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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2406245

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2406245

vendredi 6 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2406245
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat Mme SORIN
Avocat requérantGIRAUDO OLIVIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a condamné l'État à verser 2 290 euros à Mme B... épouse C..., reconnue prioritaire pour un relogement en T4 par la commission de médiation le 5 juillet 2022, en raison de la carence fautive du préfet des Alpes-Maritimes à exécuter cette décision dans le délai légal de six mois. La requérante, qui n'a reçu aucune offre de logement avant son relogement effectif le 29 novembre 2024, a subi des troubles dans ses conditions d'existence. L'indemnité a été calculée sur la base de 150 euros par mois de retard, conformément à la jurisprudence, pour la période de carence allant du 5 janvier 2023 au 29 novembre 2024. Les textes appliqués sont les articles L. 300-1, L. 441-2-3 et R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 novembre 2024 et 30 décembre 2025, Mme D... B... épouse C..., représentée par Me Giraudo, demande au tribunal :

1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 10 000 euros, en réparation de son préjudice résultant de l’absence de relogement pour elle et sa famille, dans les délais impartis au préfet des Alpes-Maritimes ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat, une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’Etat est engagée dès lors qu’elle n’a reçu aucune proposition de logement suivie d’effet, alors qu’elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 5 juillet 2022 et qu’une ordonnance du tribunal administratif de Nice du 25 avril 2023 n’a pas été exécutée ;
- elle subit avec son époux et ses enfants, un préjudice moral et financier.


Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2026, le préfet des Alpes-Maritimes conclut à ce que les prétentions de la requérante soient limitées.

Il soutient que la requérante a signé un bail le 29 novembre 2024 et qu’en application de la jurisprudence du conseil d’Etat, la somme allouée à la requérante doit être limitée à la somme maximale de 2 290 euros.


Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Sorin pour statuer sur ces litiges.

En application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Sorin,
- les observations de Mme A... représentant le préfet des Alpes-Maritimes.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation des Alpes-Maritimes a, par une décision du 5 juillet 2022, désigné Mme B... épouse C... comme prioritaire et devant être relogée dans un logement de type T4. Par une ordonnance du 25 avril 2023, le tribunal administratif de Nice a enjoint au préfet d’assurer dans un délai de quatre mois l’hébergement de la requérante sous astreinte de 400 euros par mois de retard. Mme B... épouse C... a saisi le préfet des Alpes-Maritimes d’une demande indemnitaire préalable laquelle a été implicitement rejetée. Mme B... épouse C... demande la condamnation de l’Etat à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de son absence d’hébergement.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ».

3. Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l’égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l’Etat prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat, qui court à compter de l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

En ce qui concerne la faute :

4. La commission de médiation du département des Alpes Maritimes a, par une décision du 5 juillet 2022, désigné Mme B... épouse C... comme prioritaire et devant être relogée dans un logement de type T4. Le préfet n’a fait aucune offre de logement à Mme B... épouse C... dans le délai de six mois qui a suivi cette décision, soit avant le 5 janvier 2023. Il résulte de ce qui précède que les carences fautives dont l’État a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement à l’égard de Mme B... épouse C... sont établies.

En ce qui concerne les préjudices :

5. Il résulte de l’instruction que la requérante a été relogée le 29 novembre 2024. La carence de l’État à assurer son relogement, fautive à compter du 5 janvier 2023, a entraîné des troubles dans ses conditions d’existence devant être réparés jusqu’à la date du 29 novembre 2024.

6. Il y a lieu par suite de fixer l’indemnité due à Mme B... épouse C..., à raison de 250 euros par personne composant le foyer et par an, soit pour cinq personnes, à 2 400 euros.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme B... épouse C... n’a pas formé de demande d’aide juridictionnelle, elle ne peut donc se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions présentées sur ce fondement.


D E C I D E :


Article 1er : L’Etat est condamné à verser à Mme B... épouse C... la somme globale de 2 400 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D... B... épouse C..., à Me Giraudo et au ministre de la ville et du logement.


Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2026.


La magistrate désignée,


signé

G. SORIN




La greffière,


signé

E. SHEHU




La République mande et ordonne à la ministre de la ville et du logement en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,


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