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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205393

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205393

lundi 18 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205393
TypeDécision
PublicationC
FormationMagistrat M. FAY
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Patricia Cohen, avocate au Barreau de Nice, demande au tribunal :

* d'annuler de la décision en date du 3 mai 2022 par laquelle la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère urgent et prioritaire de sa demande de logement social en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

* de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que la décision attaquée est entachée :

* d'erreur de fait

* d'erreur de droit

* d'erreur manifeste d'appréciation.

Par mémoire en défense enregistré le 22 août 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête et fait valoir que le requérant, qui a été invité à modifier la surface de son logement auprès de la caisse d'allocation familiale, n'a toujours pas effectué cette démarche et que la demande de logement social qu'il renouvelle chaque année mentionne une surface de 68 mètres carrés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* le code de la construction et de l'habitation ;

* le code de justice administrative.

Vu, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Faÿ pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. Faÿ, magistrat désigné ;

* les observations de Mme C, pour le préfet des Alpes-Maritimes, le requérant n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Le 17 février 2022, M. B a saisi la commission de médiation des Alpes-Maritimes en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation pour logement sur-occupé en étant en situation de handicap, avec une personne handicapée à charge ou avec enfant mineur à charge. Par décision en date du 3 février 2022 la commission a rejeté son recours au motif que si la surface de 51,98 mètres carrés du logement occupé par le requérant est inférieure à celle mentionnée à l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation au regard des six personnes qui l'occupent, elle a relevé des incohérences dans les déclarations de l'intéressé qui fait mention d'une surface de 65 mètres carrés auprès de la caisse d'allocation familiale et invite l'intéressé à déposer un nouveau recours amiable lorsque les incohérences ci-dessus auront été levées de manière effective auprès de la caisse d'allocation familiale. M. B demande l'annulation de la décision en date du 3 mai 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision en date du 3 mai 202Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant [] est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. " et aux termes du premier alinéa du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation () peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés (), s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. () " Aux termes des dispositions de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (). / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / () - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement () d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. " En application des dispositions de l'article R. 822-25, le logement doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus.

3. Les recours contre les décisions des commissions de médiation sur les demandes tendant à être déclaré prioritaire et devant être logé d'urgence relèvent du contentieux de l'excès de pouvoir. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi d'un recours formé à l'encontre d'une décision de la commission de médiation refusant à un demandeur de le reconnaître prioritaire pour l'accès à un logement décent et indépendant dans le cadre du droit garanti par l'État selon les dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, d'apprécier l'urgence et le caractère prioritaire de la demande de logement à la date de la décision attaquée. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation que l'appartenance à l'une des catégories mentionnées par la loi ne suffit pas à elle seule à rendre éligible la demande de logement. Il faut également que la situation du demandeur présente un caractère d'urgence sur lequel la commission de médiation dispose d'un large pouvoir d'appréciation. Pour apprécier ce caractère d'urgence, la commission de médiation doit se fonder sur tous les éléments relatifs à la situation du demandeur.

4. Pour motiver sa décision rejetant le recours amiable de M. B, la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes s'est fondée sur la circonstance que la surface du logement déclarée auprès de la caisse d'allocation familiale était différente de celle mentionnée dans ledit recours amiable pour être supérieure à celle prévue par les dispositions de l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation au regard des six personnes composant la cellule familiale. Cependant, il ressort des pièces du dossier qu'après mesure effectuée par le cabinet d'expertise Giacometti antérieurement à la date de la décision litigieuse pour être du 24 février 2022, M. B occupe avec son épouse et ses quatre enfants, un logement d'une superficie de 51,98 mètres carrés, inférieure à la surface habitable globale prévue à l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B a été invité par la commission de médiation à régulariser la surface de son logement auprès de la caisse d'allocation familiale antérieurement à la date de la décision litigieuse. Dès lors, la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a méconnu les dispositions mentionnées au point 2 ci-dessus en ne retenant que l'incohérence de la surface du logement du requérant déclarée auprès de la caisse d'allocation familiale, une telle circonstance étant sans influence sur la réalité de la suroccupation au demeurant reconnue par la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision en date du 3 mai 2022.

Sur l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou à défaut la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " et aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " En toute matière, l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle partielle ou totale peut demander au juge de condamner la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à lui payer une somme au titre des honoraires et frais, non compris dans les dépens, que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. "

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Patricia Cohen, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Cohen de la somme de 1 200 euros.

DECIDE :

Article 1er : La décision de la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en date du 3 mai 2022 est annulée.

Article 2 : L'État versera à Me Patricia Cohen une somme de 1 200 (mil deux cents) euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à par Me Patricia Cohen et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

D. FAŸ

Le greffier,

signé

A. BAAZIZLa République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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