lundi 9 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2201210 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat M. FAY |
| Avocat requérant | GOSSA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 février 2022, M. D F, représenté par Me Arnaud Gossa, avocat au Barreau de Nice, demande au tribunal :
* d'annuler la décision en date du 15 décembre 2021 par laquelle la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère urgent et prioritaire de sa demande de logement social en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;
* à titre principal, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de reconnaître sa demande de logement social comme étant prioritaire et ce dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
* à titre subsidiaire, d'ordonner au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à un réexamen de son dossier dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
* de mettre, en tout état de cause, à la charge de l'État la somme de 800 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. F soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; le logement qu'il occupe avec sa compagne et ses quatre enfants est en situation de sur-occupation et sa fille B, née le 8 janvier 2013 est en situation de handicap avec un taux d'incapacité d'au moins 80 % ; il n'a pas eu connaissance de la demande de pièce du 24 novembre 2021 dans le délai fixé par la commission pour y répondre et vit avec sa compagne, Mme G E.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
* la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
* la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et la loi n° 2009-323 du 25 mars 2009 de mobilisation pour le logement et la lutte contre l'exclusion ;
* le code de la construction et de l'habitation ;
* le code de justice administrative.
Vu, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges visés audit article.
Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Par décision du 12 mai 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
* le rapport de M. Faÿ, magistrat désigné ;
* et les observations de Me Arnaud Gossa, pour M. F, et de Mme C, pour le préfet des Alpes-Maritimes.
Considérant ce qui suit :
1. M. F a saisi la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation pour occuper un logement sur-occupé en étant en situation de handicap ou avec une personne handicapée ou un enfant mineur à charge. La commission a rejeté cette demande par une décision en date du 15 décembre 2021 au motif que l'acte de naissance du dernier enfant né en 2021, les justificatifs des ressources sur les trois derniers mois, la copie recto-verso de l'avis d'imposition ou de non-imposition de 2020 sur 2019 ou 2021 sur 2020 du requérant, l'attestation de paiement de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes d'octobre 2021 ainsi que, concernant sa compagne, la copie de son titre de séjour, et de son avis d'imposition ou de non-imposition de 2021 sur 2020 ou 2020 sur 2019, et les justificatifs des ressources sur les trois derniers mois demandés par courrier en date du 24 novembre 2021 n'ont pas été produits par M. F et que si la surface de 21 mètres carrés du logement occupé par le requérant est inférieure à celle mentionnée à l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation au regard des six personnes qui composent la cellule familiale, la commission a relevé des incohérences dans les déclarations de M. F qui sollicite un relogement avec son épouse dans le recours amiable, alors qu'il n'en fait pas mention dans sa demande de logement social, et qu'il ne justifie pas de cette situation malgré l'appel de pièces du 24 novembre 2021. M. F demande l'annulation de la décision de la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en date du 15 décembre 2021.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision en date du 15 décembre 2021
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant [] est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. " et aux termes du premier alinéa du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut () également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés () s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap () " Aux termes des dispositions de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département () / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / () - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. " En application des dispositions de l'article R. 822-25, le logement doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus.
3. Les recours contre les décisions des commissions de médiation sur les demandes tendant à être déclaré prioritaire et devant être logé d'urgence relèvent du contentieux de l'excès de pouvoir. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi d'un recours formé à l'encontre d'une décision de la commission de médiation refusant à un demandeur de le reconnaître prioritaire pour l'accès à un logement décent et indépendant dans le cadre du droit garanti par l'État selon les dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, d'apprécier l'urgence et le caractère prioritaire de la demande de logement à la date de la décision attaquée.
4. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation que l'appartenance à l'une des catégories mentionnées par la loi ne suffit pas à elle seule à rendre éligible la demande de logement. Il faut également que la situation du demandeur présente un caractère d'urgence sur lequel la commission de médiation dispose d'un large pouvoir d'appréciation. Pour apprécier ce caractère d'urgence, la commission de médiation doit se fonder sur tous les éléments relatifs à la situation du demandeur. Le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur le fondement d'un autre alinéa du II de l'article L. 441-2-3 que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.
5. M. F soutient ne pas avoir eu connaissance de la demande de pièce adressée le 24 novembre 2021 par le secrétariat de la commission dans le délai fixé pour pouvoir y répondre. Si le requérant produit à l'appui de sa requête l'acte de naissance de Mansour F, né le 18 août 2021 à Nice, la copie recto-verso de son avis de non-imposition de 2020 sur ses revenus de 2019, un document extrait du site de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes précisant que les seules ressources perçues au cours des mois d'août à novembre 2021 se montent à 1 416,92 euros au titre du salaire du requérant pour le mois d'août, l'attestation de paiement de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes pour les mois d'août 2021 à janvier 2022, il ne produit ni le titre de séjour de Mme G E mais uniquement une première demande de titre de séjour reçue en préfecture le 22 juillet 2021 ni la copie recto-verso de l'avis d'imposition ou de non-imposition de 2021 sur 2020 ou 2020 sur 2019 de cette dernière. Dès lors, nonobstant la circonstance qu'il établit une communauté de vie avec Mme E, le requérant n'a pas permis à la commission de médiation de disposer des éléments nécessaires à l'établissement des ressources de l'ensemble des personnes composant la cellule familiale. Par suite, M. F, n'est pas fondé à soutenir que la commission de médiation des Alpes-Maritimes a fait de sa situation une appréciation manifestement erronée.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision en date du 15 décembre 2021 ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction, ne peuvent qu'être rejetées. Il appartient à M. F, s'il s'y croit fondé, de saisir la commission de médiation d'une nouvelle demande, en faisant valoir les changements intervenus dans sa situation et celle de sa compagne.
Sur l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D F, à Me Arnaud Gossa et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
signé
D. ALe greffier,
signé
P. GODEAU
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Nice — N° TA06-2305039
31/01/2025
Tribunal Administratif de Nice — N° TA06-2305096
31/01/2025
Tribunal Administratif de Nice — N° TA06-2305033
31/01/2025
Tribunal Administratif de Nice — N° TA06-2305106
31/01/2025