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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2401207

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2401207

mardi 17 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2401207
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPIERSON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la demande d'indemnisation de Mme A..., victime d'une chute sur un trottoir de la commune de Mouans-Sartoux. La juridiction a jugé que la requérante, en tant qu'usagère de la voie publique, ne pouvait pas invoquer le régime de responsabilité sans faute pour dommages de travaux publics prévu pour les tiers. Elle a également estimé que la commune avait apporté la preuve de l'entretien normal de l'ouvrage, l'irrégularité du dallage ne constituant pas un danger excédant les risques normaux. En conséquence, les conclusions indemnitaires et la demande d'expertise médicale ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 mars 2024 et le 23 octobre 2024, Mme A..., représentée par Me Hebert-Marchal, demande au tribunal :

1°) d’ordonner, avant dire-droit, une expertise médicale ;

2°) de condamner la commune de Mouans-Sartoux à lui verser une somme de 10 000 euros à titre de provision à valoir sur la réparation définitive de son préjudice ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Mouans-Sartoux une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Mouans-Sartoux les entiers les dépens.


Elle soutient que :

- elle est bien fondée à rechercher la responsabilité sans faute de la commune de Mouans Sartoux en sa qualité de tiers ; elle a chuté le 8 septembre 2023 alors qu’elle marchait rue des Magnans à Mouans-Sartoux en raison d’une malfaçon affectant le dallage du trottoir ; cette chute lui a causé une fracture du fémur droit Garden II nécessitant une intervention chirurgicale ;
- à supposer qu’elle doive être regardée comme usager, le défaut d’entretien normal de l’ouvrage est établi dès lors que le maire a reconnu que le trottoir litigieux présentait une irrégularité et que les services techniques de la commune utilisaient un type de revêtement qu’ils savaient propices aux tassements de la chaussée ; la déformation de la chaussée était peu visible ;
- aucune faute ne saurait lui être reprochée ;
- elle est bien fondée à solliciter une provision d’un montant de 10 000 euros compte tenu des lésions subis, de l’intervention chirurgicale, de l’interdiction de tout appui pendant au moins 6 semaines, de l’utilisation d’un fauteuil roulant, de la durée de l’hospitalisation, des nombreuses séances de rééducation, du port d’orthèses plantaires et de l’impossibilité de reprendre son activité de chauffeur VTC ;
- une expertise médicale apparaît nécessaire pour déterminer les différents préjudices subis.

Par un mémoire, enregistré le 26 mars 2024, la caisse primaire d’assurance maladie du Var indique qu’elle n’entend pas intervenir dans l’instance et précise le montant de ses débours lesquels s’élèvent à la somme de 15 879, 12 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 mai 2024 et le 30 janvier 2025, la commune de Mouans-Sartoux, représentée par Me Pierson, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, subsidiairement, à ce que les prétentions indemnitaires provisionnelles de Mme A... soient ramenées à de plus justes proportions.

Elle fait valoir que :

- Mme A..., qui allègue avoir chuté alors qu’elle circulait sur la chaussée, doit être regardée comme usagère de la voie publique au moment de l’accident ; aucune pièce probante ne vient objectivement démontrer l’implication d’un ouvrage public dans la survenance de la chute de Mme A... ;
- aucun défaut d’entretien normal ne saurait lui être reproché ; compte tenu de la faible importance de la dénivellation, cette dernière ne constitue pas un danger excédant ceux contre lesquels les usagers doivent normalement se prémunir ;
- la chute est imputable à une faute de la victime qui avait une parfaite connaissance des lieux et ne pouvait ignorer leur configuration du fait de la proximité des lieux avec son domicile ;
- la requérante ne produit aucun élément probant de nature à démontrer qu’elle serait dans l’impossibilité de reprendre son activité de chauffeur VTC de sorte que la demande provisionnelle doit être réduite à de plus justes proportions.

Par ordonnance du 19 mai 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 19 juin 2025 à 12h00.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 24 février 2026 :
- le rapport de Mme Moutry,
- les conclusions de Mme Monnier-Besombes, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lanciano, substituant Me Hébert-Marchal et représentant Mme A....


Considérant ce qui suit :

Mme A... soutient avoir chuté rue des Magnans à Mouans-Sartoux le 8 septembre 2023. Estimant que sa chute a été causée par une défectuosité affectant le dallage du trottoir, Mme A... a saisi la commune de Mouans-Sartoux d’une demande préalable indemnitaire réceptionnée le 14 décembre 2023. Aucune réponse n’ayant été apportée à sa demande, Mme A... demande au tribunal, par la présente requête, d’ordonner une expertise médicale avant dire-droit et de condamner la commune de Mouans-Sartoux à lui verser une provision d’un montant de 10 000 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

En premier lieu, la requérante soutient que la responsabilité sans faute de la commune de Mouans-Sartoux doit être engagée à raison des dommages qui lui ont été causés suite à sa chute occasionnée par une défectuosité du dallage du trottoir. Elle se prévaut de sa qualité de tiers à l’égard de l’ouvrage. Toutefois, il est constant que la requérante était usager de la voie publique au moment de l’incident. Par suite, la requérante ne saurait utilement rechercher la responsabilité sans faute de la commune de Mouans-Sartoux à raison de dommages causés à des tiers à un ouvrage public.

En deuxième lieu, il appartient à l’usager victime d’un dommage survenu à l’occasion de l’utilisation d’un ouvrage public d’apporter la preuve, d’une part, de la réalité de ses préjudices, et, d’autre part, de l’existence d’un lien de causalité direct entre cet ouvrage et le dommage qu’il a subi. La collectivité en charge de l’ouvrage public peut s’exonérer de sa responsabilité en rapportant la preuve soit de l’entretien normal de l’ouvrage, soit de ce que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

A supposer que la requérante puisse être regardée comme recherchant la responsabilité de la commune de Mouans-Sartoux pour défaut d’entretien d’un ouvrage public, elle se borne à produire une photographie du lieu de l’accident pour établir qu’elle a chuté rue des Magnans en raison d’un défaut dans le dallage du trottoir. Toutefois, cette seule photographie ne permet pas d’établir les circonstances exactes de l’incident. Les déclarations constantes de la requérante sur les circonstances de l’incident sont également insuffisantes pour apporter la preuve, qui lui incombe, de ces dernières. Par ailleurs, il résulte de l’instruction que la défectuosité n’excède pas, par ses caractéristiques et ses dimensions, celles des obstacles auxquels un usager normalement prudent et attentif peut s’attendre à rencontrer sur la voie publique. Par suite, aucun défaut d’entretien ne peut être établi.

Il résulte de ce qui précède que Mme A... n’est pas fondée à rechercher la responsabilité de la commune de Mouans-Sartoux à raison des dommages résultant de l’accident survenu le 8 septembre 2023

Sur les frais de l’instance :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’il soit mis à la charge de la commune de Mouans-Sartoux la somme demandée par la requérante au titre de cet article.




D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., à la commune de Mouans-Sartoux et à la caisse primaire d'assurance maladie du Var.

Copie en sera adressée à la caisse primaire d’assurance maladie des Alpes-Maritimes.


Délibéré après l'audience du 24 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. d’Izarn de Villefort, président,
Mme Moutry, première conseillère,
Mme Asnard, conseillère,
Assistés de Mme Bertolotti, greffière,


Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2026.


La rapporteure,
signé
M. MOUTRY

Le président,
signé
P. D’IZARN DE VILLEFORT

La greffière,


signé

C. BERTOLOTTI



La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation, le Greffier,


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