mardi 27 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2302816 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | BAKARY AFISSOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 juin 2023, Mme C B épouse A, représentée par Me Bakary, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 17 mai 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé d'une durée de six mois l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il s'agit d'un refus de renouvellement de titre de séjour, que ses employeurs pourtant satisfaits de son professionnalisme ne peuvent régulariser de nouveaux contrats avec elle, alors qu'elle bénéficie d'un diplôme d'aide-soignante ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :
- le motif du refus, tiré de la non-délivrance d'un passeport récent, est illégal ;
- elle est entachée d'erreurs de droit et d'appréciation sur sa situation matrimoniale et maritale, sur son droit au séjour en sa qualité de conjoint de français et d'ascendant de français ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi et personnel de sa demande ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de ses enfants.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 10 juin 2023 sous le numéro 2302817 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
La présidente du tribunal a désigné M. Bonhomme, président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bonhomme, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique du 27 juin 2023,
à l'issue de laquelle le juge des référés a clos l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B est née en 1995, de nationalité béninoise. Elle est entrée régulièrement en France le 30 mai 2018 pour rejoindre son époux de nationalité française. Le couple a eu deux enfants nés en 2020 et 2022. Elle a obtenu la délivrance d'une carte de séjour temporaire puis d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " valable du 17 mai 2021 au 16 mai 2023. Au cours du mois de mars 2023, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par courrier du 17 mai 2023 le préfet des Alpes-Maritimes lui a retourné son dossier, au motif que l'intéressée n'a pas joint son passeport récent. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision du 17 mai 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de l'urgence, il y a lieu d'admettre la requérante, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
5. Il résulte d'une pièce versée aux débats par le préfet des Alpes-Maritimes datée du 26 juin 2023 que " dans le cadre de [son] référé suspension introduit devant le tribunal ", Mme B est convoquée à la préfecture le vendredi 30 juin 2023 à 9 heures afin de lui remettre un récépissé concernant sa demande de renouvellement de titre de séjour. Dans ces conditions, la requérante doit être regardée comme ayant obtenu satisfaction en cours d'instance. Dès lors, ses conclusions à fin de suspension et d'injonction sont devenues sans objet.
Sur les frais liés au litige :
6. Mme B étant admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bakary, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bakary d'une somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme B.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme B présentées à fin de suspension et d'injonction
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Bakary renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Bakary, avocat de Mme B la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera directement versée.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B épouse A, à Me Bakary et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Une copie sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes
Fait à Nice, le 27 juin 2023.
Le juge des référés,
Signé
T. BONHOMME
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,