lundi 24 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2301952 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | D |
| Avocat requérant | BESSIS-OSTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée 21 avril 2023, Mme A D, représentée par Me Bessis-Osty, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, à elle et à sa fille, à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 800 euros à verser à Me Bessis-Osty en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, lequel renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- l'urgence est caractérisée : depuis novembre 2022, l'allocation pour demandeur d'asile a été suspendue ; elle se retrouve en France, dans une situation d'extrême vulnérabilité, sans ressource et à la rue avec son jeune enfant ; la privation du bénéfice des conditions matérielles justifie en elle-même la condition d'urgence ;
- le refus de l'octroi des conditions matérielles d'accueil alors même que sa procédure d'asile est en cours révèle une situation illégale et porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit d'asile ; aucune décision écrite et motivée n'est intervenue pour lui retirer l'octroi de l'allocation pour demandeur d'asile ; elle n'a pas été mise à même de présenter des observations.
Par un mémoire, enregistré le 24 avril 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), pris en la personne de son directeur général, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête ; le versement de l'allocation pour demandeur d'asile avait été arrêté par l'agence comptable parce que la requérante n'avait pas d'attestation en cours de validité ; elle et son enfant vont percevoir à nouveau l'allocation pour demandeur d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée, relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 avril 2023 :
- le rapport de M. Pascal, juge des référés, assisté de Mme Pagnotta, greffière.
- et les observations de Me Bessis-Osty, représentant Mme A D, qui reprend les moyens et arguments de la requête. Elle fait valoir qu'elle maintient ses conclusions compte tenu des incertitudes tenant au rétablissement effectif des conditions matérielles d'accueil.
La clôture de l'instruction a été prononcée après l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D, ressortissante guinéenne née le 12 mars 1995, est entrée en France, en 2022. Elle a présenté une demande d'asile qui a conduit à l'octroi, le 5 mai 2022, des conditions matérielles d'accueil. Une nouvelle attestation de demande d'asile, en procédure normale, lui a été délivrée le 9 février 2023, valable jusqu'au 8 décembre 2023. Une attestation de demandeur d'asile a été délivrée, le 22 février 2023, valable jusqu'au 21 décembre 2023, à sa fille B, née le 11 juin 2022 à Nice. Par la présente requête, Mme D demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder ainsi qu'à sa fille le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
5. Mme D fait valoir que l'octroi des conditions matérielles dont elle bénéficiait depuis le 5 mai 2022 a été suspendu en novembre 2022 et qu'il n'a pas été rétabli après la délivrance, les 9 et 22 février 2023, de son attestation de sa demande d'asile en procédure normale et de celle de sa fille. Dans son un mémoire en défense, le directeur général de l'OFII indique que Mme D percevra de nouveau le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 9 février 2023. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'injonction de la requête de la requérante sont devenues sans objet. Il n'y a, par suite, plus lieu d'y statuer.
Sur les frais liés au litige :
6. Dans les circonstances de l'espèce, Mme D ayant été admise à l'aide juridictionnelle provisoire, il y a lieu de mettre à la charge de l'OFII une somme de 600 euros à verser à Me Bessis-Osty, conseil de Mme D, en application de l'article 37 de la loi sur l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme D est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de Mme D.
Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Bessis-Osty une somme de 600 (six cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D, au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Bessis-Osty.
Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.
Fait à Nice, le 24 avril 2023.
Le juge des référés,
signé
F. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière