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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200486

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200486

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200486
TypeDécision
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantLABEJOF-LORDINOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 août 2022, M. K F, représenté par Me Labéjof-Lordinot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2022 par lequel le préfet de la Martinique l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de départ volontaire de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'annuler la décision du 25 juillet 2022 par laquelle le préfet de la Martinique a désigné la République d'Haïti comme pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire des actes attaqués est incompétent ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur de droit dès lors qu'un délai de départ volontaire lui a été accordé ;

- elle est disproportionnée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation.

La requête a été régulièrement communiquée au préfet de la Martinique, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Monnier-Besombes, conseillère, pour statuer sur les mesures d'éloignement relevant de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Pyrée, greffière d'audience, Mme Monnier-Besombes, conseillère, a lu son rapport.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, à 9h35.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant haïtien né le 24 septembre 1990, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 6 mai 2019 sous couvert d'un passeport délivré par les autorités de Haïti, dépourvu de tout visa et de tout cachet d'entrée en France, après avoir transité par la République dominicaine et l'île de la Dominique. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée le 30 août 2019 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. M. F a formé un recours auprès de la Cour nationale du droit d'asile, qui a été rejeté le 10 décembre 2019. Il s'est toutefois maintenu en France et a sollicité le réexamen de sa demande d'asile, le 24 juillet 2020. Cette demande a été rejetée par une nouvelle décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 7 août 2020, que l'intéressé n'a pas contestée. Le 25 juillet 2022, le préfet de la Martinique a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un acte séparé du même jour, il a désigné la République d'Haïti comme pays de destination. Par la présente requête, M. F demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par arrêté n° R02-2022-07-05-00003 du 5 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° R02-2022-192 du 7 juillet 2022, le préfet de la Martinique a donné délégation de signature à M. B D, directeur de la réglementation, de la citoyenneté et de l'immigration, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme J A de Monchy, secrétaire générale de la préfecture, de Mme E I, sous-préfète déléguée à l'égalité et à la cohésion sociale, et de M. H G, directeur de cabinet, les décisions relevant de la direction de la réglementation, de la citoyenneté et de l'immigration, y compris pour les obligation de quitter le territoire français et pour les mesures d'exécution prises en application de ces décisions. Il s'ensuit que M. D était compétent pour signer, au nom du préfet de la Martinique, les actes litigieux du 25 juillet 2022, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que ces autorités n'étaient pas absentes ou empêchées lors de la signature des actes attaqués, quand bien même M. G a signé d'autres arrêtés le même jour. Le moyen d'incompétence doit, par suite, être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". En outre, l'article L. 612-8 du même code dispose que : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

4. Le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il ne pouvait légalement faire l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français dans la mesure où il dispose d'un délai de départ volontaire, dès lors qu'il résulte des dispositions précitées que le préfet peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, y compris lorsqu'un délai de départ volontaire a été accordé à l'étranger. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

5. En deuxième lieu, l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

7. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

8. Si M. F soutient que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est disproportionnée, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, entré irrégulièrement en France depuis seulement trois ans et deux mois à la date de la décision attaquée, ne justifie pas avoir noué de liens amicaux, familiaux ou sociaux étroits et denses, alors au demeurant que son épouse et ses deux enfants, âgés de 7 et 9 ans, résident en Haïti. Il s'ensuit que M. F, qui ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France anciens, intenses et stables, et nonobstant l'absence d'une précédente mesure d'éloignement ou d'un comportement troublant l'ordre public, n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans serait disproportionnée. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

9. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Martinique, qui se fonde notamment sur l'absence de liens personnels et familiaux en France et sur la présence de son épouse et de ses enfants en Haïti, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. F. Par suite, le moyen soulevé sur ce point, au demeurant non assorti de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 juillet 2022 par lequel le préfet de la Martinique l'a obligé à quitter le territoire français et a pris une interdiction de retour sur le territoire français, ni de la décision du même jour fixant le pays de destination. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. F la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par le requérant.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. K F et au préfet de la Martinique.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

La magistrate désignée,

A. Monnier-Besombes La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2200486

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