lundi 17 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2302983 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | GUEZ GUEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Guez Guez, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision en date du 23 mai 2023 de l'Institut de Formation en Soins Infirmiers (IFSI) de Cannes l'excluant de la formation d'infirmière pour une durée maximale de dix-huit mois ;
2°) d'enjoindre à l'IFSI de Cannes d'ordonner sa réintégration à titre provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond ;
3°) de mettre à la charge de l'IFSI de Cannes la somme de 1 400 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
) Sur l'urgence :
- la décision querellée est une décision d'exclusion manifestement disproportionnée et fortement préjudiciable car elle ne pourra pas réintégrer la formation à l'issue des dix-huit mois stipulés mais seulement après vingt-quatre mois ; elle est, par elle-même, constitutive d'une situation d'urgence puisqu'elle ne peut plus poursuivre sa scolarité au sein de l'IFSI de Cannes, ni même de tout autre établissement, la sanction prise par l'administration valant pour tout centre de formation au métier d'infirmière ;
) Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- la décision prise à son encontre, bien que motivée en fait, n'est pas motivée en droit ; d'une part, ladite référence n'est relative qu'à l'obligation faite d'avoir " un vocabulaire correct, adapté et respectueux " alors qu'il est ici question de " violences physiques " ; d'autre part, ledit règlement intérieur est taisant quant à la possibilité de sanctionner pour une faute disciplinaire une étudiante à une peine d'interdiction pour une durée de dix-huit mois ;
- cette décision est privée de base légale puisque l'IFSI de Cannes est régi par un règlement intérieur qui ne prévoit pas de sanction pour des faits relatifs au comportement de violences ;
- la sanction prise à son encontre est manifestement disproportionnée au regard des faits présentés par l'administration et de la lecture des attestations produites.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 juin 2023, le Centre hospitalier de Cannes, gestionnaire de l'IFSI, représenté par Me Cyril Clément, demande au juge des référés :
A titre principal :
- de déclarer irrecevable la requête de Mme B A pour défaut d'urgence ;
A titre subsidiaire :
- de rejeter les conclusions de la requête de Mme B A aux fins de suspension et d'injonction ;
- de mettre à la charge de Mme A, outre les dépens, la somme de 2 000 euros, à lui verser, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
) Sur l'urgence :
- la condition d'urgence n'est pas remplie en l'espèce dès lors que Mme A n'a pas validé son année ; elle pourra donc réintégrer le cursus en septembre 2024, ce qui porte bien la durée de la sanction à dix-huit mois ; au demeurant, son exclusion est temporaire et rien ne l'empêchera d'intégrer la formation postérieurement, de façon plus sereine, moins violente et avec des expériences supplémentaires ;
) Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- la sanction contestée, fondée sur le règlement intérieur de l'IFSI, est parfaitement motivée en droit ;
- cette décision n'est pas dépourvue de base légale ;
- la sanction d'exclusion temporaire pour une durée de dix-huit mois n'apparaît nullement, en l'espèce, disproportionnée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux, modifié notamment par l'arrêté du 17 avril 2018 ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Vu la requête au fond, enregistrée le 19 juin 2023 sous le n° 2302982.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Emmanuelli pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 juin 2023 :
- le rapport de M. Emmanuelli, juge des référés ;
- les observations de Me Guez Guez, pour Mme A ;
- les observations de Me Denis, substituant Me Clément, pour le Centre hospitalier de Cannes.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision en date du 23 mai 2023 par laquelle la directrice de l'Institut de Formation en Soins Infirmiers (IFSI) de Cannes, qui dépend du Centre hospitalier de Cannes, a décidé de l'exclure de la formation d'infirmière pour une durée de dix-huit mois.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Aucun des moyens invoqués par Mme A, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en date du 23 mai 2023 par laquelle la directrice de l'IFSI de Cannes a décidé de l'exclure de la formation d'infirmière pour une durée de dix-huit mois.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence, que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le Centre hospitalier de Cannes à l'encontre de Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
6. Enfin, aucun dépens n'ayant été engagé dans le cadre de la présente instance, les conclusions du Centre hospitalier de Cannes présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du Centre hospitalier de Cannes présentées sur le fondement des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au Centre hospitalier de Cannes.
Fait à Nice, le 17 juillet 2023.
Le juge des référés
Signé
O. Emmanuelli
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation le greffier
2302983