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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2203705

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2203705

mercredi 31 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2203705
TypeDécision
PublicationC
FormationMagistrat M. BEYLS
Avocat requérantPONCER ALICE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 et 27 juillet 2022, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de l'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Le requérant soutient qu'il vit en France depuis le 15 juin 2015, qu'il ne peut plus retourner en Guinée et qu'il n'est pas connu des services de police en France.

Le préfet des Alpes-Maritimes a produit des pièces, enregistrées le 12 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Beyls, conseiller, en application des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 août 2022 à 14 heures 00 :

- le rapport de M. Beyls, magistrat désigné,

- les observations de Me Poncer, représentant M. A, qui :

* formule de nouvelles conclusions tendant, en premier lieu, à l'annulation, à titre subsidiaire, de la décision portant refus de délai de départ volontaire et, à titre infiniment subsidiaire, de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, en deuxième lieu, à ce qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour et, en troisième lieu, à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

* soulève des moyens nouveaux tirés de la motivation insuffisante de l'arrêté litigieux, du défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé, de la méconnaissance de son droit à être entendu, de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté litigieux sur sa situation personnelle ;

- et les observations de M. A qui a répondu aux questions du magistrat désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen né le 20 décembre 1997, a fait l'objet d'un arrêté en date du 20 juillet 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de renvoi, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes des droits de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

4. Il ressort des pièces du dossier que la mesure portant obligation de quitter le territoire français a été prise après l'audition de M. C les services de police le 19 juillet 2022, lors de laquelle il a été interrogé sur son âge, sa nationalité, sa situation de famille, ses attaches avec son pays d'origine, sa date d'entrée en France et ses conditions de résidence et moyens d'existence dans ce pays. Interrogé sur les suites qu'il entendait donner à une éventuelle obligation de quitter de territoire, il a également fait savoir qu'il n'entendait pas quitter le territoire français. Il résulte de ce qui précède que M. A doit être regardé comme ayant eu la possibilité, lors de cette audition, de faire valoir tout élément utile susceptible d'influer sur l'obligation de quitter le territoire qui lui a été notifiée. Au demeurant, le conseil l'intéressé n'a fait état, au cours de l'audience, d'aucun élément pertinent susceptible d'influer sur le contenu de la décision en litige que M. A n'aurait eu la possibilité de présenter. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière pour avoir porté atteinte à son droit d'être entendu ne peut être qu'écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il n'aurait pas été procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant. Par suite, un tel moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition, que M. A déclare, sans en justifier, être entré en France en juin 2015. S'il a exercé plusieurs activités professionnelles depuis son arrivée sur le territoire français, il ne justifie pas d'une intégration socioprofessionnelle significative. Et si M. A fait valoir qu'il vit en concubinage avec une ressortissante ivoirienne depuis quelques mois, il ne justifie pas de l'existence d'une communauté de vie avec cette dernière. Au demeurant, cette communauté de vie, à la supposer établie, présentait un caractère particulièrement récent à la date de l'arrêté en litige. Enfin, M. A n'établit pas qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Ainsi, le préfet des Alpes-Maritimes, eu égard à l'ensemble de ces éléments, n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle de M. A.

7. En cinquième et dernier lieu, si M. A se prévaut de l'instabilité dans son pays d'origine, ses allégations générales ne permettent pas de tenir pour établie la réalité des risques auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour en Guinée. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué, en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français et fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit, méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'avocate de M. A une somme au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 août 2022.

Le magistrat désigné,

signé

N. BEYLSLa greffière,

signé

V. LABEAU

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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