jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2300065 |
| Type | Décision |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 février 2023, et un mémoire complémentaire, enregistré le 30 juillet 2023, M. B A demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 octobre 2022 par laquelle le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique a rejeté sa demande de remboursement des frais de changement de résidence de sa compagne à la suite de sa mutation dans le département de la Martinique le 1er mars 2022, ensemble la décision du 15 février 2023 portant rejet de son recours administratif ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique de prendre en charge les frais de changement de résidence de sa compagne, à hauteur de 3 526,57 euros, assortie des intérêts de retard au taux légal ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 200 euros en réparation du préjudice moral qu'il estime avoir subi.
Il soutient que :
- la décision attaquée du 6 octobre 2022 est entachée d'erreur de droit puisque l'administration a appliqué les dispositions du décret n° 90-437 du 28 mai 1990 qui concernent les changements de résidence sur le territoire métropolitain et non les mutations en outre-mer ;
- elle méconnait l'article 17 du décret n° 89-271 du 12 avril 1989 puisque le montant total de ses ressources et de celles de sa compagne est inférieur au seuil de 3,5 fois le traitement de référence relevant de l'indice brut 340 ;
- l'ensemble des frais de changement de résidence de sa compagne s'élevant à la somme de 3 526,57 euros, il y a lieu d'enjoindre à l'administration de prendre en charge ces frais, assortis des intérêts de retard ;
- il subit un préjudice moral qu'il évalue à la somme de 200 euros, dont il est fondé à demander l'indemnisation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions indemnitaires de la requête sont irrecevables faute d'avoir été précédées d'une demande indemnitaire préalable, en méconnaissance de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 82-1105 du 23 décembre 1982 ;
- le décret n° 85-1148 du 24 octobre 1985 ;
- le décret n° 89-271 du 12 avril 1989 ;
- le décret n° 90-437 du 28 mai 1990 ;
- le décret n° 2010-982 du 26 août 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Phulpin,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, contrôleur principal des douanes, précédemment affecté au sein de la brigade de surveillance aéronautique de Hyères, a été muté à compter du 1er mars 2022 dans le département de la Martinique, au sein de la brigade de surveillance aéromaritime du Lamentin, en qualité de pilote d'avion. Il a formé auprès de sa hiérarchie une demande tendant à la prise en charge des frais de changement de résidence engendrés par cette mutation, pour lui-même et pour sa compagne. Par décision du 6 octobre 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique a refusé la prise en charge des frais de changement de résidence de sa compagne. M. A a formé à l'encontre de cette décision un recours administratif, par un courrier daté du 3 novembre 2022 qui a été rejeté par décision expresse du 15 février 2023. Dans la présente instance, il demande au tribunal administratif d'annuler la décision du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique du 6 octobre 2022, portant refus de prise en charge des frais de changement de résidence de sa compagne, la décision du 15 février 2023 portant rejet de son recours administratif, ainsi que d'enjoindre à l'administration de prendre en charge les frais de changement de résidence de sa compagne, à hauteur de 3 526,57 euros, assortis des intérêts de retard au taux légal. Il demande en outre à la juridiction de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 200 euros en réparation du préjudice moral qu'il estime avoir subi.
Sur la légalité des décisions attaquées :
2. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée du 6 octobre 2022, ni d'aucun autre élément versé au dossier que, pour refuser la prise en charge des frais de changement de résidence à la suite de sa mutation en outre-mer le 1er mars 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique se serait fondé sur les dispositions du décret du 28 mai 1990 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais occasionnés par les changements de résidence des personnels civils sur le territoire métropolitain de la France lorsqu'ils sont à la charge du budget de l'Etat, des établissements publics nationaux à caractère administratif et de certains organismes subventionnés. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à soutenir que le ministre aurait commis une erreur de droit en appliquant de telles dispositions. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.
3. En second lieu, l'article 1er du décret du 12 avril 1989 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais de résidence des personnels civils à l'intérieur des départements d'outre-mer, entre la métropole et ces départements, et pour se rendre d'un département d'outre-mer à un autre dispose : " Le présent décret fixe les conditions et les modalités de règlement des frais à la charge des budgets de l'Etat et des établissements publics nationaux à caractère administratif à l'occasion des changements de résidence effectués par les personnels civils : / () 2. Pour se rendre de la métropole dans un département d'outre-mer et en revenir ; () ". L'article 17 du même décret dispose : " () L'agent peut, en outre, à la même condition, prétendre à la prise en charge des frais : / 1. De son conjoint, concubin ou partenaire d'un pacte civil de solidarité, si l'une ou l'autre des deux conditions suivantes est remplie : / a) Les ressources personnelles du conjoint, du concubin ou du partenaire d'un pacte civil de solidarité sont inférieures au traitement soumis à retenues pour pension afférent à l'indice brut 340 ; / b) Le total des ressources personnelles du conjoint, du concubin ou du partenaire d'un pacte civil de solidarité et du traitement brut de l'agent n'excède pas trois fois et demie le traitement soumis à retenues pour pension afférent à l'indice brut 340 () ". L'article 2 du décret du 24 octobre 1985 modifié relatif à la rémunération des personnels civils et militaires de l'Etat, des personnels des collectivités territoriales et des personnels des établissements publics d'hospitalisation, applicable notamment aux fonctionnaires de l'Etat, dispose : " Les traitements et soldes soumis aux retenues pour pension des personnels mentionnés à l'article 1er du présent décret sont calculés en multipliant le centième de la valeur du traitement fixée à l'article 3 ci-dessous par l'indice majoré correspondant à leur grade ou emploi, et échelon. " Aux termes de l'article 3 du même décret, dans sa version applicable au litige, la valeur annuelle du traitement des fonctionnaires afférent à l'indice 100 majoré et soumis aux retenues pour pension est fixée à 5 623,23 euros. L'article 4 du même décret dispose : " Le barème de correspondance à retenir entre indices nets, bruts, nouveaux et majorés figure au barème A annexé au décret du 23 décembre 1982 susvisé. " Il résulte du barème A, dans sa version applicable au litige, figurant en annexe du décret du 23 décembre 1982 relatif aux indices de la fonction publique, qu'à l'indice brut de 340 correspond l'indice majoré de 321.
4. La condition de ressources du conjoint instituée par les dispositions précitées du a) de l'article 17 du décret du 12 avril 1989 doit, de même que la condition de ressources du foyer définie par les dispositions du b), s'apprécier au cours de l'année ayant précédé le changement de résidence.
5. En l'espèce, d'une part, il ressort des bulletins de salaire et des relevés de situation établis par l'agence pôle emploi de Provence-Alpes-Côte-D'azur que les ressources personnelles perçues par la compagne du requérant au cours de l'année précédant sa mutation étaient très largement supérieures au traitement soumis à retenues pour pension afférent à l'indice brut 340, égal à 18 050,57 euros à la date du 1er mars 2022. D'autre part, le total de ces mêmes ressources personnelles ainsi perçues par la compagne du requérant cumulé avec le montant du traitement annuel brut de M. A étaient également nettement supérieur à 3,5 fois le montant de ce même traitement de référence. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que les conditions fixées par les dispositions citées au point précédent de l'article 17 du décret du 12 avril 1989 n'étaient pas remplies pour permettre la prise en charge des frais de changement de résidence de sa compagne. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 17 du décret du 12 avril 1989 doit, par suite, être écarté.
6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à contester la légalité des décisions attaquées. Les conclusions principales de sa requête tendant à leur annulation doivent, par suite, être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
7. M. A demande au tribunal de l'indemniser du préjudice moral qu'il estime avoir subi à raison de l'illégalité de la décision du ministre de l'économie des finances et de la souveraineté industrielle et numérique du 6 octobre 2022 portant refus de prise en charge des frais de changement de résidence de sa compagne à la suite de sa mutation dans le département de Martinique le 1er mars 2022. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment que cette décision n'est entachée d'aucune illégalité. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'Etat aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité en refusant, par la décision attaquée du 6 octobre 2022, la prise en charge des frais de changement de résidence de sa compagne.
8. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence de toute faute commise par l'Etat, M. A n'est pas fondé à soutenir que la responsabilité de l'Etat devrait être engagée. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par le ministre, ni sur les autres conditions d'engagement de la responsabilité de l'Etat tenant à l'existence d'un préjudice et d'un lien de causalité, les conclusions à fin d'indemnisation de la requête doivent être rejetées.
Sur l'injonction :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. A, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de la requête doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. de Palmaert, premier conseiller,
M. Phulpin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
Le rapporteur,
V. Phulpin
Le président,
J-M. LasoLe greffier,
J-H. Minin
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2512959
Le Tribunal Administratif de Grenoble rejette la requête de M. A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour de travailleur saisonnier et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction estime que l'arrêté est régulier, suffisamment motivé et ne procède pas d'une erreur manifeste d'appréciation, en relevant que la carte de séjour sollicitée est soumise à des conditions spécifiques, notamment le maintien de la résidence habituelle hors de France, prévues à l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la CEDH et d'autres dispositions du CESEDA sont également écartés.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2513014
Le Tribunal Administratif de Grenoble a examiné un recours pour excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral rejetant une demande de titre de séjour et ordonnant l'éloignement. Le tribunal a annulé la décision de la préfète de l'Isère, considérant qu'elle portait une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de la requérante, au regard notamment de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention relative aux droits de l'enfant. Il a enjoint à l'administration de réexaminer la situation de l'intéressée sous deux mois.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2200418
Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la demande d'indemnisation de trois anciens associés d'une société de traiteur. Les requérants estimaient que l'État avait commis une faute en refusant initialement l'aide du fonds de solidarité COVID-19, causant la liquidation de leur entreprise. Le tribunal a jugé que le refus initial de l'administration était justifié, car la société ne remplissait pas une condition d'éligibilité (l'absence de dette fiscale impayée au 31 décembre 2019), et que le lien de causalité entre ce refus et la liquidation n'était pas établi. La décision s'appuie sur les dispositions du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2203658
Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de la société DNB Promotion, qui demandait l'annulation du refus de permis de construire et l'injonction de le délivrer. La juridiction a jugé recevable le recours mais a écarté le moyen d'incompétence du signataire de l'arrêté, ce dernier agissant en vertu d'une délégation régulière. L'examen des autres moyens, notamment ceux relatifs aux conditions d'accès au projet (article 8.1 du PLUi) et à la voirie (article R. 111-2 du code de l'urbanisme), n'est pas rapporté dans l'extrait fourni.
02/04/2026