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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2501122

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2501122

mardi 4 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2501122
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 février 2025, M. C B A, ressortissant somalien, titulaire de la protection subsidiaire en application des dispositions de l'article L.512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, représenté par Me Almairac, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration ou au préfet des Alpes-Maritimes de le faire bénéficier d'un hébergement d'urgence, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'office français de l'immigration et de l'intégration ou de l'Etat une somme de 1 200 euros, à verser à Me Almairac en application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, laquelle renonce par avance à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée dans la mesure où il vit à la rue sans domicile fixe depuis son arrivée en France en 2023 et a obtenu la protection subsidiaire ;

- en n'attribuant aucun hébergement au requérant, il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile d'une part, et à la liberté fondamentale que constitue le droit à un hébergement d'urgence d'autre part.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mars 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors que le requérant n'a plus la qualité de demandeur d'asile, mais la protection subsidiaire depuis une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 13 mai 2024 ;

- l'urgence n'est pas établie dès lors que le requérant n'est pas démuni de toute assistance pour subvenir à ses besoins ; qu'il a la possibilité de faire appel aux structures locales ou au dispositif du 115 pour assurer sa prise en charge au titre de l'hébergement d'urgence, ce qu'il n'établit pas avoir fait à ce jour ; la transmission d'un courriel au 115 en date du 27 février 2025 ne peut sérieusement attester avoir fait l'objet d'un refus de prise en charge alors que sa demande date de 4 jours uniquement ; le requérant est réputé avoir subvenu à ses besoins depuis son arrivée en France en septembre 2023 ; l'intéressé n'apporte aucun élément probant à l'instance justifiant d'une quelconque dégradation de ses conditions de vie depuis l'enregistrement de sa demande d'asile le 11 octobre 2023 ; il ressort des pièces du dossier qu'il a perçu le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile jusqu'au mois de juin 2024, à la suite d'une décision définitive de la Cour nationale du droit d'asile ; au total, le requérant a perçu la somme de 3.748,80 euros depuis octobre 2023 ; il est également en mesure de bénéficier du revenu de solidarité active, or, il n'apporte aucun élément à l'instance permettant d'établir qu'il aurait entrepris toute démarche en ce sens.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mars 2025, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'urgence n'est pas établie dès lors que le requérant n'établit pas une vulnérabilité telle qu'elle justifierait une mise à l'abri urgente ;

- les faits de l'espèce ne font pas ressortir aujourd'hui une atteinte grave et manifestement illégale au droit à un hébergement d'urgence, le requérant ne justifiant d'aucune démarche en vue de trouver du travail ni d'une pathologie constituant une urgence médicale et rendant inconditionnel son accueil d'urgence.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Taormina, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 mars 2025 :

- le rapport de M. Taormina, juge des référés ;

- et les observations de Me Almairac, pour le requérant ;

- l'office français de l'immigration et de l'intégration et le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présents, ni représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". Aux termes de l'article L.345-2-2 dudit code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. Cet hébergement d'urgence doit lui permettre () d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. ". Et aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

3. Le requérant qui n'a plus la qualité de demandeur d'asile, mais la protection subsidiaire avec autorisation de travailler, ne justifie d'aucune démarche en vue de l'exercice d'une activité professionnelle, ni d'une vulnérabilité particulière liée à son état de santé de nature à le rendre prioritaire à l'attribution d'un logement d'accueil d'urgence, compte tenu de la pénurie des capacités d'accueil d'urgence. Dès lors, il n'a été porté par l'OFII ou l'Etat, aucune atteinte à une liberté fondamentale. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une urgence à statuer dans le cadre des dispositions de l'article L.521-2 du code de justice administrative, la requête de M. B A doit être rejetée en toutes ses conclusions, ensemble celles formulées à fin d'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, l'urgence requise par l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique n'étant pas caractérisée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C B A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B A, à Me Almairac, à l'office français de l'immigration et de l'intégration et à la délégation interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Nice, le 4 mars 2025.

Le juge des référés,

signé

G. Taormina

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et au ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

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