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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2303866

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2303866

vendredi 18 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2303866
TypeDécision
PublicationC
FormationMagistart Mme Duroux
Avocat requérantTAIEB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 août 2023, Mme C B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 24 juillet 2023 portant transfert d'un demandeur d'asile aux autorités polonaises responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Elle soutient que :

- elle a déposé une demande d'asile en France le 4 mai 2023 ;

- plusieurs membres de sa famille sont présents en France ;

- elle n'a pas bénéficié d'un interprète en langue kurde ;

- elle n'a pas pu faire valoir ses observations relatives à la présence de son mari et de son frère en France qui a le statut de réfugié ;

- ses observations n'ont pas été notées.

La requête a été communiquée au préfet des Bouches-du-Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Nice a désigné Mme Duroux, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, conseillère ;

- et les observations de Me Taieb, avocat commis d'office, représentant Mme B, assistée de M. A, interprète en langue kurde, qui soulève le moyen tiré d'un vice de forme en ce que l'arrêté attaqué serait signé par les seules initiales de son auteur, ainsi que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante turque née le 1er juin 1977, a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile auprès de la préfecture des Alpes-Maritimes le 4 mai 2023. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation de la base Visabio a révélé que l'intéressée avait bénéficié d'un visa délivré le 14 avril 2023 par les autorités polonaises. Saisies d'une demande de prise en charge de Mme B, les autorités polonaises ont accepté cette requête le 18 juillet 2023. Par un arrêté daté du 24 juillet 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé de son transfert aux autorités polonaises. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2023.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / () / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que si Mme B reconnaît avoir bénéficié d'un entretien individuel, elle soutient que cet entretien s'est déroulé avec l'assistance d'un interprète en langue turque alors qu'elle avait sollicité un interprète en langue kurde. Or, le préfet n'établit pas, en l'absence de mémoire en défense, que Mme B était capable de communiquer dans cette langue. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, en l'absence de production du résumé de cet entretien, que Mme B ait pu faire valoir ses observations. Dans ces conditions, le préfet des Bouches-du-Rhône n'établit pas que Mme B a bénéficié d'un entretien mené dans les conditions prévues par l'article 5 précité et qui lui aurait permis de faire valoir toutes les informations utiles avant l'édiction de l'arrêté contesté ordonnant son transfert aux autorités polonaises. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est intervenu au terme d'une procédure irrégulière et est, pour ce motif, entaché d'illégalité.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 juillet 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a ordonné son transfert aux autorités polonaises.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 24 juillet 2023 est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2023.

La magistrate désignée,

signé

G. DUROUX

La greffière,

signé

V. LABEAU

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, la greffière

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