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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-1700115

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-1700115

jeudi 2 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-1700115
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantROUX

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de La Réunion, statuant en plein contentieux, a rejeté la requête de la communauté intercommunale CIREST visant à annuler un protocole transactionnel de 2019 et à obtenir réparation pour des travaux défectueux sur un émissaire en mer. Le tribunal a jugé que la CIREST n'établissait pas l'existence des vices de consentement allégués (erreur, dol, déséquilibre manifeste) et que les sociétés Egis Eau et SBTPC SOGEA Réunion ne pouvaient être tenues pour responsables contractuellement des dommages survenus après la signature de ce protocole, qui avait mis fin au litige initial. La décision s'appuie sur les principes généraux du droit des contrats administratifs et les dispositions du code de la commande publique relatives aux transactions.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 9 février 2017, 7 juin 2024, 6 novembre 2025, 3 décembre 2025 et 19 décembre 2025, la communauté intercommunale Réunion Est (CIREST) venant aux droits de la commune de Saint-Benoît, représentée par Me David, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de constater la nullité du protocole transactionnel conclu le 18 décembre 2019 ;

2°) de condamner in solidum les sociétés Egis Eau et SBTPC SOGEA Réunion à lui verser la somme de 1 402 921,91 euros à actualiser sur la base du différentiel entre l’indice de septembre 2015 (INDEX TPR1) et l’indice en vigueur à la date du jugement ;

3°) de condamner in solidum les sociétés Egis Eau et SBTPC SOGEA Réunion à lui verser le montant réel des dépenses engagées et à engager pour la réparation des dommages consécutifs à la casse de l’émissaire en mer constatée le 28 novembre 2025 ;

4°) de mettre à la charge des sociétés Egis Eau et SBTPC SOGEA Réunion la somme de 25 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;
- le protocole transactionnel conclu le 18 décembre 2019 est entaché de nullité du fait des vices affectant les conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement et notamment des erreurs et des réticences dolosives imputables aux sociétés Egis Eau et SOGEA Réunion ;

- le protocole transactionnel conclu le 18 décembre 2019 est entaché de nullité du fait du déséquilibre manifeste entre les concessions réciproques des parties ;

- le protocole transactionnel conclu le 18 décembre 2019 est entaché de nullité du fait du contexte de « pression opérationnelle » ayant précédé la signature du maire de Saint-Benoît qui ne l’a pas mis à même d’exprimer un consentement libre et éclairé ;

- l’application du protocole transactionnel doit être écartée compte tenu de ce que la soumission à la procédure d’évaluation environnementale des travaux à réaliser sur l’émissaire en mer s’analyse comme un cas de force majeure ;

- la réception des travaux n’a jamais été prononcée ;

- la responsabilité contractuelle de la société Egis Eau est engagée au titre de la faute commise dans l’exercice de sa mission ACT résultant de l’imprécision des pièces techniques du marché ;

- la responsabilité contractuelle de la société Egis Eau est engagée au titre de la faute commise dans l’exercice de sa mission VISA résultant de l’apposition, sans contrôle préalable ni observations, de son visa sur la note technique produite par la SOGEA le 5 septembre 2013 ;

- la responsabilité contractuelle de la société Egis Eau est engagée au titre de la faute commise dans l’exercice de sa mission DET résultant de l’absence de suivi visuel régulier des travaux en phase d’exécution ;

- la responsabilité contractuelle de la société Egis Eau est engagée au titre de la faute commise dans l’exercice de sa mission DET découlant de l’absence de contrôle de conformité des gabions posés par l’entrepreneur ;

- la responsabilité contractuelle de la société Egis Eau est engagée au titre de la faute commise dans l’exercice de sa mission DET du fait du défaut de contrôle de la qualité des travaux réalisés par l’entrepreneur ;

- la responsabilité contractuelle de la société Egis Eau est engagée au titre de la faute commise dans l’exercice de sa mission AOR consistant en ce qu’elle a proposé la réception des travaux tandis que l’ouvrage n’était manifestement pas en état d’être réceptionné ;

- la responsabilité contractuelle de la société SBTPC SOGEA Réunion est engagée au titre de la faute résultant de la réalisation d’un ouvrage sans rapport avec celui dont les spécifications techniques avaient été définies en annexe du protocole transactionnel conclu le 28 février 2013 ;

- la responsabilité contractuelle de la société SBTPC SOGEA Réunion est engagée au titre de la faute consistant en la livraison d’un ouvrage non conforme aux règles de l’art ;

- la responsabilité contractuelle de la société SBTPC SOGEA Réunion est engagée au titre de la faute commise dans l’utilisation de matériaux inadaptés au milieu marin ;

- son préjudice doit être évalué à la somme de 1 341 163 euros ;

- les dépens de l’instance doivent être mis à la charge des sociétés Egis Eau et SBTPC SOGEA Réunion ;

- les frais liés à l’inspection de l’émissaire en mer réalisée le 30 octobre 2013 par la société Seanergy constituent un préjudice financier indemnisable ;

- faute de réception définitive des travaux réalisés sur l’émissaire en mer, les sociétés Egis Eau et SBTPC SOGEA Réunion demeurent responsables, sur le fondement contractuel, des dommages découlant de sa casse constatée en novembre 2025 ;

- les pourcentages de responsabilité définis par l’expert désigné n’ont pas une portée contraignante ;

- les barèmes de rémunération des missions de la maîtrise d’œuvre ne disposent que d’un caractère indicatif et la circonstance tenant à ce que la rémunération du marché conclu avec la société Egis Eau serait inférieure à ces barèmes n’est pas de nature à l’exonérer de ses obligations contractuelles.

Par des mémoires enregistrés les 22 mars 2018, 16 octobre 2025 et 2 décembre 2025, la société Egis Eau, représentée par Me Roux, doit être regardée comme concluant, dans le dernier état de ses écritures, à ce que :

1°) les pièces n°1, 10, 14 et 15 produites par la société SOGEA Réunion le 6 novembre 2025 soient écartées de la procédure ;

2°) à titre principal, au rejet de la requête ;

3°) à titre subsidiaire, au rejet des seules conclusions dirigées à son encontre ;

4°) à titre très subsidiaire, au rejet des conclusions tendant à ce qu’elle soit condamnée in solidum à réparer le dommage subi par la CIREST et, le cas échéant, à la limitation de la condamnation conjointe prononcée à son encontre à hauteur de 20% du montant total de la réparation ;

5°) à titre infiniment subsidiaire, si elle venait à être condamnée in solidum à réparer le dommage subi par la CIREST, à ce que les coauteurs du dommage soient condamnés à la garantir des condamnations prononcées à son encontre ;

6°) en tout état de cause, à ce que la somme de 230 000 euros due au titre du protocole transactionnel conclu le 28 février 2013 soit déduite du montant des condamnations prononcées ;

7°) en tout état de cause, à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de de la commune de Saint-Benoît en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable faute pour le maire de Saint-Benoît de justifier d’une délibération l’ayant autorisé à ester en justice au nom de la commune ;

- la société SOGEA a manqué à son devoir de conseil et ainsi commis une faute de nature à l’exonérer partiellement de sa responsabilité ;

- le maître de l’ouvrage a manqué à son devoir de vigilance lors des opérations préalables à la réception des travaux et ainsi commis une faute concurrente de celle qui lui est reprochée au titre de son devoir de conseil ;

- le maître de l’ouvrage a commis une faute en ne prononçant pas la réception des travaux ;

- la société SOGEA a commis une faute en ne livrant pas un ouvrage conforme aux spécifications techniques du marché telles que modifiées par le protocole transactionnel conclu le 28 février 2013, cette faute étant de nature à l’exonérer partiellement de sa responsabilité ;

- le maître de l’ouvrage et la société SOGEA ont commis des fautes en ne l’interrogeant pas pour obtenir des précisions sur les changements de méthode ;

- la société SOGEA a commis une faute en ne produisant pas les comptes rendus vidéos hebdomadaires prévus par l’article V-5 du CCTP ;

- la somme de 230 000 euros mise à la charge de la partie défaillante par le protocole transactionnel conclu le 28 février 2013 doit être versée par la SOGEA à la CIREST et ainsi venir en déduction des condamnations éventuellement prononcées par le tribunal ;

- la société SOGEA n’a pas exécuté de bonne foi le marché ;

- le maître de l’ouvrage a commis une faute en intégrant au marché de maîtrise d’œuvre une rémunération manifestement insuffisante et a mal défini son besoin en sous-estimant le nombre de jours consacrés au suivi du chantier ;

- le maître de l’ouvrage a commis une faute en ne l’associant pas à l’élaboration du protocole transactionnel conclu le 28 février 2013 ;

- le maître de l’ouvrage a commis une faute en ne formalisant pas la modification du marché par un avenant ;

- le maître de l’ouvrage a commis une faute dans le suivi des opérations de travaux ;

- la part de responsabilité mise à sa charge doit être limitée à 20% tandis que celles supportées par la société SBTPC SOGEA Réunion et le maître de l’ouvrage doivent être respectivement établies à hauteur de 70% et 10% ;

- la dégradation de l’émissaire est mer est due aux intempéries et non à la nature des matériaux utilisés pour sa construction ;

- les stipulations du protocole transactionnel conclu le 28 février 2013 ne lui sont pas opposables ;

- il n’appartenait pas à l’expert de se prononcer sur le caractère réceptionnable de l’ouvrage ;

- il n’est pas établi que les désordres lui seraient imputables ;

- la CIREST n’est pas fondée à demander au tribunal de prononcer une condamnation in solidum ;

- la CIREST n’est pas recevable à demander l’exécution forcée du protocole transactionnel conclu le 18 décembre 2019 ;

- en contestant la validité de protocole transactionnel conclu le 18 décembre 2019, la CIREST méconnaît les stipulations de son article 10 ainsi que le principe de loyauté des relations contractuelles ;

- les pièces complémentaires produites par la société SBTPC SOGEA Réunion le 6 novembre 2025 sont couvertes par le secret professionnel en ce qu’elles se rapportent aux correspondances entre avocats ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés de même que ceux soulevés par la société SBTPC SOGEA Réunion au soutien de ses conclusions d’appel en garantie.

Par des mémoires enregistrés les 23 mars 2018, 6 juillet 2021, 12 juillet 2022, 16 octobre 2025 et 6 mars 2026, la société SBTPC SOGEA Réunion, représentée par Me Cerveaux, doit être regardée comme concluant, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, au rejet des conclusions d’appel en garantie dirigées contre elle par la société Egis Eau ;

3°) à titre très subsidiaire, si elle venait à être condamnée in solidum à réparer le dommage subi par la CIREST, à ce que la société Egis Eau soit condamnée à la garantir des condamnations prononcées à son encontre à hauteur de la quote-part stipulée dans l’accord de répartition financière conclu le 28 juin 2019 ;

4°) à titre ultra subsidiaire, si elle venait à être condamnée in solidum à réparer le dommage subi par la CIREST, à ce que la société Egis Eau soit condamnée à la garantir des condamnations prononcées à son encontre à hauteur de 50% ;

5°) à titre infiniment subsidiaire, d’enjoindre à la CIREST de lui communiquer les données d’entrée listées dans le projet d’avenant dans un délai de 60 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

6°) à titre infiniment subsidiaire, d’enjoindre aux parties de se réunir conformément aux stipulations de l’article 4 du protocole transactionnel dans un délai de 30 jours suivant la communication desdites données d’entrée ;

7°) en tout état de cause, de mettre à la charge de la CIREST les dépens de l’instance ainsi que la somme de 8 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;

8°) en tout état de cause, de mettre à la charge de la société Egis Eau la somme de 8 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le protocole transactionnel conclu le 18 décembre 2019 n’est pas opposable du fait de la non réalisation de la condition suspensive ;

- le protocole transactionnel conclu le 18 décembre 2019 doit être renégocié ;

- il n’appartient pas au juge d’enjoindre à l’exécution du protocole transactionnel conclu le 18 décembre 2019 ;

- l’arrêté n° 2020-2586 du 29 juillet 2020 par lequel le Préfet de La Réunion a soumis la modification de l’émissaire en mer à évaluation environnementale est constitutif d’un fait du prince ;

- l’article 1er du protocole transactionnel conclu le 18 décembre 2019 par lequel les parties reconnaissent avoir reçu les informations déterminantes fait obstacle à ce que la CIREST excipe de la nullité du protocole au motif allégué de l’erreur et du dol ;

- le défaut d’information est imputable à la société Egis Eau ;

- aucune condamnation ne pourra être prononcée en raison des difficultés d’exécution se rapportant au lot n°1 du marché ;

- la responsabilité contractuelle de la société Egis Eau doit être engagée à son profit et cette dernière doit être condamnée à la garantir des condamnations prononcées à son encontre sur le fondement de l’accord de répartition financière conclu le 28 juin 2019 en vue de la signature ultérieure du protocole transactionnel conclu le 18 décembre 2019 ;

- la société Egis Eau a commis des fautes dans l’exécution de ses missions de maîtrise d’œuvre justifiant qu’elle soit condamnée à la garantir des condamnations prononcées à son encontre à hauteur de 50% ;

- la société Egis Eau a manqué de diligences dans la résolution amiable du litige ;

- la CIREST a commis une faute en ne transmettant pas les « données d’entrée » indispensables à la réalisation de l’évaluation environnementale ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés de même que ceux soulevés par la société Egis Eau au soutien de ses conclusions d’appel en garantie.

Par une ordonnance du 4 décembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 22 décembre 2025.

Par un courrier du 13 mars 2026, les parties ont été informées, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d’être fondé sur le moyen relevé d’office tiré de ce que les conclusions présentées à titre très subsidiaire par la société SOGEA Réunion tendant à ce que, si elle venait à être condamnée in solidum à réparer le dommage subi par la CIREST, la société Egis eau soit condamnée à la garantir des condamnations prononcées à son encontre à hauteur de la quote-part stipulée dans l’accord de répartition financière conclu entre elles le 28 juin 2019 sont portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Par un courrier du même jour, les parties ont été informées, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d’être fondé sur le moyen relevé d’office tiré de ce que les conclusions présentées à titre infiniment subsidiaire par la société SOGEA Réunion tendant à ce qu’il soit enjoint sous astreinte à la CIREST de lui communiquer les données d’entrée listées dans le projet d’avenant et de se réunir avec les autres parties conformément aux stipulations de l’article 4 du protocole transactionnel conclu le 18 décembre 2019 sont irrecevables dès lors qu’elles n’entrent pas dans le champ du pouvoir d’injonction du juge administratif et qu’en principe, il appartient seulement au juge du contrat de rechercher si une mesure d’exécution est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité.

Les observations présentées pour la société SBTPC SOGEA Réunion ont été enregistrées le 18 mars 2026 et communiquées aux autres parties.

Une note en délibéré a été produite le 23 mars 2026 pour la CIREST et n’a pas été communiquée.

Vu :
- l’ordonnance du 8 octobre 2014 n° 1400388 par laquelle le président du tribunal administratif de La Réunion a ordonné la réalisation d’une expertise sur le fondement de l’article R. 532-1 du code de justice administrative et désigné M. A... B... à cette fin ;
- l’ordonnance du 18 novembre 2016 par laquelle le président du tribunal administratif de La Réunion a liquidé et taxé les frais et honoraires de l’expertise à la somme de 34 236, 64 euros TTC ;
- l’ordonnance du 26 septembre 2018 n° 1800807 par laquelle le président de la 2ème chambre a prescrit la réalisation d’une médiation dans les instances enregistrées sous les n° 1700115 et 1400555 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la commande publique ;
- le code des marchés publics ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code civil ;
- le code de l’environnement ;
- la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 ;
- la loi n° 85-704 du 12 juillet 1985 ;
- le CCAG travaux dans sa version approuvée par le décret n° 76-87 du 21 janvier 1976 modifié ;
- le CCAG-PI dans sa version approuvée par le décret n° 78-1306 du 26 décembre 1978 modifié ;
- le décret n° 93-1268 du 29 novembre 1993 ;
- l’arrêté du 21 décembre 1993 précisant les modalités techniques d’exécution des éléments de mission de maîtrise d’œuvre confiés par des maîtres d’ouvrage publics à des prestataires de droit privé ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Fourcade, rapporteur,
- les conclusions de M. Monlaü, rapporteur public,
- les observations de Me David, pour la CIREST,
- les observations de Me Roux, pour la société Egis Eau,
- les observations de Me Cerveaux, pour la société SBTPC SOGEA Réunion.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d’engagement du 30 septembre 2005, la commune de Saint-Benoît a attribué au groupement composé des sociétés Atelier architecture Dupuy et associés et BCEOM, devenue la société Egis Eau, un marché public de maîtrise d’œuvre pour la construction d’une station d’épuration. A l’issue d’un appel d’offre ouvert, le groupement composé des sociétés Compagnie de travaux subaquatiques international (CTSI) et SOGEA Réunion, cette dernière en étant le mandataire, a été retenu pour la réalisation du lot n° 3 « Émissaire en mer » donnant lieu à la signature d’un acte d’engagement le 19 juillet 2010. Compte tenu des difficultés rencontrées au cours du chantier, un premier expert judiciaire a été désigné par la cour d’appel de Saint-Denis le 21 février 2012 et un protocole transactionnel a été conclu entre les parties le 28 février 2013 en vue d’agréer la solution technique proposée par la société SOGEA Réunion. Insatisfaite des conditions dans lesquelles les opérations de travaux se sont poursuivies, la commune de Saint-Benoît a saisi le juge des référés du présent tribunal qui, par une ordonnance n° 1400388 du 8 octobre 2014, a désigné un expert chargé d’étudier les malfaçons affectant l’ouvrage, lequel a remis son rapport définitif aux parties le 5 juillet 2016. Par la présente requête, la communauté intercommunale Réunion Est (CIREST), qui vient désormais aux droits de la commune de Saint-Benoît du fait du transfert de la compétence « eaux et assainissement », demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de constater la nullité du protocole transactionnel qui, en cours d’instance, a été conclu le 18 décembre 2019 dans le but de mettre fin au différend survenu dans le cadre de l’exécution des marchés correspondant aux lots n° 1 et n° 3, de condamner in solidum la société Egis Eau et la société SBTPC SOGEA Réunion, qui succède à la société SOGEA Réunion, à lui verser la somme de 1 402 921,91 euros à actualiser sur la base du différentiel entre l’indice de septembre 2015 (INDEX TPR1) et l’indice en vigueur à la date du jugement et de condamner ces mêmes sociétés à lui verser le montant réel des dépenses engagées et à engager pour la réparation des dommages consécutifs à la casse de l’émissaire en mer qui, selon elle, aurait été constatée le 28 décembre 2025. Alors même qu’une médiation a été initiée sur le fondement de l’article L. 213-7 du code de justice administrative en vertu d’une ordonnance du 26 septembre 2018 et qu’un protocole transactionnel a aussi été signé le 18 décembre 2019, aucune solution amiable n’a été mise en œuvre de manière effective depuis lors par les parties, ceci justifiant que la fin de la médiation soit ordonnée et que l’instance contentieuse soit reprise.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l’article L. 2122-21 du code général des collectivités territoriales : « Sous le contrôle du conseil municipal et sous le contrôle administratif du représentant de l’Etat dans le département, le maire est chargé, d’une manière générale, d’exécuter les décisions du conseil municipal et, en particulier : / (…) 8° De représenter la commune soit en demandant, soit en défendant (…) ». Aux termes de l’article L. 2122-22 du même code : « Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : (…) / 16° D’intenter au nom de la commune les actions en justice (…), dans le cas définis par le conseil municipal (…) ». Il résulte de ces dispositions que le maire ne peut intenter au nom de la commune les actions en justice qu’après délibération ou sur délégation du conseil municipal. A cet effet, le conseil municipal peut légalement donner au maire une délégation générale valable pendant la durée de son mandat.

3. Par une délibération n° 001-04-2014 du 18 avril 2014, le conseil municipal de la commune de Saint-Benoît a donné délégation au maire à l’effet « d’intenter au nom de la commune les actions en justice ou défendre la commune dans les actions intentées contre elle. » Cette même délibération précise que « cette délégation vaudra pour toutes les actions juridictionnelles en demande et en défense, en première instance et en appel, le maire étant habilité à se faire assister de l’avocat de son choix pour chacune des actions ci-dessus mentionnées ». Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la société Egis Eau tirée du défaut de qualité du maire pour ester en justice au nom et pour le compte de la commune de Saint-Benoît ne peut qu’être écartée.

Sur les conclusions tendant à ce que le tribunal écarte des pièces de la procédure :

4. Aux termes de l’article R. 611-1 du code de justice administrative : « La requête et les mémoires, ainsi que les pièces produites par les parties, sont déposés ou adressés au greffe. La requête, le mémoire complémentaire annoncé dans la requête et le premier mémoire de chaque défendeur sont communiqués aux parties avec les pièces jointes dans les conditions prévues aux articles R. 611-2 à R. 611-6. Les répliques, autres mémoires et pièces sont communiqués s'ils contiennent des éléments nouveaux ». Aux termes de l’article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques : « En toutes matières, que ce soit dans le domaine du conseil ou dans celui de la défense, les consultations adressées par un avocat à son client ou destinées à celui-ci, les correspondances échangées entre le client et son avocat, entre l'avocat et ses confrères à l'exception pour ces dernières de celles portant la mention " officielle ", les notes d'entretien et, plus généralement, toutes les pièces du dossier sont couvertes par le secret professionnel ».

5. En l’absence de disposition le prévoyant expressément, les dispositions précitées de l’article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971 ne peuvent faire obstacle au pouvoir et au devoir qu’a le juge administratif de joindre au dossier, sur production spontanée d'une partie, des éléments d’information, et de statuer au vu de ces pièces après en avoir ordonné la communication pour en permettre la discussion contradictoire. Il suit de là que si le conseil de la société Egis Eau soutient que les pièces n° 1, 10, 14 et 15 ont été jointes par l’avocat de la société SBTPC SOGEA Réunion à son mémoire déposé le 6 novembre 2025 en méconnaissance de ces dispositions, les conclusions tendant à ce qu’elles soient écartées du dossier doivent être rejetées alors même que ces documents seraient couverts par le secret professionnel.

Sur les conclusions tendant au constat de la nullité du protocole transactionnel conclu le 18 décembre 2019 :

6. D’une part, aux termes de l’article L. 2197-5 du code de la commande publique : « Les parties peuvent recourir à une transaction ainsi que le prévoit l'article 2044 du code civil ». Aux termes de l’article L. 423-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Ainsi que le prévoit l'article 2044 du code civil et sous réserve qu'elle porte sur un objet licite et contienne des concessions réciproques et équilibrées, il peut être recouru à une transaction pour terminer une contestation née ou prévenir une contestation à naître avec l'administration. La transaction est formalisée par un contrat écrit ». Aux termes de l’article 2044 du code civil : « La transaction est un contrat par lequel, par des concessions réciproques, les parties terminent une contestation née, ou préviennent une contestation à naître. / Ce contrat doit être rédigé par écrit ». Aux termes de l’article 2052 du même code : « La transaction fait obstacle à l'introduction ou à la poursuite entre les parties d'une action en justice ayant le même objet ». Il résulte de ces dispositions que l'administration peut, afin de prévenir ou d'éteindre un litige, légalement conclure avec un particulier un protocole transactionnel, sous réserve de la licéité de l'objet de ce dernier, de l'existence de concessions réciproques et équilibrées entre les parties et du respect de l'ordre public.

7. D’autre part, un protocole transactionnel conclu par l’administration afin de prévenir ou d’éteindre un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative constitue un contrat administratif. Or les parties à un contrat administratif peuvent saisir le juge d'un recours de plein contentieux contestant la validité du contrat qui les lie et sont recevables à lui demander de constater la nullité de tout ou partie de ses stipulations. Il appartient alors au juge, lorsqu'il constate l'existence d'irrégularités, d'en apprécier l'importance et les conséquences, après avoir vérifié que les irrégularités dont se prévalent les parties sont de celles qu'elles peuvent, eu égard à l'exigence de loyauté des relations contractuelles, invoquer devant lui. Il lui revient, après avoir pris en considération la nature de l'illégalité commise et en tenant compte de l'objectif de stabilité des relations contractuelles, soit de décider que la poursuite de l'exécution du contrat est possible, éventuellement sous réserve de mesures de régularisation prises par la personne publique ou convenues entre les parties, soit de prononcer, le cas échéant avec un effet différé, après avoir vérifié que sa décision ne portera pas une atteinte excessive à l'intérêt général, la résiliation du contrat ou, en raison seulement d'une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d'office par lui, tenant au caractère illicite du contenu du contrat ou à un vice d'une particulière gravité relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, son annulation.
8. Enfin, dans le cas où l’irrégularité constatée n’affecte que des clauses divisibles du contrat, le juge, saisi d’un recours contestant la validité du contrat, peut prononcer, s’il y a lieu, la résiliation ou l’annulation de ces seules clauses. De même, le juge, saisi d’un litige relatif à l’exécution du contrat, peut, le cas échéant, régler le litige sur le terrain contractuel en écartant l'application de ces seules clauses.

9. Ainsi qu’il a été dit ci-dessus, le 18 décembre 2019, la commune de Saint-Benoît, aux droits de laquelle vient désormais la CIREST, et les sociétés Egis Eau et SOGEA Réunion ont conclu un protocole transactionnel tendant à mettre fin au litige les opposant relativement à l’exécution des marchés publics de maîtrise d’œuvre et de travaux conclus pour la construction de la station d’épuration sise sur la rive droite de la ravine Sèche composée d’une unité de traitement, d’une conduite de rejet et d’un émissaire en mer, chacun de ces éléments faisant l’objet d’un lot distinct. Par ce protocole transactionnel, les sociétés Egis Eau et SOGEA Réunion se sont notamment engagées à faire leur affaire des travaux de dépose de l’émissaire en mer existant et des études et travaux de réalisation d’un ouvrage de rejet à la côte sans traitement tertiaire tels que définis par l’annexe n°1 au protocole, tandis que la commune de Saint-Benoît consentait, une fois ces travaux réalisés, à payer la somme de 200 758,05 euros TTC au titre du solde du marché relatif au lot n° 3 « Émissaire en mer », à renoncer à toute pénalité de retard dans l’exécution de ces travaux de même qu’à l’application de la clause pénale prévue à l’article 4 du précédent protocole transactionnel conclu le 28 février 2013, à restituer la somme de 180 818 euros correspondant aux pénalités déjà versées et à se désister des actions afférentes aux instances n° 1700115 et n° 1400555 introduites devant le tribunal. En outre, tandis que l’article 4 de ce protocole conditionnait son entrée en vigueur à l’obtention de toutes les autorisations administratives nécessaires à la réalisation des travaux relatifs à l’émissaire subaquatique, son article 10 stipulait qu’en cas de nullité de ses clauses ou faute d’avoir levé la condition suspensive dans les douze mois suivants sa signature, sa validité ne s’en trouverait pas affectée et les parties se réuniraient en vue d’adopter une nouvelle rédaction ou accomplir toute démarche pour que la condition suspensive soit finalement levée.

10. En premier lieu, d’une part, aux termes de l’article 1130 du code civil : « L'erreur, le dol et la violence vicient le consentement lorsqu'ils sont de telle nature que, sans eux, l'une des parties n'aurait pas contracté ou aurait contracté à des conditions substantiellement différentes. Leur caractère déterminant s'apprécie eu égard aux personnes et aux circonstances dans lesquelles le consentement a été donné ». Aux termes de l’article 1131 du même code : « Les vices du consentement sont une cause de nullité relative du contrat ». Aux termes de l’article 1132 dudit code : « L'erreur de droit ou de fait, à moins qu'elle ne soit inexcusable, est une cause de nullité du contrat lorsqu'elle porte sur les qualités essentielles de la prestation due ou sur celles du cocontractant ». Aux termes de l’article 1137 de ce code : « Le dol est le fait pour un contractant d'obtenir le consentement de l'autre par des manœuvres ou des mensonges. Constitue également un dol la dissimulation intentionnelle par l'un des contractants d'une information dont il sait le caractère déterminant pour l'autre partie (…) ».

11. D’autre part, aux termes de l’article L. 181-14 du code de l’environnement : « Toute modification substantielle des activités, installations, ouvrages ou travaux qui relèvent de l'autorisation environnementale est soumise à la délivrance d'une nouvelle autorisation, qu'elle intervienne avant la réalisation du projet ou lors de sa mise en œuvre ou de son exploitation. En dehors des modifications substantielles, toute modification notable intervenant dans les mêmes circonstances est portée à la connaissance de l'autorité administrative compétente pour délivrer l'autorisation environnementale dans les conditions définies par le décret prévu à l'article L. 181-32. L'autorité administrative compétente peut imposer toute prescription complémentaire nécessaire au respect des dispositions des articles L. 181-3 et L. 181-4 à l'occasion de ces modifications, mais aussi à tout moment s'il apparaît que le respect de ces dispositions n'est pas assuré par l'exécution des prescriptions préalablement édictées ». Aux termes de l’article R. 181-46 du même code : « I. – Est regardée comme substantielle, au sens de l'article L. 181-14, la modification apportée à des activités, installations, ouvrages et travaux soumis à autorisation environnementale qui : / 1° En constitue une extension devant faire l'objet d'une nouvelle évaluation environnementale en application du II de l'article R. 122-2 ; / (…) II. – Toute autre modification notable apportée aux activités, installations, ouvrages et travaux autorisés, à leurs modalités d'exploitation ou de mise en œuvre ainsi qu'aux autres équipements, installations et activités mentionnés au dernier alinéa de l'article L. 181-1 inclus dans l'autorisation doit être portée à la connaissance du préfet, avant sa réalisation, par le bénéficiaire de l'autorisation avec tous les éléments d'appréciation. (…) ». Aux termes de l’article L. 122-1 dudit code : « (…) II.- Les projets qui, par leur nature, leur dimension ou leur localisation, sont susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement ou la santé humaine font l'objet d'une évaluation environnementale en fonction de critères et de seuils définis par voie réglementaire et, pour certains d'entre eux, après un examen au cas par cas. (…) Pour la fixation de ces critères et seuils et pour la détermination des projets relevant d'un examen au cas par cas, il est tenu compte des données mentionnées à l'annexe III de la directive 2011/92/UE modifiée du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 concernant l'évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l'environnement. Lorsque l'autorité chargée de l'examen au cas par cas décide de soumettre un projet à évaluation environnementale, la décision précise les objectifs spécifiques poursuivis par la réalisation de l'évaluation environnementale du projet. (…) ». Aux termes de l’article R. 122-2 de ce code : « I. – Les projets relevant d'une ou plusieurs rubriques énumérées dans le tableau annexé au présent article font l'objet d'une évaluation environnementale, de façon systématique ou après un examen au cas par cas, en application du II de l'article L. 122-1, en fonction des critères et des seuils précisés dans ce tableau. / (…) II. – Les modifications ou extensions de projets déjà autorisés, qui font entrer ces derniers, dans leur totalité, dans les seuils éventuels fixés dans le tableau annexé ou qui atteignent en elles-mêmes ces seuils font l'objet d'une évaluation environnementale ou d'un examen au cas par cas. Les autres modifications ou extensions de projets soumis à évaluation environnementale systématique ou relevant d'un examen au cas par cas, qui peuvent avoir des incidences négatives notables sur l'environnement sont soumises à examen au cas par cas. Sauf dispositions contraires, les travaux d'entretien, de maintenance et de grosses réparations, quels que soient les projets auxquels ils se rapportent, ne sont pas soumis à évaluation environnementale ». En vertu du point 19 de l’annexe à l’article R. 122-2, sont soumis à examen au cas par cas les projets impliquant un rejet en mer dont le débit est supérieur ou égal à 30 m3 par heure.

12. Il résulte de l’instruction que, par un porté à connaissance en date du 3 juin 2019, la commune de Saint-Benoît a transmis à la direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DEAL) de La Réunion ainsi qu’à l’autorité environnementale, le dossier élaboré par la société Egis Eau comportant le descriptif des travaux à réaliser sur l’émissaire en mer impliquant la modification du rejet des eaux traitées. Il résulte également de l’instruction que, si les services de l’Etat n’ont apporté aucune réponse à ce porté à connaissance avant la signature du protocole transactionnel, le président de la mission régionale d’autorité environnementale a, par un courrier du 1er juillet 2019, fait savoir à la commune de Saint-Benoît que les travaux envisagés étaient, pour partie, « de nature à modifier de manière substantielle l’impact de l’aménagement sur l’environnement notamment à travers la modification du point de rejet en mer », que cela induisait la soumission du projet à la procédure d’examen au cas par cas et, par conséquent, à l’éventualité d’une nouvelle évaluation environnementale. Par suite, et alors d’ailleurs qu’elle ne pouvait légitimement ignorer les obligations découlant des textes susmentionnés, la commune de Saint-Benoît ne peut sérieusement soutenir que le protocole transactionnel conclu le 18 décembre 2019 serait entaché de nullité du fait de l’erreur ou du dol résultant de ce qu’elle n’a pas été informée, par les sociétés Egis Eau et SOGEA Réunion, de la soumission éventuelle desdits travaux à la réalisation d’une nouvelle évaluation environnementale.

13. En deuxième lieu, pour déterminer si une transaction constitue une libéralité consentie de façon illicite par une collectivité publique, les concessions réciproques consenties par les parties dans le cadre de cette transaction doivent être appréciées de manière globale, et non en recherchant si, pour chaque chef de préjudice pris isolément, les indemnités négociées ne sont pas manifestement disproportionnées.

14. En l’espèce, il résulte de l’instruction qu’en contrepartie de l’abandon des pénalités de retard pour un montant de 1 893 117 euros, de la restitution des pénalités déjà versées pour un montant de 180 818 euros, de la renonciation à l’application de la clause pénale prévue par l’article 4 du précédent protocole transactionnel conclu le 28 février 2013 mettant à la charge de la partie défaillante la somme de 230 000 euros, du règlement de la somme de 200 758, 05 euros TTC au titre du solde du marché relatif au lot n° 3 « Émissaire en mer », de la prise en charge des frais d’expertise pour un montant de 30 000 euros et de son désistement dans les instances n° 1700115 et 1400555, la commune de Saint-Benoît a obtenu, à la faveur du protocole transactionnel, outre la remise en état de la station d’épuration, l’engagement des sociétés Egis Eau et SOGEA Réunion à faire leurs affaires des travaux de dépose de l’émissaire existant et des études et travaux de réalisation d’un ouvrage de rejet à la côte sans traitement tertiaire et de garantir la bonne tenue de cet ouvrage contre tout désordre jusqu’au 30 octobre 2023. De surcroit, l’article 22 du protocole transactionnel stipule que si les autorisations administratives obtenues ou les avis obligatoires conduisent à la réalisation de compléments d’études et/ou de travaux dont les conséquences financières excèdent celles prévues lors de sa conclusion, les parties s’engagent à se réunir pour convenir d’une solution amiable. Or, il résulte de l’instruction et notamment du tableau de suivi annexé à l’accord de répartition conclu le 28 juin 2019 entre les sociétés Egis Eau et SOGEA Réunion que le coût estimatif des travaux de réparation de la station d’épuration et de l’émissaire en mer s’élèvent respectivement à hauteur de 1 264 000 euros et 1 226 000 euros selon actualisation à date, le tout portant le coût global de l’opération à 2 490 000 euros. Par suite, et alors surtout que la garantie contractuelle susmentionnée conférait à la commune de Saint-Benoît l’assurance d’un ouvrage de rejet à la côte fonctionnel et conforme à son état d’achèvement jusqu’à échéance de la période ainsi convenue, la CIREST n’est pas fondée à soutenir que les concessions consenties par la commune de Saint-Benoît dans le cadre du protocole transactionnel conclu le 18 décembre 2019 seraient manifestement disproportionnées au regard de ce qui a été concédé par les sociétés Egis Eau et SOGEA Réunion et, partant, que les concessions émanant de la collectivité publique seraient constitutives d’une libéralité consentie de façon illicite.

15. En troisième et dernier lieu, aux termes de l’article 1142 du code civil : « La violence est une cause de nullité qu'elle ait été exercée par une partie ou par un tiers ». Aux termes de l’article 1143 du même code : « Il y a également violence lorsqu'une partie, abusant de l'état de dépendance dans lequel se trouve son cocontractant à son égard, obtient de lui un engagement qu'il n'aurait pas souscrit en l'absence d'une telle contrainte et en tire un avantage manifestement excessi ».

16. En se bornant à alléguer que le contexte entourant la signature du 18 décembre 2019 a été marqué par des « pressions opérationnelles » et que la commune de Saint-Benoît s’est trouvée placée dans une situation de vulnérabilité technique, juridique et financière, la CIREST ne démontre pas que les sociétés Egis Eau et SOGEA Réunion auraient abusé de l’état de dépendance de la collectivité publique alors d’ailleurs qu’ainsi qu’il a été dit au point 14, l’engagement souscrit dans le cadre de ce protocole n’apparaît pas manifestement excessif au regard des concessions reçues.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la CIREST tendant au constat de la nullité du protocole transactionnel conclu le 18 décembre 2019 entre la commune de Saint-Benoît, d’une part, et les sociétés Egis Eau et SOGEA Réunion, d’autre part, doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne l’opposabilité du protocole transactionnel conclu le 18 décembre 2019 :

18. D’une part, aux termes de l’article 4 du protocole transactionnel conclu le 18 décembre 2019 : « Les parties conviennent que l’entrée en vigueur du présent protocole est conditionnée par l’obtention de toutes autorisations administratives nécessaires à la réalisation des travaux relatifs à l’émissaire subaquatique. Dès signature des présentes par l’ensemble des parties, celles-ci saisiront le tribunal administratif de Saint-Denis d’une demande de sursis à statuer sur les deux instances en cours dans l’attente de l’obtention des autorisations ». Aux termes de l’article 6 du même protocole : « La commune déposera une requête aux fins d’homologation du protocole transactionnel devant le tribunal administratif de La Réunion ». Aux termes de l’article 7 dudit protocole : « De façon générale, à compter de la signature du protocole transactionnel, les parties se reconnaissent quittes et libérées les unes envers les autres, tous comptes ou litiges se trouvant définitivement réglés et apurés entre elles et, sous réserve de sa bonne exécution, chacune des parties se déclare expressément, pour ce qui la concerne, remplie de l’intégralité de ses droits et renonce irrévocablement, par voie de conséquence, directement ou indirectement, pour quelque cause que ce soit, à toute demande, prétention, réclamation ou intérêts, principal ou reconventionnel, pour tout litige existant ou à naître et à poursuivre ou engager à ce titre toute action ou instance, de quelque nature que ce soit, résultant des rapports de droit ou de fait entre les parties, les sociétés de leur groupe, leurs dirigeants, employés ou assureurs au titre des marchés de travaux des lots n° 1 et n° 3 et du marché de maîtrise d’œuvre (…) ». Enfin, aux termes de l’article 10 de ce protocole : « Dans le cas où une clause du protocole transactionnel serait ou deviendrait nulle ou annulable ou que la condition suspensive ne serait pas levée dans les 12 mois à compter de la signature des présentes, cela ne remettra pas en cause la validité du protocole transactionnel et les parties s’obligent à se réunir afin d’adopter une nouvelle rédaction de ladite clause qui ne pourra être remise en cause ou de faire toutes nouvelles démarches pour que la condition suspensive soit levée ».

19. D’autre part, lorsque les conditions tenant à sa validité sont remplies, la transaction mettant fin au litige peut être opposée par l’une des parties, sous réserve toutefois que celle-ci en respecte les stipulations et se livre à son exécution.

20. Il résulte de l’instruction que, par une ordonnance du 26 septembre 2018, le président de la 2ème chambre du tribunal a ordonné une médiation sur le fondement des dispositions de l’article L. 213-7 du code de justice administrative. Cependant, si au terme de cette médiation, les parties ont conclu un protocole transactionnel le 18 décembre 2019, il ne résulte pas de l’instruction qu’elles auraient respectivement pourvu à son exécution ni levé la condition suspensive tenant à l’obtention des autorisations administratives nécessaires à la réalisation des travaux sur l’émissaire subaquatique, pas davantage qu’elles n’ont demandé au juge l’homologation du protocole afin de lui conférer force exécutoire. Par suite, et tandis qu’il résulte des termes dudit accord, dénués de toute ambiguïté sur ce point, que les parties n'ont entendu mettre fin aux litiges concernés, le cas échéant en se désistant de leurs recours, que si les conditions comprises dans cet accord étaient remplies, ledit protocole transactionnel, qui n’est pas entré en vigueur, n’est pas opposable ni ne peut être regardé comme faisant obstacle à ce qu’il soit statué sur les demandes présentées dans le cadre de la présente instance.

En ce qui concerne la responsabilité contractuelle des sociétés Egis Eau et SBTPC SOGEA Réunion :

S’agissant de l’absence de réception :

21. La réception est l’acte par lequel le maître de l’ouvrage déclare accepter l’ouvrage avec ou sans réserve. Elle met fin aux rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs en ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage. En l’espèce, il résulte de l’instruction que, contrairement à l’avis de la maîtrise d’œuvre, la commune de Saint-Benoît a refusé de prononcer la réception des travaux relatifs au lot n° 3 afférents à la construction de l’émissaire subaquatique. Il suit de là que la CIREST, venant au droit de la commune, est recevable à rechercher la responsabilité contractuelle des sociétés Egis Eau et SBTPC SOGEA Réunion du fait des fautes commises par le maître d’œuvre et l’entreprise dans la conception, la surveillance ou la réalisation de ces travaux.

S’agissant des fautes commises par la société Egis Eau dans le cadre du marché de maîtrise d’œuvre :

22. Aux termes de l’article 7 de la loi n° 85-704 du 12 juillet 1985 : « La mission de maîtrise d'œuvre que le maître de l'ouvrage peut confier à une personne de droit privé ou à un groupement de personnes de droit privé doit permettre d'apporter une réponse architecturale, technique et économique au programme mentionné à l'article 2. Pour la réalisation d'un ouvrage, la mission de maîtrise d'œuvre est distincte de celle d'entrepreneur. Le maître de l'ouvrage peut confier au maître d'œuvre tout ou partie des éléments de conception et d'assistance suivants : / 1° Les études d'esquisse ; / 2° Les études d'avant-projets ; / 3° Les études de projet ; / 4° L'assistance apportée au maître de l'ouvrage pour la passation du contrat de travaux ; / 5° Les études d'exécution ou l'examen de la conformité au projet et le visa de celles qui ont été faites par l'entrepreneur ; / 6° La direction de l'exécution du contrat de travaux ; / 7° L'ordonnancement, le pilotage et la coordination du chantier ; / 8° L'assistance apportée au maître de l'ouvrage lors des opérations de réception et pendant la période de garantie de parfait achèvement ». Aux termes de l’article I. 5. 2 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché de maîtrise d’œuvre dont s’agit : « Les prestations confiées au maître d’œuvre comprennent les éléments de mission précisés ci-dessous par référence aux textes règlementaires en vigueur : AVP, PRO, ACT, VISA, DET, OPC et AOR. La mission de maîtrise d’œuvre est définie en référence au décret n° 93-1268 du 29 novembre 1993 et l’annexe III de l’arrêté du 21 décembre 1993, domaine Infrastructure. (…) Le marché comprendra également les missions complémentaires suivantes : / mission 1 : assistance à la passation des contrats de reconnaissance topographique, bathymétriques, géotechniques et maritimes ; / mission 2 : réalisation de tous les dossiers de demande d’autorisation règlementaires nécessaires (…) / mission 3 : assistance durant la ou les enquêtes publiques des dossiers précités ; / mission 4 : dépôt de tout permis de construire et mission témoin de maîtrise d’œuvre de tous les bâtiments nécessaires au fonctionnement de la station d’épuration (…) ».

Quant aux manquements relatifs à la mission ACT :

23. Aux termes de l’article 21 du décret n° 93-1268 du 29 novembre 1993 relatif aux missions de maîtrise d’œuvre confiées par les maîtres d’ouvrage publics à des prestataires de droit privé : « Les études de projet ont pour objet : / a) De préciser la solution d'ensemble et les choix techniques, architecturaux et paysagers ; / b) De fixer les caractéristiques et dimensions des différents ouvrages de la solution d'ensemble, ainsi que leur implantation topographique ; / c) De préciser les tracés des alimentations et évacuations de tous les fluides ainsi que des réseaux souterrains existants ; / d) De préciser les dispositions générales et les spécifications techniques des équipements répondant aux besoins de l'exploitation ; / e) D'établir un coût prévisionnel des travaux décomposés en éléments techniquement homogènes ; / f) De permettre au maître de l'ouvrage d'arrêter le coût prévisionnel de la solution d'ensemble et, le cas échéant, de chaque tranche de réalisation, d'évaluer les coûts d'exploitation et de maintenance, de fixer l'échéancier d'exécution et d'arrêter, s'il y a lieu, le partage en lots ». Aux termes de l’article 22 du même décret : « L'assistance apportée au maître de l'ouvrage pour la passation du ou des contrats de travaux sur la base des études qu'il a approuvées, a pour objet : / a) De préparer la consultation des entreprises, en fonction du mode de passation et de dévolution des marchés ; / b) De préparer, s'il y a lieu, la sélection des candidats et d'examiner les candidatures obtenues ; / c) D'analyser les offres des entreprises et, s'il y a lieu, les variantes à ces offres ; / d) De préparer les mises au point permettant la passation du ou des contrats de travaux par le maître de l'ouvrage ». Aux termes de l’annexe III de l’arrêté du 21 décembre 1993 précisant les modalités techniques d’exécution des éléments de mission de maîtrise d’œuvre confiés par des maîtres d’ouvrage public à des prestataires de droit privé : « (…) 4. L'assistance apportée au maître de l'ouvrage pour la passation du ou des contrats de travaux, sur la base des études qu'il a approuvées, a pour objet de : préparer, s'il y a lieu, la sélection des candidats et analyser les candidatures obtenues ; préparer la consultation des entreprises de manière telle que celles-ci puissent présenter leurs offres en toute connaissance de cause, sur la base d'un dossier constitué des pièces administratives et techniques prévues au contrat ainsi que des pièces élaborées par la maîtrise d'œuvre correspondant à l'étape de la conception choisie par le maître de l'ouvrage pour cette consultation. Le dossier est différent selon que la dévolution est prévue par marchés séparés ou à des entreprises groupées ou à l'entreprise générale ; analyser les offres des entreprises et, s'il y a lieu, les variantes à ces offres, procéder à la vérification de la conformité des réponses aux documents de la consultation, analyser les méthodes ou solutions techniques en s'assurant qu'elles sont assorties de toutes les justifications et avis techniques, en vérifiant qu'elles ne comportent pas d'omissions, d'erreurs ou de contradictions normalement décelables par un homme de l'art et établir un rapport d'analyse comparative proposant les offres susceptibles d'être retenues, conformément aux critères de jugement des offres précisées dans le règlement de la consultation ; la partie financière de l'analyse comporte une comparaison des offres entre elles et avec le coût prévisionnel des travaux ; préparer les mises au point nécessaires pour permettre la passation du ou des contrats de travaux par le maître de l'ouvrage. (…) ».

24. L’expert désigné en référé a constaté un faible niveau de définition de l’ouvrage ainsi que des imprécisions dans le cahier des clauses techniques particulières (CCTP) relatif au marché de travaux afférent au lot n° 3 « émissaire en mer ». Il a notamment relevé une incohérence quant aux matériaux utilisés pour les « gabions matelas » tantôt décrits comme devant être constitués d’inox, tantôt comme devant être faits d’acier galvanisé plastifié. Enfin, il a observé une absence de traduction, dans les documents techniques du marché, de certaines attentes de la commune de Saint-Benoît telle la définition des tolérances de pose des matelas de type Reno pourtant nécessaire à la réalisation matérielle de l’ouvrage. Par suite, et alors que la société Egis Eau se borne à faire valoir que ces imprécisions auraient dû conduire la société SOGEA Réunion et le maître de l’ouvrage à solliciter un complément d’information, la CIREST est fondée à soutenir que le maître d’œuvre a manqué à ses obligations en ne préparant pas la consultation des entreprises de manière telle que celles-ci puissent présenter leurs offres en toute connaissance de cause et conformément aux choix formulés par la collectivité.

Quant aux manquements relatifs à la mission VISA :

25. Aux termes de l’article 24 du décret n° 93-1268 du 29 novembre 1993: « I. Les études d'exécution permettent la réalisation de l'ouvrage. Elles ont pour objet, pour l'ensemble de l'ouvrage ou pour les seuls lots concernés : / a) D'élaborer les schémas fonctionnels, les notes techniques et de calcul qui précèdent et commandent celles des plans d'exécution ; / b) D'établir tous les plans d'exécution, repérages et spécifications à l'usage du chantier ainsi que les plans de synthèse correspondants ; / c) D'établir, sur la base des plans d'exécution, un devis quantitatif détaillé par lots ; / d) D'établir le calendrier prévisionnel d'exécution des travaux par lots ; / e) D'effectuer la mise en cohérence technique des documents fournis par les entreprises lorsque les documents pour l'exécution des ouvrages sont établis partie par la maîtrise d'œuvre, partie par les entreprises titulaires de certains lots. / II. Lorsque les études d'exécution sont, partiellement ou intégralement, réalisées par les entreprises, le maître d'œuvre s'assure que les documents qu'elles ont établis respectent les dispositions du projet et, dans ce cas, leur délivre son visa ». Aux termes de l’annexe III de l’arrêté du 21 décembre 1993 : « 5. Les études d'exécution, pour l'ensemble des lots ou certains d'entre eux lorsque le contrat le précise, fondées sur le projet approuvé par le maître de l'ouvrage, permettent la réalisation de l'ouvrage ; elles ont pour objet pour l'ensemble de l'ouvrage ou pour les seuls lots concernés : l'établissement de tous les plans d'exécution et spécifications à l'usage du chantier en cohérence avec les plans de synthèse correspondants et définissant les travaux dans tous leurs détails, sans nécessiter pour l'entrepreneur d'études complémentaires autres que celles concernant les plans d'atelier et de chantier relatifs aux méthodes de réalisation, aux ouvrages provisoires et aux moyens de chantier ; la réalisation des études de synthèse ayant pour objet d'assurer pendant la phase d'études d'exécution la cohérence spatiale des éléments d'ouvrage de tous les corps d'état, dans le respect des dispositions architecturales, techniques, d'exploitation et de maintenance du projet et se traduisant par les plans de synthèse qui représentent, au niveau du détail d'exécution, sur un même support, l'implantation des éléments d'ouvrage, des équipements et des installations ; (…) / 5 bis. L'examen de la conformité au projet des études d'exécution et de synthèse faites par le ou les entrepreneurs ainsi que leur visa par le maître d'œuvre ont pour objet d'assurer au maître de l'ouvrage que les documents établis par l'entrepreneur respectent les dispositions du projet établi par le maître d'œuvre. Le cas échéant, le maître d'œuvre participe aux travaux de la cellule de synthèse ».

26. Dans son rapport, l’expert a relevé que le maître d’œuvre avait indistinctement visé, sans contrôle préalable, les études transmises par l’entrepreneur en phase exécution. Il a notamment souligné le caractère « incompréhensible » du visa apposé le 5 septembre 2013 sur la note de calcul réalisée par la société SOGEA, laquelle est fondée sur des « hypothèses grossièrement fausses ». Par conséquent, et dès lors la société Egis Eau se borne à faire valoir que la non-conformité de l’ouvrage finalement livré n’a pas entraîné sa ruine, la CIREST est fondée à soutenir que le maître d’œuvre a manqué à ses obligations impliquant un examen de la conformité des études d'exécution et des synthèses faites par l’entrepreneur.

Quant aux manquements relatifs à la mission DET :

27. Aux termes de l’article 9 du décret n° 93-1268 du 29 novembre 1993: « La direction de l'exécution du ou des contrats de travaux a pour objet : / a) De s'assurer que les documents d'exécution ainsi que les ouvrages en cours de réalisation respectent les dispositions des études effectuées ; / b) De s'assurer que les documents qui doivent être produits par l'entrepreneur, en application du contrat de travaux ainsi que l'exécution des travaux sont conformes audit contrat ; / c) De délivrer tous ordres de service, établir tous procès-verbaux nécessaires à l'exécution du contrat de travaux, procéder aux constats contradictoires et organiser et diriger les réunions de chantier ; / d) De vérifier les projets de décomptes mensuels ou les demandes d'avances présentés par l'entrepreneur, d'établir les états d'acomptes, de vérifier le projet de décompte final établi par l'entrepreneur, d'établir le décompte général ; / e) D'assister le maître de l'ouvrage en cas de différend sur le règlement ou l'exécution des travaux ». Aux termes du 6. de l’annexe III de l’arrêté du 21 décembre 1993: « (…) La direction de l'exécution du ou des contrats de travaux qui a pour objet de : s'assurer que les documents d'exécution ainsi que les ouvrages en cours de réalisation respectent les études effectuées ; s'assurer que les documents à produire par le ou les entrepreneurs, en application du ou des contrats de travaux, sont conformes auxdits contrats et ne comportent ni erreur, ni omission, ni contradiction décelables par un homme de l'art ; s'assurer que l'exécution des travaux est conforme aux prescriptions du ou des contrats de travaux, y compris, le cas échéant, en ce qui concerne l'application effective d'un schéma directeur de la qualité, s'il en a été établi un ; délivrer tous ordres de service et établir tous procès-verbaux nécessaires à l'exécution du ou des contrats de travaux ainsi que procéder aux constats contradictoires, organiser et diriger les réunions de chantier ; informer systématiquement le maître de l'ouvrage sur l'état d'avancement et de prévision des travaux et dépenses, avec indication des évolutions notables ; vérifier les projets de décomptes mensuels ou les demandes d'avances présentés par le ou les entrepreneurs, établir les états d'acomptes, vérifier le projet de décompte final établi par l'entrepreneur, établir le décompte général ; donner un avis au maître de l'ouvrage sur les réserves éventuellement formulées par l'entrepreneur en cours d'exécution des travaux et sur le décompte général, assister le maître de l'ouvrage en cas de litige sur l'exécution ou le règlement des travaux, ainsi qu'instruire les mémoires de réclamation de ou des entreprises. (…) ». Aux termes de l’article V-5 du CCTP du marché de travaux relatif au lot n° 3 « Émissaire en mer » : « L’entrepreneur devra réaliser au minimum : / - un film vidéo chaque mois en cours de travaux montrant l’avancement des travaux ; / un film vidéo complet sur l’ensemble de la conduite avec un fil d’ariane muni d’un repère tous les 10 mois. (…) ».

28. L’expert a retenu que les outils de contrôle de l’exécution des travaux n’ont pas été utilisés de manière efficiente par le maître d’œuvre et que ce dernier ne s’était pas enquis du déroulement du chantier notamment en ne sollicitant pas, de la société SOGEA Réunion, la production des films vidéo que cette dernière était pourtant tenue de réaliser mensuellement s’agissant de l’avancement des travaux et tous les 10 mois s’agissant de l’ensemble des éléments de l’ouvrage. Ainsi, dans la mesure où il lui incombait de s’assurer du respect de cette obligation par l’entrepreneur, la CIREST est fondée à soutenir que le maître d’œuvre a manqué à ses obligations en ne s’assurant pas que les travaux exécutés étaient conformes aux prescriptions du marché.

Quant aux manquements relatifs à la mission AOR :

29. Aux termes de l’article 11 du décret n° 93-1268 du 29 novembre 1993: « L'assistance apportée au maître de l'ouvrage lors des opérations de réception et pendant la période de garantie de parfait achèvement a pour objet : / a) D'organiser les opérations préalables à la réception des travaux ; / b) D'assurer le suivi des réserves formulées lors de la réception des travaux jusqu'à leur levée ; / c) De procéder à l'examen des désordres signalés par le maître de l'ouvrage ; / d) De constituer le dossier des ouvrages exécutés nécessaires à leur exploitation ». Aux termes du 8. de l’annexe III de l’arrêté du 21 décembre 1993: « L'assistance apportée au maître de l'ouvrage lors des opérations de réception ainsi que pendant la période de garantie de parfait achèvement a pour objet : d'organiser les opérations préalables à la réception des travaux ; d'assurer le suivi des réserves formulées lors de la réception des travaux jusqu'à leur levée ; de procéder à l'examen des désordres signalés par le maître de l'ouvrage ; de constituer le dossier des ouvrages exécutés nécessaires à l'exploitation de l'ouvrage, à partir des plans conformes à l'exécution remis par l'entrepreneur, des plans de récollement ainsi que des notices de fonctionnement et des prescriptions de maintenance des fournisseurs d'éléments d'équipements mis en œuvre ».

30. Ainsi que l’a relevé l’expert, dont l’avis était attendu par le tribunal sur ce point, le maître d’œuvre a proposé au maître de l’ouvrage le prononcé d’une réception au 20 septembre 2013 tandis que l’émissaire en mer était manifestement affecté de malfaçons présentant un caractère significatif de nature à y faire obstacle. Par conséquent, la CIREST est fondée à soutenir que le maître d’œuvre a méconnu ses obligations en s’abstenant d’appeler l’attention de la commune de Saint-Benoît sur les désordres affectant l’ouvrage et dont il pouvait avoir connaissance de sorte qu’elle soit mise à même de refuser la réception. En outre, la circonstance que le maître de l’ouvrage s’est finalement opposé lui-même à la réception des travaux n’est pas de nature à retirer son caractère fautif à la carence du maître d’œuvre dans l’exercice de sa mission d’assistance lors des opérations préalables à la réception, mais conduit seulement à priver ce manquement de toute conséquence de droit.

S’agissant des fautes commises par la société SOGEA Réunion dans l’exécution des travaux :

31. La responsabilité contractuelle de l’entrepreneur peut être engagée pour un défaut d’exécution de l’ouvrage, mais également pour n’avoir pas alerté le maître d’ouvrage ou le maître d’œuvre sur un défaut ou une insuffisance de conception au regard des règles de l’art applicables aux travaux qu’il avait à exécuter.

Quant au défaut de conformité de l’ouvrage livré aux stipulations du marché :

32. Aux termes du I du protocole transactionnel conclu le 28 février 2013 entre la commune de Saint-Benoît et la société SOGEA Réunion : « la réalisation des travaux objet du présent marché (lot n° 3 « émissaire en mer ») s’est heurtée à une impossibilité technique. Cette impossibilité technique de réaliser les travaux conformément aux conditions du marché a pour origine l’existence d’une zone rocheuse non révélée aux entreprises. (…) La présente transaction a pour objet de régler les conséquences provoquées par cette circonstance sur le contrat conclu entre la commune de Saint-Benoît et la SOGEA (…) » Aux termes du III du même protocole : « Les parties conviennent que le marché, en raison de la découverte de ce massif basaltique rocheux, ne pouvait plus être exécuté en l’état des documents contractuels. Les parties admettent qu’une modification importante du tracé des travaux a impacté de façon significative le marché passé entre la commune et la société SOGEA. Dans la présente transaction, les parties conviennent de reconnaître que la SOGEA a continué à exécuter les travaux malgré les circonstances ci-dessus décrites et l’augmentation de ses charges consécutives à ces circonstances. Les parties conviennent que la solution technique finalement retenue par la SOGEA pour mener à bien sa mission a généré pour elle un supplément de charges (…) [et] implique nécessairement un dépassement des délais contractuellement prévus ». Aux termes de l’article 3 dudit protocole : « (…) les parties à la présente transaction conviennent de modifier leur contrat initial sur les deux points suivants : / 1°) le délai d’achèvement des travaux est allongé de 17 mois (…) / 2°) le surcoût des travaux est évalué à la somme de (…) 550 628 euros ».

33. D’une part, il résulte de l’instruction qu’en signant le protocole transactionnel conclu le 28 février 2013, la commune de Saint-Benoît a agréé la solution technique proposée par la société SOGEA Réunion en réaction aux difficultés inhérentes à la présence d’un massif basaltique dans la zone de 20 mètres de profondeur, constitutives d’obstacles dirimants à la réalisation d’un ouvrage conforme aux stipulations initiales du CCTP. Ce faisant, les parties ont ainsi convenu de réviser le programme des travaux en tenant compte des spécifications détaillées dans la note établie le 26 octobre 2011 intitulée « procédure d’exécution spécifique pour pose de l’émissaire dans la portion de - 4 mètres à - 18 mètres » et de modifier le marché sur ce point. Par suite, ledit protocole transactionnel doit être regardé comme tenant lieu d’avenant au contrat conclu le 19 juillet 2010 pour la réalisation du lot n° 3 « émissaire en mer », au sens et pour l’application des dispositions de l’article 20 du code des marchés publics alors en vigueur.

34. D’autre part, ainsi que l’a relevé l’expert, l’ouvrage réalisé par la société SOGEA Réunion, de qualité notablement inférieure, n’est pas celui défini par les termes du protocole transactionnel évoqué ci-dessus, s’agissant notamment de la carapace de protection de la conduite. Par conséquent, la CIREST est fondée à soutenir qu’elle a manqué aux obligations découlant pour elle des stipulations du marché ainsi modifié.

Quant au manquement au devoir de conseil et au défaut de réalisation des travaux :

35. Ainsi que l’a souligné l’expert, la définition des tolérances de pose des matelas successifs s’avérait nécessaire compte tenu de l’environnement du chantier et notamment des conditions de houle. La CIREST est donc fondée à soutenir que la société SOGEA Réunion a commis une faute en n’attirant pas son attention sur cette insuffisance de conception qui rendait impossible la réalisation des travaux conformément aux règles de l’art.

36. Par ailleurs, l’expert a constaté un espace latéral de 2,2 mètres entre certains matelas, ceci conduisant à ce que la conduite soit découverte sur une partie importante de sa surface alors pourtant que la solution technique retenue prévoyait une couverture continue. Il suit de là que la CIREST est également fondée à se prévaloir d’un défaut de réalisation, par l’entrepreneur, des prestations du marché sur ce point.

Quant à l’utilisation de matériaux inadaptés non conformes aux stipulations du marché :

37. Il ressort du rapport d’expertise que la société SOGEA Réunion a utilisé, en lieu et place des « tapis grillagés de type Reno avec couverture par dallette béton » prévus par la note technique annexée au protocole transactionnel du 28 février 2013, des cages à gabions dont les armatures métalliques qui, ne pouvant faire l’objet d’une protection par anode sacrificielle, sont exposées à court terme au phénomène de corrosion en milieu marin. Par suite, la CIREST est fondée à soutenir que, pour ce motif, la SOGEA Réunion a commis une faute dans la réalisation de l’ouvrage.

En ce qui concerne les préjudices indemnisables :

S’agissant des défauts et désordres affectant l’ouvrage :

38. Le montant du préjudice dont le maître d’ouvrage est fondé à demander la réparation aux constructeurs à raison des désordres affectant l’immeuble qu’ils ont réalisé correspond aux frais qu’il doit engager pour les travaux de réfection. Ainsi, l’évaluation des dommages subis par le maître de l'ouvrage est faite, dans un cas de mise en jeu de la responsabilité contractuelle, à une date où leur cause a pris fin et où leur étendue étant connue, il pouvait être procédé aux travaux destinés à les réparer.

39. D’une part, si la CIREST produit en dernier lieu un courrier du 2 décembre 2025 par lequel elle met en demeure la société SBTPC SOGEA Réunion de procéder à une inspection détaillée de l’émissaire subaquatique en raison d’une « suspicion de casse » révélée lors d’un survol du littoral par drone, les trois photographies annexées audit courrier n’attestent pas à elles-seules de la destruction de l’ouvrage. Par suite, et alors qu’il appartient en principe au demandeur qui engage une action en responsabilité d’apporter tous les éléments de nature à établir devant le juge la réalité du préjudice subi, la CIREST n’est pas fondée à demander la condamnation des sociétés Egis Eau et SBTPC SOGEA Réunion à lui verser in solidum le prétendu montant réel des dépenses engagées et à engager pour la réparation des dommages consécutifs à la casse de l’émissaire en mer.

40. D’autre part, il ressort du rapport d’expertise que, pour obtenir un ouvrage conforme aux stipulations du marché, les travaux à réaliser visent à retrouver un ouvrage ayant une géométrie aussi proche que possible de celle définie par le protocole transactionnel conclu le 28 février 2013, à remplacer les matériaux existants proches d’un état de ruine avant leur casse et à compléter et réparer les défauts de mise en œuvre. Pour ce faire, l’expert préconise l’ajout de part et d’autre de la structure de bandes de matelas de type Reno de deux mètres de large et le remplacement des gabions utilisés en couverture du pipe par la solution qui avait été définie dans le cadre du protocole. Il suit de là que les travaux de reprise ainsi envisagés n’apportent à l’ouvrage aucune plus-value dont il conviendrait de tenir compte pour l’évaluation du préjudice subi par la CIREST.

41. Enfin, pour proposer une estimation du coût des travaux à réaliser, l’expert s’est fondé sur l’évaluation des prix unitaires annexés au protocole transactionnel conclu le 28 février 2013, réévalués selon l’index TPR1 en vigueur depuis la signature de ce protocole pour retenir un coût global de l’opération fixé à 1 341 163 euros TTC, montant qui n’est pas sérieusement contesté par les sociétés Egis Eau et SBTPC SOGEA Réunion. Par suite, il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi par la commune de Saint-Benoît, aux droits de laquelle vient désormais la CIREST, en se rapportant à ce montant. En revanche, il n’y a pas lieu d’actualiser le montant de l’indemnisation en fonction de l’évolution de l’index TPR1 depuis le mois de septembre 2015, faute pour la requérante d’établir l’impossibilité financière ou technique de faire procéder aux travaux de reprise à la date du dépôt du rapport d’expertise.

S’agissant des frais d’expertise :

42. Si la CIREST demande la condamnation des sociétés Egis Eau et SBTPC SOGEA Réunion à réparer le préjudice financier résultant pour le maître de l’ouvrage de la charge provisoire des frais supportés au titre des honoraires de l’expertise qui avait été ordonnée le 8 octobre 2014, cette charge, qui ne constitue pas un préjudice autonome, doit être traitée au titre des dépens de l’instance.

S’agissant des frais liés à l’inspection de l’ouvrage :

43. Dès lors que le rapport remis par la société Seanergy relatif à l’inspection de l’émissaire en mer réalisée le 2 décembre 2013 à l’initiative de la commune de Saint-Benoît a été utile au tribunal, la CIREST est fondée à demander la réparation du préjudice financier résultant pour la collectivité du coût de cette prestation, dont il sera fait une exacte appréciation en retenant la somme de 9 517,62 euros.

S’agissant de l’indemnisation due au titre du protocole transactionnel conclu le 28 février 2013 :

44. Aux termes de l’article 2047 du code civil dans sa version alors vigueur : « On peut ajouter à une transaction la stipulation d'une peine contre celui qui manquera de l'exécuter ». Aux termes de l’article 4 du protocole transactionnel conclu le 28 février 2013 : « Conformément à l’article 2047 du code civil, les parties conviennent que si l’une d’entre elles manque d’exécuter la présente transaction, elle paiera à l’autre, à titre de dommages-intérêts, la somme forfaitaire de 230 000 euros ». Les tiers à un contrat administratif ne peuvent en principe se prévaloir des stipulations de ce contrat, à l'exception de ses clauses réglementaires.

45. La société Egis Eau, qui n’était pas partie au protocole transactionnel conclu le 28 février 2013 entre la commune de Saint-Benoît et la société SOGEA Réunion, ne peut utilement se prévaloir de ses stipulations, et notamment de l’article 4 précité, pour demander au tribunal de retrancher la somme de 230 000 euros à l’évaluation du préjudice total subi par la CIREST. Au demeurant, l’existence de cette clause, à l’application de laquelle les parties peuvent librement renoncer, n’a pas nécessairement pour effet de procurer à la collectivité concernée une réparation supérieure à la valeur totale du préjudice subi tandis qu’il n’est pas établi ni même allégué que cette somme aurait déjà fait l’objet d’un versement au profit de ladite collectivité. Par suite, la société Egis Eau n’est pas fondée à demander à ce que celle-ci vienne en déduction des condamnations prononcées.

En ce qui concerne les causes exonératoires :

S’agissant des fautes exonératoires imputées par la société Egis Eau à la société SOGEA Réunion :

46. Le fait d’un tiers ne constituant pas une cause exonératoire de la responsabilité contractuelle du maître d’œuvre à l’égard du maître de l’ouvrage, la société Egis Eau ne peut utilement se prévaloir, à ce titre, des fautes commises par la société SOGEA Réunion dans l’exécution des travaux réalisés sur l’émissaire en mer.

S’agissant des fautes exonératoires imputées par la société Egis Eau au maître de l’ouvrage :

47. En premier lieu, aux termes de l’article 9 de la loi n° 85-704 du 12 juillet 1985 relative à la maîtrise d’ouvrage publique et à ses rapports avec la maîtrise d’œuvre privée : « La mission de maîtrise d'œuvre donne lieu à une rémunération forfaitaire fixée contractuellement. Le montant de cette rémunération tient compte de l'étendue de la mission, de son degré de complexité et du coût prévisionnel des travaux ». Aux termes de l’article 29 du décret n° 93-1268 du 29 novembre 1993 relatif aux missions de maîtrise d’œuvre confiées par des maîtres d’ouvrages publics à des prestataires de droit privé : « Le contrat fixe la rémunération forfaitaire du maître d'œuvre. Cette rémunération décomposée par éléments de mission tient compte : / a) De l'étendue de la mission, appréciée notamment au regard du nombre et du volume des prestations demandées, de l'ampleur des moyens à mettre en œuvre, du mode de dévolution des travaux, des délais impartis et, le cas échéant, du ou des engagements souscrits par le maître d'œuvre de respecter le coût prévisionnel des travaux ; / b) Du degré de complexité de cette mission, apprécié notamment au regard du type et de la technicité de l'ouvrage, de son insertion dans l'environnement, des exigences et contraintes du programme ; / c) Du coût prévisionnel des travaux basé soit sur l'estimation prévisionnelle provisoire des travaux établie par le maître d'œuvre lors des études d'avant-projet sommaire, soit sur l'estimation prévisionnelle définitive des travaux établie lors des études d'avant-projet définitif. Dans le cas où le coût prévisionnel des travaux n'est pas encore connu au moment de la passation du contrat avec le maître d'œuvre, le montant provisoire de la rémunération de ce dernier est basé sur la partie affectée aux travaux de l'enveloppe financière prévisionnelle fixée par le maître de l'ouvrage ». Aux termes de l’article 30 du même décret : « Le contrat de maîtrise d'œuvre précise, d'une part, les modalités selon lesquelles est arrêté le coût prévisionnel assorti d'un seuil de tolérance, sur lesquels s'engage le maître d'œuvre, et, d'autre part, les conséquences, pour celui-ci, des engagements souscrits. / I. Lorsque la mission confiée au maître d'œuvre comporte l'assistance au maître de l'ouvrage pour la passation du ou des contrats de travaux, le contrat prévoit l'engagement du maître d'œuvre de respecter le coût prévisionnel des travaux arrêté au plus tard avant le lancement de la procédure de passation du ou des contrats de travaux. Le respect de cet engagement est contrôlé à l'issue de la consultation des entreprises de travaux. En cas de dépassement du seuil de tolérance, le maître de l'ouvrage peut demander au maître d'œuvre d'adapter ses études, sans rémunération supplémentaire. / II. Lorsque la mission confiée au maître d'œuvre comporte en outre la direction de l'exécution du contrat de travaux et l'assistance au maître de l'ouvrage lors des opérations de réception, le contrat prévoit également un engagement du maître d'œuvre de respecter le coût, assorti d'un nouveau seuil de tolérance, qui résulte des contrats de travaux passés par le maître de l'ouvrage. Le respect de cet engagement est contrôlé après exécution complète des travaux nécessaires à la réalisation de l'ouvrage en tenant compte du coût total définitif des travaux résultant des décomptes finaux et factures des entreprises. Pour contrôler le respect de l'engagement, le contrat de maîtrise d'œuvre prévoit les modalités de prise en compte des variations des conditions économiques. En cas de dépassement excédant le seuil de tolérance fixé par le contrat de maîtrise d'œuvre, la rémunération du maître d'œuvre est réduite. Le contrat de maîtrise d'œuvre détermine les modalités de calcul de cette réduction qui ne peut excéder 15 p. 100 de la rémunération du maître d'œuvre correspondant aux éléments de missions postérieurs à l'attribution des contrats de travaux. / III. En cas de modification de programme ou de prestations décidées par le maître de l'ouvrage, le contrat de maîtrise d'œuvre fait l'objet d'un avenant qui arrête le programme modifié et le coût prévisionnel des travaux concernés par cette modification, et adapte en conséquence la rémunération du maître d'œuvre et les modalités de son engagement sur le coût prévisionnel. Le contrat de maîtrise d'œuvre peut, en outre, prévoir d'autres clauses d'incitation à de meilleurs résultats quantitatifs ou qualitatifs. Le contrat de maîtrise d'œuvre peut ne pas prévoir les engagements mentionnés aux I et II ci-dessus, s'il est établi que certaines des données techniques nécessaires à la souscription de tels engagements ne pourront être connues au moment où ces engagements devraient être pris ». Aux termes de l’article 3 de l’acte d’engagement relatif au marché de maîtrise d’œuvre conclu le 30 septembre 2005 : « Conditions générales de l’offre de prix : a- est réputée établie sur la base des conditions économiques en vigueur au mois m0 fixé en page 1 du présent acte ; b- résulte de l’appréciation de la complexité de l’opération ; c- comprend les éléments de mission de maîtrise d’œuvre définis à l’article 1.5.2 du CCAP (…) Le montant prévisionnel provisoire C0 affectée aux travaux est 8 435 000 hors taxes. Pendant le déroulement des études, le maître d’œuvre s’engage à respecter l’enveloppe prévisionnelle affectée aux travaux. Le montant du forfait de la rémunération est calculé sur la base suivante : Coefficient de complexité : 0,574 ; taux de référence : 8,25% ; taux de rémunération : 4, 73 % ; enveloppe prévisionnelles affectée aux travaux : 8 435 000 euros H.TVA ; forfait de rémunération : 399 0000 euros H.TVA (…) ».

48. Si l’expert relève que la rémunération du marché de maîtrise d’œuvre, établie à hauteur de 4,73% de la valeur des marchés de travaux, s’avère moins importante que les préconisations formulées par le « guide à l’intention des maîtres d’ouvrage publics pour la négociation des rémunérations de maîtrise d’œuvre », notamment en ce qu’elle fixe un taux de complexité de 0,574 plus faible que les coefficients de 1,10 et 1,45 habituellement appliqués aux ouvrages de cette nature, ce référentiel ne dispose d’aucun caractère règlementaire et est dépourvu de toute portée contraignante. Il suit de là que l’application, par le maître de l’ouvrage, des stipulations précitées du marché de maîtrise d’œuvre, auxquelles la société Egis Eau a d’ailleurs librement consenti, ne saurait par elle-même être constitutive d’une faute de nature à l’exonérer de sa responsabilité. En outre, il ne résulte pas davantage de ces circonstances que la commune de Saint-Benoît aurait commis une faute résultant d’une définition insuffisante de son besoin.

49. En deuxième lieu, il résulte de l’instruction que la société Egis Eau, qui prétend ne pas avoir été associée à la négociation du protocole transactionnel conclu le 28 février 2013, a produit, le 27 juillet 2012, une note intitulée « avis et propositions du maître d’œuvre sur le bilan des incidences financières présentée par le groupement d’entreprise SOGEA Réunion/CTSI » comportant une analyse de la solution proposée par l’entrepreneur en réaction aux difficultés techniques liées à la présence d’un massif basaltique dans la zone de 20 mètres de profondeur. De surcroit, tandis que la société Egis Eau était chargée de la mission DET impliquant qu’elle s’assure de l’exécution conforme des travaux au regard des stipulations du marché, il ne résulte pas de l’instruction qu’elle aurait averti la commune de Saint-Benoît de ce que les travaux effectivement réalisés par la société SOGEA ne correspondaient pas à ceux ainsi convenus alors surtout qu’elle a apposé, le 5 septembre 2013, son visa sur la note technique produite par cette dernière pour justifier a posteriori du non-respect des prescriptions techniques relatives aux différents moyens de protection et de maintien de la conduite. En outre, ainsi que l’a relevé l’expert dans son rapport, la nature de l’ouvrage et notamment son caractère subaquatique rendait difficile le suivi du chantier par la collectivité qui ne dispose pas en propre des moyens lui permettant d’exercer son contrôle autrement que sur la base des documents transmis par l’entrepreneur. Enfin, et ce malgré les sollicitations réitérées du maître d’œuvre en ce sens, la commune de Saint-Benoît a expressément refusé de réceptionner les travaux et a, de sa propre initiative, confié à une société tierce le soin de réaliser une inspection de l’ouvrage le 2 décembre 2013, laquelle a mis au jour les nombreuses malfaçons dont il était affecté et qui, en raison de leur nature, faisaient obstacle au prononcé de la réception définitive. Par conséquent, la société Egis Eau n’est pas fondée à soutenir que le maître de l’ouvrage aurait commis des fautes dans le suivi des opérations de travaux, manqué à son devoir de vigilance lors de la réception du chantier, pas davantage qu’elle ne l’est à soutenir que le maître de l’ouvrage aurait dû agir pour qu’elle soit associée à la négociation du protocole transactionnel conclu le 28 février 2013 et puisse donner son avis sur le choix de la méthodologie des travaux.

50. En troisième et dernier lieu, ainsi qu’il a été dit au point 33, en tant qu’il modifie le programme des travaux en tenant compte des spécifications détaillées dans la note établie le 26 octobre 2011 intitulée « procédure d’exécution spécifique pour pose de l’émissaire dans la portion de - 4 mètres à - 18 mètres », le protocole transactionnel conclu le 28 février 2013 doit être regardé comme tenant lieu d’avenant au contrat conclu le 19 juillet 2010 pour la réalisation du lot n° 3 « émissaire en mer » au sens et pour l’application des dispositions de l’article 20 du code des marchés publics alors en vigueur. Par suite, la société Egis Eau n’est pas fondée à soutenir que le maître de l’ouvrage aurait commis une faute de nature à l’exonérer de sa responsabilité en ne formalisant pas cette modification par un avenant.

En ce qui concerne la condamnation in solidum :

51. En dehors des cas où la solidarité des débiteurs de l’obligation découle d’un contrat qui la prévoit expressément ou de la loi, les coauteurs d’un même dommage doivent, dès lors que la victime le demande au juge, être condamnés in solidum à la réparation de l’entier dommage, sans qu’il y ait lieu de tenir compte du partage de responsabilités entre ces coauteurs, lequel affecte les rapports réciproques de ces derniers mais non le caractère et l’étendue de leur obligation à l’égard de la victime du dommage.

52. A l’exception de la carence dans l’exercice des missions d’assistance lors des opérations préalables à la réception des travaux qui n’a pu donner lieu à aucun préjudice du fait du refus express opposé par la commune de Saint-Benoît le 16 octobre 2013 à la proposition formulée par le maître d’œuvre, les fautes respectivement commises par les sociétés Egis Eau et SOGEA Réunion ont concouru à la réalisation des mêmes dommages et sont donc de nature à entraîner leur condamnation in solidum telle qu’expressément demandée par la CIREST. Il suit de là que les conclusions de la société Egis Eau tendant à ce que sa responsabilité à l’égard de la collectivité requérante ne soit engagée que de manière conjointe à celle de la société SOGEA Réunion et selon un partage de responsabilité lui imputant 20% du montant total des condamnations prononcées ne peuvent qu’être rejetées.

53. Il résulte de ce qui précède que la CIREST est fondée à demander la condamnation in solidum des sociétés SOGEA Réunion et Egis Eau à lui verser, au titre de la réparation due pour les préjudices indemnisables énoncés ci-dessus aux points 41 et 43, la somme globale de 1 350 680,62 euros.

Sur les appels en garantie :

En ce qui concerne les conclusions tendant à l’application de l’accord de répartition financière conclu entre les sociétés SOGEA Réunion et Egis Eau :

54. D’une part, lorsque le juge administratif est saisi d'un litige né de l'exécution d'un marché de travaux publics opposant le maître d'ouvrage à des constructeurs qui ont constitué un groupement pour exécuter le marché, il est compétent pour connaître des actions en garantie engagées par les constructeurs les uns envers les autres si le marché indique la répartition des prestations entre les membres du groupement. Si tel n'est pas le cas, le juge administratif est également compétent pour connaître des actions en garantie entre les constructeurs, quand bien même la répartition des prestations résulterait d'un contrat de droit privé conclu entre eux, hormis le cas où la validité ou l'interprétation de ce contrat soulèverait une difficulté sérieuse.

55. D’autre part, les contrats conclus entre personnes privées sont en principe des contrats de droit privé, hormis le cas où l’une des parties agit pour le compte d’une personne publique ou celui dans lequel ils constituent l’accessoire d’un contrat de droit public.

56. A titre très subsidiaire, si elle venait à être condamnée in solidum à réparer le dommage subi par la CIREST, la société SOGEA Réunion demande à ce que la société Egis Eau soit condamnée à la garantir des condamnations prononcées à son encontre à hauteur de la quote-part stipulée dans l’accord de répartition financière conclu entre elles le 28 juin 2019. Aux termes de cet accord, ces sociétés ont convenu de se répartir, selon un système de cotation, la charge des coûts liés aux réparations de l’émissaire en mer prévues par l’annexe du protocole transactionnel conclu avec la commune de Saint-Benoît. Il suit de là que cet « accord de répartition financière », qui est conclu entre deux cocontractants privés agissant en leur nom et pour leur propre compte, a pour objet de faire naître des obligations indépendantes de celles résultant du protocole transactionnel conclu avec ladite commune dont il ne constitue donc pas l’accessoire. Par conséquent, et dès lors que ce contrat ne saurait s’analyser comme visant à répartir les prestations entre différents intervenants à une même opération de travaux publics, les conclusions présentées par la société SOGEA Réunion tendant à son application doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

En ce qui concerne les fautes respectives des co-obligés :

57. Le recours entre constructeurs, non contractuellement liés, ne peut avoir qu’un fondement quasi-délictuel et, coauteurs d’un même dommage, ces constructeurs ne sont tenus entre eux que pour la part déterminée à proportion du degré de gravité des fautes respectives qu’ils ont personnellement commises. A ce titre, ils peuvent se prévaloir de fautes qui ont contribué à l'inexécution de leurs obligations contractuelles à l'égard du maître d'ouvrage, sans devoir se limiter à cet égard à la violation des règles de l'art ou à la méconnaissance de dispositions législatives ou réglementaires en invoquant notamment des manquements aux stipulations des contrats qu'ils ont conclus avec le maître d'ouvrage.

58. En premier lieu, ainsi qu’il a été dit aux points 33 à 37 du présent jugement, il résulte de l’instruction et notamment du rapport d’expertise que plusieurs manquements imputables à la société SOGEA Réunion ont été commis, résultant de la non-conformité de l’ouvrage livré aux stipulations du marché, de fautes commises dans la réalisation des travaux, du manquement à son devoir de conseil auprès du maître de l’ouvrage quant aux insuffisances affectant sa conception et de l’utilisation de matériaux différents de ceux prévus par les documents techniques qui se sont avérés inadaptés au milieu marin. Ces fautes, dont se prévaut la société Egis Eau au soutien de son appel en garantie, traduisent une exécution du contrat pouvant être regardée comme « extrêmement éloignée » des standards de qualité et des exigences fixés par les marchés publics de cette nature. Enfin, il est établi, au vu du rapport d’expertise, que l’entreprise a joué un rôle moteur dans l’opération en proposant des solutions techniques alternatives destinées à pallier les difficultés survenues au cours du chantier qu’elle n’est finalement pas parvenue à mettre en œuvre malgré la signature du protocole transactionnel conclu le 28 février 2013 avec la commune de Saint-Benoît.

59. En second lieu, tel qu’exposé aux points 22 à 30, la société Egis Eau a manqué aux obligations découlant pour elle notamment des missions ACT, VISA et DET qui lui étaient dévolues. Ces fautes, dont se prévaut la société SBTPC SOGEA Réunion au soutien de son appel en garantie, révèlent que le maître d’œuvre a réalisé sa mission « de façon très incomplète », comme l’a indiqué l’expert, notamment en ce qui concerne la direction des travaux dès lors que le maître d’œuvre a négligé d’exercer les différents contrôles qui lui incombaient. Enfin, si la société Egis Eau fait valoir que les désordres résultent, à titre principal, des fautes commises par l’entrepreneur dans la réalisation des travaux et non des négligences qui lui sont reprochées dans la surveillance du chantier, eu égard à la portée de son intervention et compte tenu des obligations incombant aux autres constructeurs, ces négligences sont de nature, en l’espèce, à engager sa responsabilité sans qu’il y ait lieu de rechercher l'existence d'une faute caractérisée d'une gravité suffisante.

60. Il résulte de ce qui précède que, compte tenu de la gravité de leurs fautes respectives, la société SBTPC SOGEA Réunion doit être condamnée à garantir la société Egis Eau à hauteur de 60% des condamnations prononcées à son encontre, tandis que la société Egis Eau devra garantir la société SBTPC SOGEA à hauteur de 40% de celles prononcées contre elle.

Sur les conclusions à fin d’injonction présentées par la société SBTPC SOGEA Réunion :

61. Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. »

62. En dehors des cas expressément prévus par des dispositions législatives particulières du code de justice administrative, il n’appartient pas au juge administratif d’adresser des injonctions à l’administration. De surcroit, le juge du contrat, saisi par une partie d’un litige relatif à une mesure d’exécution d’un contrat, peut seulement, en principe, rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité.

63. Il résulte des principes énoncés au point précédent que les conclusions présentées à titre infiniment subsidiaire par la société SOGEA Réunion tendant à ce qu’il soit enjoint sous astreinte à la CIREST de lui communiquer les données d’entrée listées dans le projet d’avenant et de se réunir conformément aux stipulations de l’article 4 du protocole transactionnel conclu le 18 décembre 2019, lequel n’a d’ailleurs pas fait l’objet d’une demande d’homologation, ne peuvent qu’être rejetées.

Sur les dépens de l’instance :

64. Aux termes de l’article R. 761-1 du code de justice administrative : « Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ».

65. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu, en application de l’article R. 761-1 du code de justice administrative, de mettre les frais et honoraires de l’expertise, liquidés et taxés à la somme de 34 236,64 euros TTC par l’ordonnance n° 1400388 du 18 novembre 2016, à hauteur de 60 % à la charge de la société SBTPC SOGEA Réunion et à hauteur de 40 % à la charge de la société Egis Eau.


Sur les autres frais liés au litige :

66. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CIREST, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes demandées par les sociétés SBTPC SOGEA Réunion et Egis Eau. En revanche, dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de chacune de ces sociétés une somme de 4 000 euros au titre des frais exposés par la CIREST et non compris dans les dépens de l’instance.


D E C I D E :


Article 1er : Les sociétés SBTPC SOGEA Réunion et Egis Eau sont condamnées in solidum à verser à la CIREST la somme de 1 350 680,62 euros au titre des préjudices subis.

Article 2 : Les conclusions présentées à titre très subsidiaire par la société SBTPC SOGEA Réunion, tendant à ce que la société Egis Eau soit condamnée à la garantir des condamnations prononcées à son encontre à hauteur de la quote-part stipulée dans l’accord de répartition financière conclu le 28 juin 2019, sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 3 : La société SBTPC SOGEA Réunion est condamnée à garantir la société Egis Eau à hauteur de 60 % des condamnations prononcées à l’encontre de cette dernière.

Article 4 : La société Egis Eau est condamnée à garantir la société SBTPC SOGEA Réunion à hauteur de 40 % des condamnations prononcées à l’encontre de cette dernière.

Article 5 : Les frais et honoraires d’expertise liquidés et taxés à la somme de 34 236,64 euros TTC, sont mis à la charge à hauteur de 60 % de la société SBTPC SOGEA Réunion et à hauteur de 40 % de la société Egis Eau.

Article 6 : Les sociétés SBTPC SOGEA Réunion et Egis Eau verseront à la CIREST la somme de 4 000 euros chacune en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à la communauté intercommunale Réunion Est (CIREST), à la société Egis Eau et à la société SBTPC SOGEA Réunion.

Copie en sera adressée à la commune de Saint-Benoît et au préfet de La Réunion


Copie en sera adressée à M. A... B..., expert.

Délibéré après l’audience du 19 mars 2026, à laquelle siégeaient :





M. Aebischer, président,
Mme Marchessaux, première conseillère,
M. Fourcade, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2026.



Le rapporteur,
C. FOURCADE
Le président,
M.-A. AEBISCHER


La greffière,



S. LE CARDIET

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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