mardi 25 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2201269 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | CHADAM-COULLAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 mars 2022 et le 21 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Chadam-Coullaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la rectrice de l'académie a refusé de revaloriser son salaire à compter du mois de novembre 2017 ;
2°) de condamner le rectorat de l'académie de Nice à lui verser une somme 35 498 euros au titre de la revalorisation de sa rémunération, assortie des intérêts au taux légal à compter du mois de novembre 2017 et de la capitalisation de ces intérêts, ainsi que la somme de 17 463 au titre de son préjudice de carrière, la somme de 5 821 euros au titre de la revalorisation de ses droits à retraite et une somme de 5 821 euros au titre de son préjudice moral ;
3°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Nice de lui adresser ses bulletins de salaire rectifiés depuis novembre 2017 sous astreinte de 100 euros par jour de retard et par document à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision rejetant sa réclamation préalable est entachée d'incompétence et d'un défaut de motivation ;
- le refus de revalorisation que lui oppose son employeur est entaché d'une méconnaissance de l'accord du 27 février 2020 relatif à la convention collective des services de santé ;
- elle a été victime d'une discrimination salariale ;
- elle a subi une perte de rémunération, un préjudice de carrière ayant eu des effets sur ses droits à retraite et un préjudice moral ;
- et en outre, son employeur a méconnu le référentiel de rémunération de la filière de la médecine du travail du 20 octobre 2021.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2023, la rectrice de l'académie de Nice conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 21 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 13 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code du travail ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 82-453 du 28 mai 1982 ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ruiz,
- les conclusions de Mme Guilbert, rapporteure publique,
- et les observations de Me Chadam-Coullaud pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Le 13 septembre 2010, Mme B a signé un premier contrat à durée déterminée avec le rectorat de Nice pour occuper les fonctions de médecin de prévention à l'inspection académique du Var. Le 21 septembre 2012, elle a signé un contrat à durée indéterminée pour exercer ses fonctions auprès du rectorat de l'académie de Nice. Le 18 mars 2016, elle a signé un nouveau contrat à durée indéterminée, portant revalorisation de sa rémunération. Le 15 novembre 2021, Mme B a sollicité la revalorisation de son salaire par versement d'une majoration de 16 512 euros pour la période de novembre 2017 à février 2019 et de 18 986 euros sur la période de mars 2019 à décembre 2020. Sa demande a été implicitement rejetée. Par la présente requête, Mme B sollicite l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subi.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision rejetant sa demande indemnitaire préalable :
2. La décision implicite de la rectrice de l'académie de Nice, rejetant la demande préalable de Mme B a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de Mme B qui, en formulant les conclusions indemnitaires analysées au point précédent, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet de la demande formée par la requérante, qui conduit le juge à se prononcer sur ses droits à indemnisation, les vices propres dont seraient, le cas échéant, entachées la décision par laquelle la rectrice de l'académie de Nice a rejeté sa réclamation préalable est sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions dirigées contre cette décision ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne l'illégalité fautive alléguée :
3. Aux termes deux premiers alinéas de l'article 1-3 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat pris pour l'application des articles 7 et 7 bis de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'état dans sa version applicable au litige : " Le montant de la rémunération est fixé par l'autorité administrative, en prenant en compte, notamment, les fonctions occupées, la qualification requise pour leur exercice, la qualification détenue par l'agent ainsi que son expérience. / La rémunération des agents employés à durée indéterminée fait l'objet d'une réévaluation au moins tous les trois ans, notamment au vu des résultats des entretiens professionnels prévus à l'article 1-4 ou de l'évolution des fonctions. ". Aux termes de l'article 4 du contrat à durée indéterminée signé le 18 mars 2016 : " Mme le Docteur B A est rémunérée au coefficient 1,3 de la grille dite CISME. ". L'article 5 de ce même contrat stipule " Les conditions de la rémunération peuvent être révisées par avenant au présent contrat ".
4. Si l'administration devait, en application des dispositions précitées du décret du 17 janvier 1986, réévaluer la rémunération de Mme B à l'issue d'une période de trois ans, cette obligation ne saurait impliquer pour l'administration l'obligation de faire droit à toute demande d'augmentation formulée par celle-ci.
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme B a bénéficié en dix ans de nombreuses revalorisations salariales, passant d'un indice majoré de 658 à 1659. Il résulte également de l'instruction et notamment des termes de son contrat à durée indéterminée conclu le 18 mars 2016 que la rémunération brute mensuelle de l'intéressée a été fixée en prenant pour référence la rémunération minimale garantie aux médecins du travail en application de la convention collective nationale des services de santé au travail interentreprises du 20 juillet 1976, à laquelle une majoration de 10 % a été appliquée. Si l'employeur de Mme B pouvait, dans le respect des dispositions précitées de l'article 1-3 du décret du 17 janvier 1986, tenir compte des évolutions de cette rémunération minimale résultant des accords intervenus sur le fondement de cette convention collective pour augmenter sa rémunération par voie d'avenant à son contrat, il ne résulte toutefois d'aucune stipulation de ce contrat ou de ses avenants que la rémunération de Mme B devait nécessairement et automatiquement être réévaluée dans ces conditions, le contrat prévoyant uniquement une possible révision des conditions de rémunération. Au demeurant, Mme B n'entre pas dans le champ d'application de cette convention collective, laquelle n'est pas applicable aux agents de droit public. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que son employeur aurait méconnu les dispositions précitées du décret du 17 janvier 1986
6. En deuxième lieu, si, en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires relatives à la fixation de la rémunération des agents contractuels, l'autorité compétente dispose d'une large marge d'appréciation pour déterminer, en tenant compte notamment des fonctions confiées à l'agent et de la qualification requise pour les exercer, le montant de la rémunération ainsi que son évolution, il appartient au juge, saisi d'une contestation en ce sens, de vérifier qu'en fixant ce montant l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. Si Mme B se plaint de l'absence de valorisation de sa rémunération qu'elle considère comme de droit et se prévaut de son ancienneté, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la rectrice de l'académie de Nice n'a pas procédé à toutes les hausses de rémunération qu'elle réclamait.
7. En dernier lieu, la requérante ne saurait en tout état de cause se prévaloir du référentiel de rémunération de la filière de la médecine du travail établi conjointement par la directrice générale de la fonction publique et de la directrice du budget le 20 octobre 2021 pour se plaindre de la méconnaissance de son droit à la valorisation de sa rémunération pour la période antérieure s'étalant de novembre 2017 au 31 décembre 2020.
En ce qui concerne la discrimination alléguée :
8. Mme B fait valoir qu'elle est victime de discrimination dès lors qu'un collègue a été recruté en mai 2019 et bénéficie d'une rémunération supérieure à la sienne. Toutefois, alors que le principe de non-discrimination a pour objet de proscrire les différences de traitement opérées entre agents placés dans une situation comparable, la rectrice de l'académie de Nice fait valoir sans être contredite que ce collègue se trouvait soumis à des sujétions particulières, tenant notamment à la nécessité d'effectuer des déplacements professionnels entre les départements du Var et des Alpes-Maritimes alors que cette sujétion ne faisait pas partie des missions confiées à Mme B. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que son employeur aurait entaché la décision contestée de discrimination et ainsi commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B doivent être rejetées, y compris celles aux fins de correction de ses bulletins de salaire et celles au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la rectrice de l'académie de Nice.
Délibéré après l'audience du 4 mars 2025, à laquelle siégeaient :
M. Soli, président,
Mme Ruiz, première conseillère,
Mme Gazeau, première conseillère,
Assistés de Mme Ravera, greffière
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2025.
La rapporteure,
signé
I. Ruiz
Le président
signé
P. Soli
La greffière,
signé
C. Ravera
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation la greffière