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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2201231

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2201231

lundi 26 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2201231
TypeDécision
PublicationC
FormationMagistrat M. FAY
Avocat requérantPARRIAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 mars et 25 mai 2022, Mme B D, représentée par Me Virginie Parriaux, avocate au Barreau de Nice, doit être regardée comme demandant au tribunal :

* de constater qu'aucune offre adaptée à ses besoins ne lui a été faite par le préfet des Alpes-Maritimes, dans le délai de six mois à compter de la notification de la décision de la commission de médiation des Alpes-Maritimes en date du 6 juillet 2021, qui l'a reconnue prioritaire et devant être logée d'urgence dans un logement de type T3 ;

* d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à son relogement dans un logement conforme à ses besoins et capacités.

Mme D soutient qu'elle n'a pas reçu de proposition de logement adapté à ses besoins et que sa situation est inchangée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête et précise que dans sa séance du 15 avril 2022, la commission d'attribution des logements et d'examen de l'occupation des logements du bailleur Habitat 06 a retenu le dossier de Mme D pour un logement de type T3 pour un loyer de 570 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* la décision de la commission de médiation du droit au logement opposable des Alpes-Maritimes en date du 6 juillet 2021 ;

* les autres pièces du dossier ;

* le code de la construction et de l'habitation ;

* le code de justice administrative ;

Vu, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. Faÿ, magistrat désigné ;

* les observations de Me Virginie Parriaux, pour Mme D ; à la barre, Me Parriaux fait valoir que Mme D vit en logement de transition ; qu'elle s'est vu proposer un logement dans le quartier sensible des Moulins ; qu'elle vit seule avec une fille âgée de 13 ans et qu'elle a dû refuser cette proposition en raison des craintes qu'elle pouvait légitimement nourrir pour sa fille compte tenu de l'insécurité qui règne dans ce quartier ; que le préfet lui a fait connaître que le motif de ce refus n'étant pas légitime, elle avait perdu son droit à un logement opposable ;

* et les observations de Mme C pour le préfet des Alpes-Maritimes qui fait valoir que le logement proposé était neuf et situé en dehors du quartier dit sensible.

Une note en délibéré, enregistrée le 6 septembre 2022, a été produite par le préfet des Alpes-Maritimes.

Une note en délibéré, enregistrée le 10 septembre 2022, a été produite par Me Virginie Parriaux aux intérêts de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D a saisi la commission de médiation des Alpes-Maritimes sur le fondement des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 relatif au droit au logement opposable. Par décision en date du 6 juillet 2021, la requérante a été reconnue prioritaire et devant être logée d'urgence dans un logement répondant à ses besoins et ses capacités de type T3. Le 15 avril 2022, l'organisme bailleur a proposé à la requérante un logement de type T3 situé 5-9 venelles des Iscles des Moulins à Nice qu'elle a refusé au motif de l'insécurité du quartier. Par une décision en date du 14 juin 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a informé la requérante que, suite à son refus d'une proposition de logement répondant à ses besoins et capacités, l'intéressée perdait le bénéfice de la décision de la commission de médiation en date du 6 juillet 2021 et que l'État était libéré de son obligation de relogement. Mme D doit être regardée comme demandant au tribunal d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes d'exécuter la décision de la commission de médiation des Alpes-Maritimes la reconnaissant prioritaire et devant être logée d'urgence dans un logement de type T3.

2. Aux termes du I de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement ()./ Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne statue en urgence, dans un délai de deux mois à compter de sa saisine (). / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'État et peut assortir son injonction d'une astreinte. Le jugement prononçant l'astreinte mentionne que les sommes doivent être versées jusqu'au jugement de liquidation définitive () ". Par ces dispositions, le législateur a ouvert aux personnes déclarées prioritaires pour l'attribution d'un logement un recours spécial constituant la seule voie de droit ouverte devant la juridiction administrative afin d'obtenir l'exécution d'une décision de la commission de médiation. Le juge, saisi d'un tel recours, doit, s'il constate qu'un demandeur a été reconnu par une commission de médiation comme prioritaire et devant être logé ou relogé d'urgence et que ne lui a pas été offert un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités définis par la commission, ordonner à l'administration de loger ou reloger l'intéressé, sauf si cette dernière apporte la preuve que l'urgence a complètement disparu, en assortissant le cas échéant cette injonction d'une astreinte versée à un fonds national.

3. Il résulte des dispositions combinées des articles L. 441-2-3, R. 441-16-3 et R. 441-18 du code de la construction et de l'habitation qu'en cas de demande de logement social, il appartient au bailleur auquel le demandeur est désigné d'informer ce dernier, dans la proposition de logement qu'il lui adresse, que cette offre lui est faite au titre du droit au logement opposable et d'attirer son attention sur le fait qu'en cas de refus d'une offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités, il risque de perdre le bénéfice de la décision de la commission de médiation en application de laquelle l'offre lui est faite. C'est seulement si le demandeur a été informé des conséquences d'un refus que le fait de rejeter une offre de logement peut lui faire perdre le bénéfice de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire. Il appartient à l'administration d'établir que cette information a été délivrée au demandeur. Si le demandeur a reçu de manière complète l'information exigée par le code lors de la présentation d'une offre de logement, un refus de sa part est susceptible de lui faire perdre le bénéfice de la décision de la commission, même si l'information a été dispensée par le préfet alors qu'en application des dispositions de l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation elle incombait au bailleur.

4. Lorsqu'il examine si le refus par le demandeur d'une offre de logement qui lui a été faite lui fait perdre le bénéfice de la décision de la commission de médiation, il appartient au juge statuant sur le fondement des dispositions du I de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision signifiant cette perte de bénéfice, mais d'examiner, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, si une offre de logement correspondant aux besoins et capacités du demandeur tels que reconnus par ladite commission a été effectivement formulée et accompagnée des éléments d'information mentionnées au point 8, et si, sans justifier d'aucun motif impérieux, l'intéressé a effectivement refusé une telle offre.

5. Reconnue prioritaire et devant être logée d'urgence dans un logement de type T3 par décision en date du 6 juillet 2021 de la commission de médiation, Mme D s'est vue proposer un logement de type T3 situé Résidence Les Ancolies, 5-9 venelles des Iscles des Moulins à Nice qu'elle a refusé au motif que le quartier des Moulins, dans lequel elle a déjà rencontré des problèmes, étant sensible compte tenu de la criminalité et des trafics de drogue qui y règnent, elle se sent vulnérable avec sa fille née le 29 septembre 2008 qu'elle élève seule et que, sans aide de personne, elle ne se sentait pas suffisamment en sécurité pour laisser sa fille circuler seule dans ledit quartier. Cependant, la requérante, qui ne conteste pas que le logement proposé est situé dans un immeuble neuf situé en dehors du secteur sensible, dans l'Eco vallée de la plaine du Var, à proximité du nouveau campus régional d'apprentissage, ne produit aucun élément de nature à corroborer ses allégations relatives à l'insécurité du quartier. Dès lors, Mme D ne justife pas d'un motif impérieux de nature à regarder le refus du logement proposé comme légitime. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la proposition du bailleur social Habitat 06 porte en rouge la mention selon laquelle : " cette offre vous est faite au titre du droit au logement opposable. Nous attirons votre attention sur le fait qu'en cas de refus de votre part d'une offre de logement, tenant compte de vos besoins et capacités, vous risquez de perdre le bénéfice de la décision de la commission de médiation en application de laquelle l'offre vous est faite ". Dès lors que l'information prévue par les dispositions mentionnées au point 3 ci-dessus a été délivrée par le bailleur social à la requérante qui ne fait pas état d'un motif impérieux de nature à justifier son refus du logement proposé 5-9 venelles des Iscles des Moulins et l'urgence à la reloger a disparu du fait de circonstances postérieures à la décision de la commission de médiation. Par suite, Mme D a perdu le bénéfice de son droit au logement opposable et l'administration est libérée de son obligation de relogement. Il s'ensuit que la requête de Mme D ne peut qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Virginie Parriaux et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

D. ALa greffière,

signé

P. GODEAULa République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Le greffier,

2201231

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