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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2501724

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2501724

jeudi 15 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2501724
TypeDécision
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice, statuant en référé sur le fondement de l'article R.541-1 du code de justice administrative, rejette la demande de provision de 118.303 € présentée par la société canadienne 2160416 Ontario Limited. La société sollicitait la restitution d'un prélèvement acquitté lors de la cession d'un bien immobilier en 2021, estimant qu'il excédait l'impôt sur les sociétés dû. Le juge estime que l'obligation de l'État est sérieusement contestable, car la réclamation de la société, déposée le 7 juin 2024, est tardive au regard des délais prévus à l'article R.196-1 du livre des procédures fiscales, le paiement litigieux datant du 9 décembre 2021. En conséquence, la requête est rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 28 mars et 25 avril 2025, la société de droit canadien 2160416 Ontario Limited, représentée par Me Filippi, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R.541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une provision de 118.303 € ;

2°) de condamner l'Etat à lui payer une somme de 2.000 €, en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que sa créance n'est pas sérieusement contestable car, à compter de 2022, la société a déclaré son résultat 2021 imposable à l'impôt sur les sociétés, incluant la plus-value relative à l'immeuble cédé, en déposant une déclaration n°2065 accompagnée d'une liasse fiscale comprenant les tableaux fiscaux n°2033 ; le résultat fiscal faisant apparaitre un déficit, à compter de 2022, lors de la détermination du solde de l'impôt sur les sociétés (imprimé " relevé de solde ") il apparait que le prélèvement excède le montant de l'impôt dû (lequel est nul), de sorte que l'excédent doit donc être restitué, soit la somme de 118.303 € dès lors que la société satisfait aux conditions posées par le second alinéa du V de l'article 244 bis A du code général des impôts pour obtenir la restitution de l'excédent et que la demande de restitution est intervenue dans les délais prescrits par l'article R.196-1 du livre des procédures fiscales à partir du moment où l'impôt a été déterminé ; la société pouvait formuler sa demande de restitution sur le fondement du second alinéa du V de l'article 244 bis A du code général des impôts, à raison de l'excédent de prélèvement acquitté au titre de la cession d'immeuble intervenue en 2021, jusqu'au 31 décembre de la deuxième année suivant celle de la liquidation de l'impôt sur les sociétés dû au titre de cet exercice ; cette liquidation devant intervenir à compter de 2022, la société avait donc jusqu'au 31 décembre 2024 pour formuler sa demande de restitution.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 avril 2025, la direction départementale des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la réclamation de la société requérante étant tardive, l'obligation qu'elle invoque à l'égard de l'Etat ne présente pas, en l'état de l'instruction, un caractère non sérieusement contestable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Taormina, vice-président, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R.541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il appartient au juge des référés, dans le cadre de cette procédure, de rechercher si, en l'état du dossier qui lui est soumis, l'obligation du débiteur éventuel de la provision est ou n'est pas sérieusement contestable, sans avoir à trancher, ni de questions de droit se rapportant au bien-fondé de cette obligation, ni de questions de fait soulevant des difficultés sérieuses et qui ne pourraient être tranchées que par le juge du fond éventuellement saisi.

2. Par acte du 23 novembre 2021, la société de droit canadien 2160416 Ontario Limited a revendu pour un prix de 855 000 €, une propriété qu'elle avait acquise le 30 janvier 2008 pour un prix de 440.000 € comprenant une maison d'habitation, deux garages, une piscine et un local piscine sis au 250 avenue André Gide, à Cabris (06530). A la même date, elle a déposé une déclaration n°2048-IMM-SD faisant état d'une plus-value imposable d'un montant de 446.428 € et du prélèvement prévu l'article 244 bis A du code général des impôts à hauteur de la somme de 118.303 €, somme qu'elle a acquittée le 9 décembre 2021. Le 7 juin 2024, la société a déposé auprès du service des impôts des entreprises de Grasse une réclamation en restitution dudit prélèvement pour son montant, au motif qu'il excédait le montant de l'impôt sur les sociétés restant à sa charge au titre de l'exercice 2021. A l'appui de sa réclamation, elle a transmis le relevé de solde n°2572 de l'exercice 2021 pour demander le remboursement de l'excédent de versement à hauteur de 73.371 €. Dans le cadre d'un contrôle sur pièces, par une proposition de rectification n°2120 du 29 novembre 2024, le service vérificateur a rejeté sa réclamation, au motif qu'elle était irrecevable pour avoir été déposée après l'expiration du délai prévu par l'article R.196-1 du livre des procédures fiscales.

3. Il résulte de l'instruction que l'impôt contesté (118.303 €) a fait l'objet d'un versement spontané le 9 décembre 2021, conformément à ce qui est prescrit à l'article 244 bis A du code général des impôts. Le point de départ du délai de réclamation est la date à laquelle l'impôt a été acquitté soit, en l'espèce, à la date du 9 décembre 2021. Or, la réclamation en restitution de la société requérante a été déposée le 7 juin 2024, alors qu'elle était tenue de présenter sa réclamation en restitution au plus tard le 31 décembre 2022 en application du b) de la deuxième partie de l'article R.196-1 du livre des procédures fiscales ou, au plus tard le 31 décembre 2023, en application du b) de la première partie de l'article R.196-1 du livre des procédures fiscales. Dès lors, le délai de réclamation courait à compter du 9 décembre 2021, date du paiement de l'impôt en cause et expirait en tout état de cause, au plus tard, le 31 décembre 2023. Par suite, la réclamation du 7 juin 2024 parait tardive, ce qui constitue une contestation sérieuse telle, que l'obligation qu'invoque l'intéressée à l'égard de l'Etat ne présente pas, en l'état de l'instruction, un caractère non sérieusement contestable. Par suite, les conclusions de sa requête tendant à la condamnation de l'Etat à lui payer une indemnité provisionnelle de 118.303 €, ensemble ses conclusions formulées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société de droit canadien 2160416 Ontario Limited est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société de droit canadien 2160416 Ontario Limited et à la direction départementale des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Fait à Nice, le 15 mai 2025.

Le juge des référés,

signé

G. Taormina

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°2501724

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