mardi 24 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2305037 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Magistrat Mme Moutry |
| Avocat requérant | PARIENTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 et le 18 octobre 2023, M. D C demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de saisir les services compétents afin que le système d'information Schengen soit mis à jour pour qu'il soit procédé à l'effacement de son signalement ;
4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve d'une renonciation de ce dernier au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français
- elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français et sur une décision fixant le pays de renvoi illégales ;
- elle est disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 18 octobre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL SERFATY VENUTTI CAMACHO CORDIER, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Moutry, conseillère, en application des articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Moutry, magistrate désignée ;
- et les observations de Me Lestrade, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête ; il soutient, en outre, que l'arrêté est illégal car l'administration a méconnu l'article 22 de la directive 2005/85/CE et a commis une voie de fait en communiquant le procès-verbal d'audition aux autorités afghanes, procès-verbal mentionnant l'existence d'une demande d'asile et que le formulaire d'observation sur la vulnérabilité est irrégulier car il n'a pas été rempli par le requérant, qui n'était assisté que par un interprète par téléphone, mais par un policier.
Le préfet des Alpes-Maritimes n'était ni présent, ni représenté.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré a été déposée pour M. C le 18 octobre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 11 octobre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à M. D C, ressortissant afghan né le 1er août 2002, a fixé le pays de destination de sa reconduite et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme A B, adjointe au chef de bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour, laquelle a reçu délégation à l'effet de signer, au nom du préfet des Alpes-Maritimes, les mesures d'éloignements et obligations de quitter le territoire français par un arrêté n° 2023-793 du 10 octobre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 241.2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. En particulier, le préfet a pris en considération le rejet des demandes d'asile du requérant, ainsi que la présence en Afghanistan des membres de sa famille et son défaut d'attaches personnelles en France. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Pour les mêmes motifs, l'arrêté n'est pas entaché d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. C.
6. En troisième lieu, si le requérant soutient que le formulaire d'observation sur la vulnérabilité a été rempli par l'agent de police et non par lui-même et qu'il n'était assisté que par un interprète par téléphone, il ne précise pas en quoi ces circonstances l'auraient effectivement privé de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que la procédure aurait pu aboutir à un résultat différent.
7. Enfin, si le requérant soutient que l'administration a méconnu les stipulations de l'article 22 de la directive 2005/85/CE et qu'elle a commis une voie de fait en communiquant le procès-verbal d'audition aux autorités afghanes, procès-verbal mentionnant l'existence d'une demande d'asile, il est constant que cette transmission est postérieure à la notification de l'acte attaqué de sorte qu'elle est ainsi sans incidence sur la légalité de l'arrêté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
8. Aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. Le requérant soutient à l'audience qu'il vit dans une région de l'Afghanistan qui est sous le contrôle des talibans, qu'il a été forcé d'intégrer une école coranique, qu'il ne prie pas cinq fois par jour, ce que les talibans ne tolèrent pas, qu'il a une compagne mais n'est pas marié, ce qui n'est pas toléré par le régime, qu'il a quitté l'Afghanistan car il refusait de s'entrainer au tir, qu'il a un tatouage représentant le drapeau de l'ancien régime et qu'il risque ainsi sa vie en cas de retour en Afghanistan. Toutefois, aucune de ces circonstances n'est nouvelle de sorte que l'intéressé a pu faire valoir ces éléments dans le cadre de sa demande d'asile et de sa demande de réexamen, lesquelles ont toutes été rejetées tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile. En tout état de cause, il ne produit aucun élément de preuve et ne fait état d'aucun élément circonstancié. Par ailleurs, si le requérant fait valoir que l'administration a communiqué aux autorités afghanes l'existence d'une demande d'asile, ce fait, s'il peut caractériser l'existence d'un élément nouveau au titre d'une demande de réexamen d'une demande d'asile, n'est pas à lui seul suffisant pour caractériser une méconnaissance de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales par une décision accompagnant une obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. En tout état de cause, cette communication est postérieure à la décision attaquée et ne saurait ainsi être prise en compte au titre du contrôle de légalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. Au vu de ce qui a été dit précédemment, ni l'obligation de quitter le territoire français, ni la décision fixant le pays de destination de la reconduite ne sont entachées d'illégalité. Par suite, l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas fondée sur des mesures illégales.
11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et apatrides : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence de circonstances humanitaires, le préfet est tenu d'édicter une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre d'un étranger auquel il n'a accordé aucun de délai de départ volontaire, sauf en cas de circonstances humanitaires.
12. Pour interdire de retour sur le territoire français M. C durant trois ans, le préfet fait valoir que l'intéressé, qui déclare être entré en France il y a quatre ans, ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il est célibataire sans enfant et dépourvu d'attaches familiales en France alors qu'il dispose de fortes attaches en Afghanistan, qu'il n'a pas exécuté spontanément la mesure d'éloignement qui lui a été notifiée le 6 avril 2022 et qu'il est connu par les services de police pour des faits de vente frauduleuse au détail de tabac et de vente à la sauvette. Par conséquent, et alors que le requérant ne conteste pas sérieusement les motifs venant au soutien de la décision du préfet des Alpes-Maritimes, la décision n'apparait pas disproportionnée. Pour les mêmes motifs, elle n'est entachée d'aucune erreur d'appréciation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. L'exécution du présent jugement, qui ne fait pas droit aux conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'implique l'édiction d'aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que le requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. D C est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. D C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Lestrade et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.
La magistrate désignée,
signé
M. MOUTRY
La greffière,
signé
M. PAGNOTTA
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026