jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2201528 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET KPMG AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 mars 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) MJB, représentée par Mes Moraine et Amouri, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des droits de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre des périodes allant du 1er janvier au 31 décembre 2016 et du 1er janvier au 31 décembre 2017 ;
2°) de mettre une somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'inscription de l'immeuble dans les stocks prime sur la mise en location réalisée dans l'attente de la vente et confère une présomption d'affectation à une opération d'aval, la vente, qui sera soumise de plein droit à la taxe sur la valeur ajoutée en application de l'article 257-1 du code général des impôts si bien qu'aucune livraison à soi-même n'est imposable ;
- l'immeuble ne pouvait être assimilé à une immobilisation au 31 décembre 2017 du fait de son achèvement en 2015 ;
- elle est fondée à se prévaloir de la doctrine référencée au paragraphe 330 du bulletin BOI-TVA-CHAMP-10-20-20-20160302 et au paragraphe 310 du bulletin BOI-TVA-IMM-10-30-20160302 ;
- les biens étant affectés à une opération ouvrant droit à déduction intégrale, elle était fondée à déduire la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les biens et services ainsi que les immobilisations.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2022, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés au soutien de la requête ne sont pas fondés.
Un mémoire a été produit pour la société MJB le 11 octobre 2024 et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,
- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique,
- et les observations de Me Amouri, représentant la SARL MJB.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL MJB a fait construire, en 2014, un immeuble, situé à Cap d'Ail, composé de cinq appartements, cinq parkings et cinq caves, dont la construction a été achevée en 2015. Elle a ensuite, à partir de 2015, donné les lots en location, avant de les céder entre 2019 et 2021. La société MJB a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration fiscale a estimé qu'en application du 2° du 1 du II de l'article 257 du code général des impôts, la livraison à soi-même du bien ainsi construit devait être assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée et a également remis en cause la taxe sur la valeur ajoutée déduite sur les biens et services et immobilisations. La société MJB demande la décharge, en droits et pénalités, des droits de taxe sur la valeur ajoutée ainsi mis à sa charge au titre des périodes allant du 1er janvier au 31 décembre 2016 et du 1er janvier au 31 décembre 2017.
Sur l'application de la loi fiscale :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 257 du code général des impôts : " I.-Les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée dans les conditions qui suivent. / () II.-Les opérations suivantes sont assimilées, selon le cas, à des livraisons de biens ou à des prestations de services effectuées à titre onéreux. / 1. Sont assimilés à des livraisons de biens effectuées à titre onéreux : / () 2° L'affectation par un assujetti aux besoins de son entreprise d'un bien produit, construit, () ou ayant fait l'objet d'une acquisition intracommunautaire dans le cadre de son entreprise lorsque l'acquisition d'un tel bien auprès d'un autre assujetti, réputée faite au moment de l'affectation, ne lui ouvrirait pas droit à déduction complète () ". D'autre part, aux termes de l'article 261 D de ce code : " Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : / () 2° Les locations de terrains non aménagés et de locaux nus ; () 4° Les locations occasionnelles, permanentes ou saisonnières de logements meublés ou garnis à usage d'habitation () ".
3. Il est constant que la SARL MJB a notamment pour objet l'acquisition, la construction, la revente et/ou la location et la gestion de biens immobiliers et que les appartements qu'elle a fait construire à Cap d'Ail, à raison desquels elle a déposé une déclaration d'achèvement des travaux le 3 avril 2015, ont été affectés à partir de l'année 2015 à son activité de location à titre onéreux de locaux à usage d'habitation et sont demeurées la propriété de la société jusque, respectivement, aux 23 septembre et 31 octobre 2019, 27 janvier 2020, et 27 avril et 20 octobre 2021. A supposer même que les locations dont s'agit aient été, ainsi que le fait valoir la société requérante sans pour autant l'établir, des locations meublées saisonnières, une telle activité de location est exonérée de taxe sur la valeur ajoutée sur le fondement du 4° de l'article 261 D du code général des impôts, tout comme l'est également l'activité de location de logements nus à usage d'habitation en application des dispositions du 2° de ce même article. Dans ces conditions, alors même que la SARL MJB aurait eu l'intention de vendre les appartements et nonobstant la circonstance qu'ils étaient comptablement inscrits dans ses stocks, c'est à bon droit que l'administration a considéré que l'affectation de ces biens immobiliers à une activité de location exonérée était constitutive d'une livraison à soi-même imposable à la taxe sur la valeur ajoutée sur le fondement du 2° du 1 du II de l'article 257 du code général des impôts.
4. En second lieu, aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; b) Celle qui est due à l'importation ; c) Celle qui est acquittée par les redevables eux-mêmes lors de l'achat ou de la livraison à soi-même des biens ou des services () ". Aux termes de l'article 205 de l'annexe II au même code : " La taxe sur la valeur ajoutée grevant un bien ou un service qu'un assujetti à cette taxe acquiert, importe ou se livre à lui-même est déductible à proportion de son coefficient de déduction ". Et aux termes de l'articles 206 de cette annexe II : " I.- Le coefficient de déduction mentionné à l'article 205 est égal au produit des coefficients d'assujettissement, de taxation et d'admission. / II.- Le coefficient d'assujettissement d'un bien ou d'un service est égal à sa proportion d'utilisation pour la réalisation d'opérations imposables. Les opérations imposables s'entendent des opérations situées dans le champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée en vertu des articles 256 et suivants du code général des impôts, qu'elles soient imposées ou légalement exonérées. / III. 1. Le coefficient de taxation d'un bien ou d'un service est égal à l'unité lorsque les opérations imposables auxquelles il est utilisé ouvrent droit à déduction. / 2. Le coefficient de taxation d'un bien ou d'un service est nul lorsque les opérations auxquelles il est utilisé n'ouvrent pas droit à déduction () ".
5. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 du présent jugement que la société MJB s'est livrée, à compter de 2015 et tout au long de la période vérifiée, à une activité de location exonérée de taxe sur la valeur ajoutée sur le fondement du 2° ou du 4° de l'article 261 D du code général des impôts. Ainsi, elle ne pouvait prétendre, en application du 1 du II de l'article 271 du code général des impôts, à aucun droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elle a acquittée dans le cadre de cette activité. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à solliciter la décharge des droits de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge et résultant de la remise en cause de la taxe sur la valeur ajoutée déductible.
Sur l'interprétation de la loi fiscale :
6. La société requérante n'est fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, ni des énonciations de la doctrine administrative référencée BOI-TVA-IMM-10-30-20160302 au paragraphe 310 ni de la doctrine référencée BOI-TVA-CHAMP-10-20-20-20160302 au paragraphe 330, qui ne comportent aucune interprétation différente de la loi fiscale dont il a été fait application ci-dessus.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la société requérante doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société MJB est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée MJB et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Zettor, première conseillère,
Mme Kolf, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
La rapporteure,
signé
S. Kolf
La présidente,
signé
V. Chevalier-AubertLa greffière,
signé
V. Suner
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2301720
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Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2517965
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