Le Tribunal Administratif de La Réunion, statuant par ordonnance, a rejeté la requête de M. B... visant à obtenir le versement d'une indemnité REP+ pour la période 2015-2022. Le tribunal a jugé la requête manifestement irrecevable car l'agent n'avait pas préalablement engagé la procédure de médiation obligatoire, comme l'exigent les articles L. 213-11 et R. 213-12 du code de justice administrative et le décret du 25 mars 2022. En conséquence, le dossier est transmis au médiateur académique compétent.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 avril 2024, M. A... B..., représenté par Me Gorce, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 5 février 2024 par laquelle le recteur de l’académie de La Réunion a rejeté sa demande préalable indemnitaire tendant au versement de l’indemnité de sujétions liée à l’exercice de ses fonctions d’assistant de service social dans un établissement relevant du réseau d’éducation prioritaire renforcée (REP+), à compter du 1er septembre 2015 jusqu’au 31 décembre 2022 ;
2°) de condamner l’État à rétablir sa rémunération entre le 1er septembre 2015 et le 31 décembre 2022 selon les modalités établies par l’arrêté du 28 aout 2015 fixant les taux annuels en application du décret du 28 aout 2015 portant régime indemnitaire spécifique en faveur des personnels exerçant dans les écoles ou établissements relevant des programmes REP+ ;
3°) de condamner le recteur de l’académie de La Réunion au versement de la somme de 15 913, 16 euros au titre des indemnités REP+ dues sur la période du 1er septembre 2015 au 31 décembre 2022, dans un délai d’un mois à compter de l’ordonnance à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2025, le recteur de l’académie de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
à titre principal, la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;
à titre subsidiaire, seul le paiement des indemnités à compter du 1er janvier 2020 est dû, les années 2015 à 2019 étant prescrites.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 2022-433 du 25 mars 2022 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Jégard, premier conseiller, en application de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, pour statuer par ordonnance dans les cas prévus aux 1° à 7° de cet article.
Considérant ce qui suit :
Aux termes de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans ou ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : / (…) / 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; / (…) ».
Aux termes de l’article L. 213-11 du code de justice administrative : « Les recours formés contre les décisions individuelles qui concernent la situation de personnes physiques et dont la liste est déterminée par décret en Conseil d'Etat sont, à peine d'irrecevabilité, précédés d'une tentative de médiation. Ce décret en Conseil d'Etat précise en outre le médiateur relevant de l'administration chargé d'assurer la médiation". Aux termes de l'article R. 213-12 du même code : "Lorsqu'un tribunal administratif est saisi dans le délai de recours contentieux d'une requête n'ayant pas été précédée d'une médiation qui était obligatoire, son président ou le magistrat qu'il délègue rejette cette requête par ordonnance et transmet le dossier au médiateur compétent. / Le médiateur est supposé avoir été saisi à la date d'enregistrement de la requête ».
Aux termes de l’article 2 du décret du 25 mars 2022 relatif à la procédure de médiation préalable obligatoire applicable à certains litiges de la fonction publique et à certains litiges sociaux : « La procédure de médiation préalable obligatoire prévue par l'article L. 213-11 du code de justice administrative est applicable aux recours formés par les agents publics à l'encontre des décisions administratives suivantes : / 1° Décisions administratives individuelles défavorables relatives à l'un des éléments de rémunération mentionnés à l'article L. 712-1 du code général de la fonction publique ; / (…). ». Aux termes de l’article 3 de ce décret : « Les agents publics concernés par la procédure de médiation préalable obligatoire sont : / 1° Les agents de la fonction publique de l'Etat affectés dans les services académiques et départementaux, les écoles maternelles et élémentaires et les établissements publics locaux d'enseignement du ressort de celles des académies qui figurent sur une liste arrêtée par le garde des sceaux, ministre de la justice et le ministre chargé de l'éducation nationale ; / (...) ».
En application des dispositions citées aux points 2 et 3, M. B... devait, à peine d’irrecevabilité de sa requête, tenter une médiation avant d’introduire sa requête. Par courrier du 22 janvier 2026, notifié le 26 janvier suivant par l’application « Télérecours », M. B... a été invité à transmettre la preuve de cette demande de médiation préalable obligatoire. En l’absence de production de ce document, sa requête est manifestement irrecevable et ne peut qu’être rejetée. Ces conclusions sont transmises au médiateur académique de La Réunion conformément aux dispositions de l’article R. 213-12 du code de justice administrative.
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l’État, qui n’a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B... une somme au titre des frais d’instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le dossier de la requête de M. B... est transmis au médiateur de l’académie de La Réunion.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au ministre de l’éducation nationale.
Copie en sera adressée au recteur de l’académie de La Réunion et médiateur académique de La Réunion.
Fait à Saint-Denis, le 10 mars 2026.
Le magistrat délégué,
X. JÉGARD
La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.