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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2507339

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2507339

jeudi 12 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2507339
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSELARL ANTOINE ALONSO GARCIA AVOCAT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a été saisi par la commune de Breil-sur-Roya d'une demande de provision en référé contre son assureur, la SMACL, concernant l'indemnisation des dommages causés par la tempête Alex. Le juge a rejeté la demande de provision, estimant que l'obligation de l'assureur était sérieusement contestable, notamment sur la couverture des biens et le lien de causalité avec la catastrophe naturelle. La décision s'appuie sur les articles R.541-1 du code de justice administrative et L.125-1 du code des assurances.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :



Par une requête enregistrée le 9 décembre 2025, la commune de Breil-sur-Roya, représentée par Me Lachambre, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article R.541-1 du code de justice administrative :
1°) de condamner la SMACL Assurances, son assureur de dommages aux biens, à lui verser une provision de 2.000.000 €, avec intérêt au taux légal à compter de la première sommation du 27 juillet 2022 et leur capitalisation, à valoir sur l’indemnisation des dommages subis par la commune sur quinze de ses biens, consécutivement à la tempête Alex des 2 et 3 octobre 2020 ;
3°) de mettre à la charge de la SMACL Assurances une somme de 3.000 €, en application de l’article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que c’est à tort que la SMACL Assurances a considéré que l’indemnisation des dommages subis sur certains de ses biens ne sont pas pris en charge


Par un mémoire en défense enregistré le 29 janvier 2026, la SMACL Assurances, représentée par Me Alonso Garcia, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la commune de Breil-sur-Roya à lui payer la somme de 3.000 €, en application de l’article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les biens endommagés par l’inondation ne figuraient pas dans les listes de patrimoine présentées par la commune entre 2002 et la tempête Alex, que les préjudices garantis ont déjà été indemnisés par le versement d’une somme de 6.000.000 €, que la notion de catastrophe naturelle n’est pas mobilisable au regard de l’article L.125-1 du code des assurances, que la cause des désordres invoqués n’est pas la tempête Alex, mais des mouvements de terrain dus à la dissolution progressive du gypse présent dans le sol, cause naturelle identifiée dès 2016 par des expertises antérieures à la tempête.



Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.



La présidente du tribunal a désigné M. Taormina, vice-président, pour statuer sur les requêtes en référé.



Considérant ce qui suit :


1. Aux termes de l’article R.541-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, même en l’absence d’une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l’a saisi lorsque l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable. Il peut, même d’office, subordonner le versement de la provision à la constitution d’une garantie ». Il appartient au juge des référés, dans le cadre de cette procédure, de rechercher si, en l’état du dossier qui lui est soumis, l’obligation du débiteur éventuel de la provision est ou n’est pas sérieusement contestable, sans avoir à trancher, ni de questions de droit se rapportant au bien-fondé de cette obligation, ni de questions de fait soulevant des difficultés sérieuses et qui ne pourraient être tranchées que par le juge du fond éventuellement saisi.

2. Il résulte de l’instruction, que la commune de Breil-sur-Roya était titulaire auprès de la SMACL Assurance les cinq polices d’assurance suivantes : Promut n°3120-1 depuis le 1er janvier 2002 qui couvre l’assurance obligatoire en matière de protection fonctionnelle ; Aleassur RC n°4013-1 depuis le 1er janvier 2002 qui couvre la responsabilité de la collectivité à raison des dommages causés aux tiers ; Juripacte n°4070-1, depuis le 1er janvier 2002 qui couvre la protection juridique de la collectivité ; Aleassur auto-collaborateur n°4095-1, depuis le 19 février 2008, qui couvre l’assurance obligatoire des véhicules à moteurs ; et Aleassur biens n°4033-1, depuis le 1er janvier 2002, qui couvre les dommages aux biens qui n’est obligatoire qu’en ce qui concerne les catastrophes naturelles. Lors de la conclusion de ce dernier contrat, une liste précise des biens assurés appartenant à la commune était annexée aux conditions particulières du contrat. Des avenants ont ensuite été conclus en cours d’exécution des contrats afin d’y intégrer des biens supplémentaires. Une nouvelle liste de biens couverts mise à jour a été intégrée aux conditions particulières du contrat le 24 mai 2022.

3. Dans le cadre de l’exécution du contrat d’assurance Aleassur biens, la SMACL a dû faire face à de nombreuses catastrophes naturelles subies par la commune en 2004, 2006, 2014 et 2015. Le 2 et 3 octobre 2020, la tempête Alex a frappé la commune, évènement à la suite duquel, deux arrêtés successifs ont reconnu le caractère de catastrophe naturelle, un arrêté en date du 7 octobre 2020 portant sur une catastrophe naturelle « Inondations et coulées de boue », et un arrêté en date du 8 mars 2021 portant sur une catastrophe naturelle « Mouvements de terrains (hors sécheresse géotechnique) du 2 octobre 2020 au 3 octobre 2020 ». La commune a ainsi déclaré le premier sinistre le 6 octobre 2020 et le second, le 29 avril 2021, déclarations qui ne portait que sur l’Eglise « Sancta Maria in Albis », et non sur les autres bien objets mentionnés dans la requête par la commune. De nombreux rapports ont été établis dans le cadre des opérations d’expertise amiable menées par la SMACL sur l’ensemble des désordres subis par les biens de la commune, indépendamment de leur origine (inondations ou mouvements de terrain), au vu desquels, la SMACL a rapidement considéré d’une part, que le contrat Aleassur biens n°4033-1 ne couvrait pas les courts de tennis, les terrains de sport, les ponts, les structures légères, au motif qu’ils ne figuraient pas dans les listes de patrimoine présentées par la commune à la SMACL entre 2002 et la tempête Alex ; et d’autre part, que la garantie catastrophe naturelle n’était pas mobilisable pour mouvement de terrain, en l’absence de lien causal direct et déterminant, en application de l’article L.125-1 du code des assurances ; position maintenue dans un courrier du 23 décembre 2024. Une transaction a, ensuite, été signée le 25 mars 2024 entre les parties, rappelant les limites de la couverture assurantielle de la SMACL, prévoyant le versement par celle-ci d’une somme de 6.000.000 €, en contrepartie de la renonciation de la commune à toute action judiciaire à son encontre. La SMACL a, ensuite, par courrier du 3 juin 2024 et reçu le 6 juin 2024, informé la commune, de la résiliation de ses contrats d’assurance au 31 décembre 2024, en application des dispositions de l’article L.113-12 du code des assurances. Par ordonnance n°2406839 du 31 décembre 2024, le juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L.521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de la commune de Breil-sur-Roya tendant à ce qu’il soit enjoint à la SMACL Assurances SA « …de maintenir ou reprendre intégralement et sans discontinuité l’exécution des prestations auxquelles elle est obligée par les contrats Promut, Aleassur RC, Aleassur biens, Juripacte, Aleassur autocollaborateur pour une période d’un an ou, si elle intervient avant le terme d’un an, jusqu’à la signature d’un nouveau contrat d’assurance comportant l’ensemble des garanties couvertes par la SMACL ».

4. Outre que la commune de Breil-sur-Roya qui a simultanément saisi le tribunal d’un référé-expertise actuellement pendant devant le juge des référés sous le n° 2507362, ne conteste pas utilement qu’elle avait renoncé à toute action judiciaire en échange d’une indemnisation transactionnelle, il résulte de diverses études hydrologiques et géotechniques effectuées à partir de 2015, produites par la SMACL, commandées notamment par le département des Alpes-Maritimes, que le phénomène de tassement du centre-ville de la commune identifié depuis 1978, causé par la dissolution progressive du gypse présent dans le sol et le sous-sol, apparaît comme la cause principale des dommages préexistants, seulement aggravés par la tempête Alex, invoqués par la commune sur ses biens dont la présence dans le champ d’application de la police d’assurance est contestée par la SMACL. Dès lors, ces éléments constituent autant de contestations sérieuses sur la recevabilité de la requête, la nature de la ou des causes du sinistre et le champ d’application de la police d’assurance, et par conséquent, de l’obligation qu’invoque la commune de Breil-sur-Roya à l’égard de la SMACL Assurances, laquelle obligation ne présente donc pas, en l’état de l’instruction, un caractère non sérieusement contestable. Par suite, les conclusions de sa requête tendant à la condamnation de la SMACL à lui payer une indemnité provisionnelle de 2.000.000 €, ensemble ses conclusions formulées au titre de l’articles L.761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

5. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la commune de Breil-sur-Roya, une somme au titre de l’article L.761-1 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1er : La requête de la commune de Breil-sur-Roya est rejetée.


Article 2 : Les conclusions de la SMACL Assurances formulées au titre de l’article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.


Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Breil-sur-Roya et à la SMACL Assurances.


Copie en sera adressée au département et au préfet des Alpes-Maritimes.


Fait à Nice, le 12 mars 2024.

Le juge des référés,

signé

G. Taormina


La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,





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