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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2304419

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2304419

jeudi 5 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2304419
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELAS STIFANI - FENOUD- BECHTOLD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de la SELARL Huertas, mandataire successoral, qui contestait des rehaussements d'impôt sur le revenu de 2018 notifiés à la suite d'une vérification de comptabilité de la SNC Dripass. Le tribunal a jugé que la procédure de vérification, régie par les articles L.47, L.53 et L.57 du Livre des Procédures Fiscales, était régulière et ne constituait pas un détournement de procédure pour rectifier l'imposition personnelle de l'associé décédé. Les moyens soulevés, notamment sur le principe du contradictoire et le délai de reprise, ont été écartés comme infondés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 8 septembre 2023, la société à exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Xavier Huertas et associés prise en la personne de Me Huertas, en qualité de mandataire successoral de la succession de feu B... C..., représentée par Me Bechtold, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu mises à la charge de la succession de feu B... C... au titre de l’année 2018 ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3.000 € en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la procédure est irrégulière, dès lors que le service a méconnu le principe du contradictoire et des droits de la défense ;
- elle est entachée d’un détournement de procédure dès lors que le service ne pouvait pas, à l’occasion de la vérification de comptabilité de la société en nom collectif Dripass, remettre en cause l’impôt sur le revenu au titre des années 2018 à 2020 ainsi que les déficits déclarés en 2017 par feu B... C..., sans procéder à un examen de la situation fiscale personnelle ;
- le droit de reprise s’exerce jusqu’à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l’imposition est due ;
- le service ne peut imputer une quote-part de bénéfices que M. C... n’a pas pu appréhender ;
- les pénalités pour dépôt tardif et pour absence d’adhésion à un organisme agréé constituent une sanction fiscale à caractère répressif, sont particulièrement inéquitables et ne sont pas motivées ;
- le service ne peut considérer que le dépôt tardif des déclarations fiscales de la SNC Dripass au titre de l’exercice 2018 puisse être imputé à M. C... qui s’est donné la mort le 25 juin 2019 ; il est exclusivement imputable à M. A..., devenu l’unique associé depuis le 21 février 2019.


Par un mémoire en défense enregistré 19 janvier 2024, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens invoqués dans la requête n’est fondé.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la loi n°2016-1917 du 29 décembre 2016 de finances pour 2017 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement informées du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique.
- le rapport de Mme Zettor, rapporteure,
- et les conclusions de M. Ruocco-Nardo, rapporteur public, la SELARL Huertas et l’administration fiscale non représentées.


Considérant ce qui suit :


1. La société en nom collectif (SNC) Dripass, dont l’associé majoritaire jusqu’au 21 février 2019, M. B... C..., est décédé le 25 juin 2019, a pour activité l’exploitation d’un fonds de commerce de débitant de tabac, dépositaire de la française des jeux, produit de la presse et bimbeloterie. Elle a fait l’objet d’une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2020. Par une proposition de rectification du 14 avril 2022, des rehaussements en matière d’impôt sur le revenu ont été notifiées pour l’année 2018 au mandataire successoral de la succession de feu B... C... selon la procédure contradictoire prévue à l’article L. 55 du livre des procédures fiscales. Par une réclamation contentieuse du 25 avril 2023, rejetée le 3 juillet 2023, le mandataire a contesté les rehaussements au titre de l’année 2018 et demande au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu en litige mises à la charge de la succession de feu B... C..., en droits et pénalités.


Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

2. Aux termes de l’article L.47 du livre des procédures fiscales : « (…) une vérification de comptabilité ne peut être engagée sans que le contribuable en ait été informé par l’envoi ou la remise d’un avis de vérification. / Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix (…) ». Aux termes de l’article L.53 de ce livre : « En ce qui concerne les sociétés dont les associés sont personnellement soumis à l’impôt pour la part des bénéfices correspondant à leurs droits dans la société, la procédure de vérification des déclarations déposées par la société est suivie entre l’administration des impôts et la société elle-même (…) ». Aux termes de l’article L.57 de ce même livre : « L’administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation (...) » Aux termes de l’article 8 du code général des impôts : « Sous réserve des dispositions de l'article 6, les associés des sociétés en nom collectif et les commandités des sociétés en commandite simple sont, lorsque ces sociétés n'ont pas opté pour le régime fiscal des sociétés de capitaux, personnellement soumis à l'impôt sur le revenu pour la part de bénéfices sociaux correspondant à leurs droits dans la société. (…) ».
3. D’une part, si la requérante soutient que la procédure est entachée d’irrégularité du fait qu’elle a méconnu les principes du contradictoire et des droits de la défense, elle n’assortit ce moyen d’aucune précision. Par suite, le moyen est écarté.
4. D’autre part, si la SELARL Huertas soutient également que la procédure est entachée d’un détournement de procédure aux motifs que les informations recueillies à l’occasion d’une vérification de comptabilité ne sauraient servir de fondement à des rehaussements au titre de l’impôt sur le revenu en dehors de l’engagement d’une procédure de contrôle sur pièces ou d’examen de la situation fiscale sur pièces, ce moyen est manifestement infondé puisqu’il résulte de l’instruction que l’administration a bien exercé un contrôle sur pièces de la situation du contribuable. En conséquence, la société requérante n’est pas fondée à soutenir que l’administration aurait commis un détournement de procédure et le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
5. Aux termes de l'article L.169 du livre des procédures fiscales : « Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due » et le 2° du II de l’article 60 de la loi n°2016-1917 du 29 décembre 2016 de finances pour 2017 relatif à l’instauration du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu porte le délai du droit de reprise à quatre années pour l’année 2018.
6. Il résulte de l’instruction que l’administration fiscale a notifié à la SELARL requérante une proposition de rectification le 14 avril 2022, soit avant l’expiration du délai de reprise intervenant le 31 décembre 2022. Par ailleurs, si un des deux chefs de rectification porte sur la remise en cause d’un déficit reportable déclaré en 2017, il est jugé que lorsqu'en application du I de l'article 156 du code général des impôts, un contribuable entend imputer sur ses revenus d'une année déterminée un solde déficitaire déclaré par lui au titre d'une année antérieure, l'administration est en droit de contrôler l'existence et le montant du déficit reportable alors même que les années au cours desquelles se serait produit ledit déficit seraient couvertes par la prescription . Par suite, le moyen tiré de la prescription du droit de reprise doit être écarté.
7. Aux termes de l’article 12 du code général des impôts : « L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année ». Aux termes de l’article 8 du code général des impôts : « (…) les associés des sociétés en nom collectif et les commandités des sociétés en commandite simple sont, lorsque ces sociétés n'ont pas opté pour le régime fiscal des sociétés de capitaux, personnellement soumis à l'impôt sur le revenu pour la part de bénéfices sociaux correspondant à leurs droits dans la société ».

8. Les sociétés de personnes ne sont pas imposables à raison des bénéfices qu’elles ont réalisés, mais ces bénéfices sont soumis à l’impôt sur le revenu entre les mains des associés, qui sont ainsi réputés avoir personnellement réalisé chacun une part de ces bénéfices. Les bénéfices d’une telle société sont réputés réalisés dès la clôture de l’exercice et acquis à cette date à chacun des associés pour la part correspondant à leurs droits dans la société. Les détournements de fonds sociaux opérés par un associé ont le caractère d’un prélèvement et ne peuvent pas être regardés comme une charge déductible des bénéfices sociaux imposables.

9. Il résulte de l’instruction que M. C... était associé à hauteur de 50,10 % des parts de la société en nom collectif Dripass. Cette dernière a déposé le 14 octobre 2020 sa liasse fiscale faisant état d’un bénéfice de 197.842€ au titre de l’année 2018. Il est constant que la société a clos son exercice au 31 décembre 2018 et que les résultats étaient imposables entre les mains des deux associés à concurrence de leur participation dans la société en nom collectif à la date de la clôture de l’exercice. Il résulte de l’instruction qu’une somme de 79.849 € a été détournée en cours d’exercice, réintégrée par l’administration fiscale dans le bénéfice imposable et imposée à hauteur de la quote-part détenue par chacun des deux associés à la date de clôture de l’exercice. La circonstance que le détournement de fonds a fait l’objet de plaintes réciproques de la part des deux associés et que les liasses fiscales n’ont été déposées qu’après le décès de M. C... n’est pas de nature à faire obstacle à ce que M. C... soit imposé à raison de sa part des bénéfices sociaux correspondant à ses droits dans la société. De même, la circonstance qu’il a cédé deux de ses parts à son associé M. A... le 21 février 2019, soit après la clôture de l’exercice en litige, n’a pas d’incidence sur la quote-part qui doit lui être appliquée à la date de la clôture de l’exercice en litige. Au surplus, l’allégation selon laquelle M. C... n’a pu appréhender ces sommes n’est pas corroborée par les pièces du dossier. Par suite, c’est à bon droit que le service a réintégré dans le bénéfice imposable au titre de l’année 2018 la somme détournée et imposé entre les mains de M. C... la somme de 139.123 € au titre de l’impôt sur le revenu de l’année 2019 correspondant à la quote-part qu’il détenait à la clôture de l’exercice.

Sur les pénalités :

10. Aux termes du 7. de l'article 158 du code général des impôts : « Le montant des revenus et charges énumérés ci-après, retenu pour le calcul de l'impôt selon les modalités prévues à l'article 197, est multiplié par 1,25. Ces dispositions s'appliquent : 1° Aux titulaires de revenus passibles de l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux ou des bénéfices non commerciaux ou des bénéfices agricoles, réalisés par des contribuables soumis à un régime réel d'imposition : a) Qui ne sont pas adhérents d'un centre de gestion ou association agréés (…). Aux termes de l’article 1758 A du code général des impôts : « I. – Le retard ou le défaut de souscription des déclarations qui doivent être déposées en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu ainsi que les inexactitudes ou les omissions relevées dans ces déclarations, qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits supplémentaires ou de la créance indue. (…) ».
11. D’une part, la majoration de 25 % prévue au 1° du 7 de l’article 158 du code général des impôts ne constitue pas une sanction au sens de l'article 1er de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 et n'est donc pas au nombre des décisions qui doivent, en vertu de cet article, être motivées. D’autre part, le moyen tiré du défaut de motivation de la majoration de 10 % prévue à l’article 1758 A du code général des impôts manque en fait.
12. Si la requérante se prévaut de ce que l’infliction de la majoration de 25 %, prévue à l’article 158 du code général des impôts révèle une rigueur excessive et inéquitable du service, elle ne conteste pas utilement le bien-fondé de la majoration ni le fait que la société dont M. C... était associé majoritaire et gérant n’était pas membre d’un organisme agréé.
13. Il résulte de l’instruction que dès lors que M. C... n’a pas déclaré l’ensemble des revenus dans sa déclaration du 15 mai 2019, l’administration pouvait légalement lui infliger la majoration de 10% prévue à l'article 1758 A du code général des impôts ainsi que le prévoit expressément ce texte. Dans ces conditions, la majoration appliquée et prévue par les dispositions précitées a été mise à la charge de M. C... compte tenu des inexactitudes et omissions relevées dans sa déclaration sans que les circonstances de sa disparition, aussi dramatiques soient elles, ne soient prises en compte.

14. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin de décharge présentées par la SELARL Huertas doivent être rejetées, ensemble celles présentées sur le fondement de l’article L.761-1 du code de justice administrative.



















D É C I D E


Article 1er : La requête de société la société à exercice libéral à responsabilité limitée Xavier Huertas et associés est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à exercice libéral à responsabilité limitée Xavier Huertas et associés, prise en la personne de Me Huertas, en qualité de mandataire successoral de la succession de feu B... C... et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.


Délibéré après l'audience du 5 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,
Mme Zettor, première conseillère,
Mme Chevalier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2026.


La rapporteure,


signé



V. Zettor

Le président,


signé



G. TaorminaLa greffière,



signé


C. Sussen


La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation, la greffière.


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