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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2501862

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2501862

vendredi 11 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2501862
TypeOrdonnance
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 6 février 2025 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de délivrer un titre de séjour "entrepreneur/profession libérale" à Mme B, ressortissante marocaine. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la requérante n'ayant pas justifié de conséquences suffisamment graves et immédiates sur sa situation, et que sa propre carence dans la production des justificatifs de ressources requis par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faisait obstacle à ce qu'elle invoque utilement l'urgence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 avril 2025, Mme A B, représentée par Me Lestrade, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 6 février 2025 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Elle soutient :

*** sur l'urgence : que la condition d'urgence est présumée dès lors qu'elle a demandé un changement de statut et du fait des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle, alors qu'elle doit lancer son activité professionnelle libérale ;

*** sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée : les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit sont de nature à créer un tel doute.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2501656, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Mme A B, ressortissante marocaine née en 1994, a formé une demande de titre de séjour auprès de la préfecture des Alpes-Maritimes sur le fondement de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile concernant les activités non salariées. Par décision du 6 février 2025, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande faute de justificatifs suffisants sur le niveau de ressources. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement et tenir compte du fait que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans une situation qui ne lui permette pas d'invoquer utilement -ni sérieusement- la notion d'urgence. Il en est notamment ainsi lorsque la situation d'urgence découle directement de la négligence ou de la carence du requérant, ou de tout autre acte positif qui lui est directement imputable. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la décision à laquelle le juge statue.

4. Aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " d'une durée maximale d'un an ". D'autre part, aux termes de l'article R. 431-11 de ce code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". L'annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit, en cas de création d'une activité pour la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " entrepreneur / profession libérale ", la production de justifications des capacités de l'activité à procurer un niveau de ressources au moins équivalentes au SMIC à temps plein. Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'une carte de séjour temporaire autorisant l'exercice d'une activité professionnelle à l'étranger qui souhaite exercer en France une profession commerciale, industrielle ou artisanale est subordonnée, notamment, à la viabilité économique de l'activité envisagée. Dès lors que l'étranger est lui-même le créateur de l'activité, il lui appartient de présenter à l'appui de sa demande les justificatifs permettant d'évaluer la viabilité économique de son activité ou entreprise, que celle-ci soit encore au stade de projet ou déjà créée.

5. En l'espèce, il est constant, aux termes des écritures de la requérante, que cette dernière considère que le préfet des Alpes-Maritimes ne pouvait lui demander, pour examiner sa demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, formée le 13 juillet 2023, la production de justifications des capacités de l'activité à procurer un niveau de ressources au moins équivalentes au SMIC à temps plein. Il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle n'a ainsi pas répondu aux demandes de pièces du préfet des Alpes-Maritimes en date des 16 février 2024, 15 avril 2024 et 27 juillet 2024. Dans ces conditions, il doit être considéré que la requérante s'est placée elle-même dans une situation qui ne lui permet pas d'invoquer sérieusement la notion d'urgence aux fins de suspendre l'exécution de la décision attaquée. Par suite, la requérante doit être regardée comme ne justifiant pas de la condition d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, qu'il y a lieu de rejeter la requête, en toutes ses conclusions, par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Fait à Nice, le 11 avril 2025.

Le juge des référés,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

N°250186

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