d'une voie publique ou privée au sens des dispositions de l'article R. 111-16 du code de l'urbanisme. Par suite, la deuxième demande de substitution de motifs sollicitée par la commune du Cannet ne peut être accueillie.

28. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet des Alpes-Maritimes est fondé à soutenir que l'arrêté du 13 janvier 2021 du maire du Cannet est illégal. Dès lors, il en va de même de la décision par laquelle le maire du Cannet a rejeté son recours gracieux daté du

20 janvier 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

29. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

30. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables ". En outre, aux termes de l'article L. 600-4-1 de ce code : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". Les dispositions introduites au deuxième alinéa de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme par l'article 108 de la loi du 6 août 2015 pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques visent à imposer à l'autorité compétente de faire connaître tous les motifs susceptibles de fonder le rejet de la demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable. Combinées avec les dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, elles mettent le juge administratif en mesure de se prononcer sur tous les motifs susceptibles de fonder une telle décision.

31. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction ou, le cas échéant, d'office, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui, eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

32. D'une part, le présent jugement censure les motifs de refus par lesquels le maire du Cannet a refusé de délivrer le permis de construire sollicité par la société Gambetta Provence-Alpes-Côte d'Azur. D'autre part, si la promesse de vente que la société pétitionnaire avait conclue avec Mme C, propriétaire du terrain d'assiette, est devenue caduque à la date de ce jugement et que cette dernière a sollicité puis obtenu un permis de construire en vue de réaliser un nouveau projet sur ce terrain, il résulte de l'instruction que Mme C a toutefois manifesté, le 7 mai 2023, son accord pour reprendre les négociations avec la société Gambetta Provence-Alpes-Côte d'Azur sous réserve de l'obtention définitive du permis de construire litigieux de telle sorte que la société pétitionnaire doit être regardée, à la date de ce jugement, comme ayant toujours qualité pour présenter sa demande au sens des dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de l'arrêté attaqué interdiraient de délivrer ce permis de construire, ni que la situation de fait existant à la date du présent jugement y ferait obstacle. Il y a donc lieu d'enjoindre au maire du Cannet de délivrer le permis de construire sollicité à la société coopérative Gambetta Provence-Alpes-Côte d'Azur dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement.

Sur les frais liés au litige :

33. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la commune du Cannet dirigées contre l'Etat et la société pétitionnaire, qui ne sont pas, dans cette instance, les parties perdantes.

34. D'autre part, la société Gambetta Provence-Alpes-Côte d'Azur a été appelée, ainsi qu'il a été dit au point 4, à produire des observations en sa qualité de pétitionnaire de l'autorisation d'urbanisme refusée. Ainsi, contrairement à ce que soutient la commune du Cannet, elle doit être regardée comme une partie pour l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge de la commune du Cannet une somme de 1 000 euros à verser à la société Gambetta Provence-Alpes-Côte d'Azur au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 13 janvier 2021 par lequel le maire du Cannet a refusé de délivrer un permis de construire à la société coopérative Gambetta Provence-Alpes-Côte d'Azur et la décision du 15 avril 2021 portant rejet du recours gracieux présenté le 20 janvier 2021 par le préfet des Alpes-Maritimes sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire du Cannet de délivrer le permis de construire sollicité par la société Gambetta Provence-Alpes-Côte d'Azur dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement.

Article 3 : La commune du Cannet versera à la société Gambetta Provence-Alpes-Côte d'Azur une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la commune du Cannet présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié au préfet des Alpes-Maritimes, à la commune du Cannet et à la société civile immobilière de construction vente coopérative Gambetta Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Une copie pour information sera adressée au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 10 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

M. Holzer, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. HOLZER

Le président,

Signé

T. BONHOMME

La greffière,

Signé

O. MOULOUD

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°2102647

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