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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2500014

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2500014

vendredi 20 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2500014
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGIL - CROS - CRESPY SELARL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de la Martinique a été saisi par Mme C... d’un recours en excès de pouvoir contre un arrêté du maire de Schoelcher du 30 octobre 2024, qui reconnaissait l’imputabilité au service de son accident mais limitait la prise en charge des frais médicaux à la date de consolidation fixée au 22 mars 2024. La requérante contestait également l’avis du conseil médical et sollicitait une expertise. Le tribunal a rejeté l’ensemble des demandes, jugeant que la requête était irrecevable faute de moyens suffisamment exposés, et que les conclusions dirigées contre l’avis du conseil médical étaient irrecevables car cet avis ne constitue pas un acte faisant grief. Les textes appliqués incluent le code général de la fonction publique et le code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2500014 le 13 janvier 2025, et deux mémoires, enregistrés le 1er et le 9 octobre 2025, Mme A... E... épouse C..., représentée par Me Germany, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du maire de Schoelcher en date du 30 octobre 2024 reconnaissant l’imputabilité au service de l’accident survenu le 22 février 2024 et limitant la prise en charge par la collectivité du remboursement des honoraires médicaux et des frais générés par l’accident jusqu’au 22 mars 2024, date de consolidation de son état de santé ;

2°) d’annuler l’avis du conseil médical du 26 septembre 2025 ;

3°) d’ordonner une expertise ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Schoelcher la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
la requête est recevable ;
l’arrêté attaqué ne fait pas état de sa santé ;
la date de consolidation a été fixée à une date erronée ; il est médicalement justifié qu’elle est inapte à reprendre son poste ; le fait que son arrêt a été prolongé à plusieurs reprises démontre que son état de santé ne permettait pas de fixer la date de consolidation dès le 22 mars 2024 ; il est justifié qu’elle présente un état anxiodépressif réactionnel post-traumatique nécessitant un traitement et que son état psychique ne lui permet pas, à ce jour, de reprendre son activité professionnelle ; elle produit un rapport du 22 juin 2025 qui conclut que son état psychologique et psychiatrique n’est ni consolidé, ni guéri ; la contre-expertise réalisée le 26 septembre 2025 est donc nulle ;
l’expertise médicale sollicitée présente un caractère utile, conformément à l’article R. 532-1 du code de justice administrative ; l’expertise doit permettre de déterminer ses préjudices nés des suites de l’agression dont elle a fait l’objet sur son lieu de travail.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 29 avril et le 17 novembre 2025, la commune de Schoelcher, représentée par Me Cros, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme C... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
la requête est irrecevable dès lors qu’elle ne contient l’exposé d’aucun moyen et est dépourvue de motivation ;
les conclusions tendant à l’annulation de l’avis du conseil médical, qui n’est pas un acte faisant grief, sont irrecevables ;
les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés ;
l’expertise sollicitée ne présente pas un caractère d’utilité.

Par une lettre du 2 février 2026, le tribunal a demandé à Mme C... la communication de la copie intégrale du rapport d’expertise du 22 janvier 2025.

Un mémoire en production de pièces présenté pour Mme C... a été enregistré le 4 février 2026.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2500308 le 16 mai 2025, Mme A... E... épouse C... demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite née le 14 mars 2025 par laquelle le maire de Schoelcher a rejeté son recours gracieux tendant au retrait de l’arrêté du 30 octobre 2024 en tant que la date de consolidation de son état de santé a été fixée au 22 mars 2024 ;

2°) d’annuler la lettre du 30 septembre 2024 par laquelle le maire de Schoelcher lui a demandé de reprendre le travail avec effet immédiat ;

3°) d’enjoindre au maire de Schoelcher de prendre en charge les frais médicaux et paramédicaux postérieurs à la date du 22 mars 2024 jusqu’à complet rétablissement.

Elle soutient que :
la collectivité n’a pas mis en œuvre les procédures prévues à l’article 47-10 du décret du 14 mars 1986 ;
elle n’a pas été convoquée par le médecin de prévention ou la commission médicale du centre de gestion, dans les conditions prévues à l’article 27 du décret n° 82-453 du 28 mai 1982 ;
la consolidation des séquelles consécutives à un accident de service ne permet pas à elle seule de mettre fin au congé pour invalidité temporaire imputable au service ; le maire a commis une erreur de droit en se fondant sur la seule consolidation de son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2025, la commune de Schoelcher, représentée par Me Cros, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme C... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
la requête est irrecevable pour tardiveté ;
les conclusions contre la lettre du 30 septembre 2024 sont irrecevables, dès lors qu’il ne s’agit pas d’un acte faisant grief ;
les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :
le code général de la fonction publique ;
le code des relations entre le public et l’administration ;
le décret n° 82-453 du 28 mai 1982 ;
le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;
le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de M. Naud, premier conseiller ;
les conclusions de M. Phulpin, rapporteur public ;
les observations de Me Alves, pour la commune de Schoelcher.


Considérant ce qui suit :

Par un arrêté du 30 octobre 2024, le maire de Schoelcher a reconnu imputable au service l’accident survenu le 22 février 2024 dont a été victime Mme C..., adjointe administrative principale de deuxième classe, et a fixé la prise en charge par la collectivité du remboursement des honoraires médicaux et des frais générés par l’accident jusqu’au 22 mars 2024, date de consolidation de son état de santé. Par une première requête enregistrée sous le n° 2500014, Mme C... demande au tribunal l’annulation de cet arrêté et de l’avis du conseil médical du 26 septembre 2025, ainsi que la tenue d’une expertise médicale. Par une seconde requête enregistrée sous le n° 2500308, elle demande au tribunal l’annulation de la décision implicite née le 14 mars 2025 par laquelle le maire a rejeté son recours gracieux tendant au retrait de l’arrêté du 30 octobre 2024 en tant que la date de consolidation de son état de santé a été fixée au 22 mars 2024 et la lettre du 30 septembre 2024 par laquelle le maire lui a demandé de reprendre le travail avec effet immédiat.

Les requêtes n° 2500014 et n° 2500308 concernent la situation d’une même fonctionnaire et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

En premier lieu, aux termes de l’article R. 411-1 du code de justice administrative : « La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l’exposé des faits et moyens, ainsi que l’énoncé des conclusions soumises au juge. / L’auteur d’une requête ne contenant l’exposé d’aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d’un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu’à l’expiration du délai de recours ».

La commune de Schoelcher oppose une fin de non-recevoir tirée de l’irrecevabilité de la requête n° 2500014 pour défaut de motivation. Toutefois, la requête initiale de Mme C... contient l’exposé des faits et moyens, ainsi que l’énoncé des conclusions soumises au juge. Il est notamment soutenu, quoique le moyen figure malencontreusement dans la partie « I- Faits et procédures », que « L’arrêté querellé ne fait pas état de la santé de Madame C... et fixe la date de consolidation alors même que cette dernière est toujours en incapacité de reprendre une activité professionnelle ». Dès lors, la fin de non-recevoir doit être écartée.

En deuxième lieu, d’une part, aux termes de l’article R. 421-2 du code de justice administrative : « Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l’autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l’intéressé dispose, pour former un recours, d’un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu’une décision explicite de rejet intervient avant l’expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. / (…) ». D’autre part, en vertu de l’article L. 112-2 du code des relations entre le public et l’administration, ne sont applicables aux relations entre l’administration et ses agents ni les dispositions de l’article L. 112-3 de ce code aux termes desquelles : « Toute demande adressée à l’administration fait l’objet d’un accusé de réception. / (…) », ni celles de son article L. 112-6 qui dispose que : « Les délais de recours ne sont pas opposables à l’auteur d’une demande lorsque l’accusé de réception ne lui a pas été transmis (…) ». Enfin, aux termes de l’article L. 231-4 du code des relations entre le public et l’administration : « Par dérogation à l’article L. 231-1, le silence gardé par l’administration pendant deux mois vaut décision de rejet : / (…) / 5° Dans les relations entre l’administration et ses agents ».

Il résulte de l’ensemble de ces dispositions qu’en cas de naissance d’une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l’administration pendant la période de deux mois suivant la réception d’une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l’encontre d’un agent public, alors même que l’administration n’a pas accusé réception de la demande de cet agent, les dispositions de l’article L. 112-3 du code des relations entre le public et l’administration n’étant pas applicables aux agents publics. Ce n’est qu’au cas où, dans le délai de deux mois ainsi décompté, l’auteur de la demande adressée à l’administration reçoit notification d’une décision expresse de rejet qu’il dispose alors, à compter de cette notification, d’un nouveau délai pour se pourvoir.

Sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires, telles les dispositions relatives à la contestation des élections politiques ou celles prévoyant des délais exprimés en heures ou expirant à un horaire qu’elles précisent, la date à prendre en considération pour apprécier si un recours contentieux adressé à une juridiction administrative par voie postale a été formé dans le délai de recours contentieux est celle de l’expédition du recours, le cachet de la poste faisant foi.

La commune de Schoelcher oppose une fin de non-recevoir tirée de l’irrecevabilité de la requête n° 2500308 pour tardiveté. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le recours gracieux de Mme C... a été reçu le 14 janvier 2025 et a donné lieu à une décision implicite de rejet le 14 mars 2025. Si la requête n° 2500308 n’a été enregistrée au greffe du tribunal que le 16 mai 2025, soit le lendemain de l’expiration du délai de recours contentieux de deux mois, elle avait été envoyée par lettre recommandée avec avis de réception dans ce délai. Ainsi, elle n’a pas été présentée tardivement. Dès lors, la fin de non-recevoir doit être écartée.

En troisième lieu, la commune de Schoelcher oppose une fin de non-recevoir tirée de l’irrecevabilité des conclusions de la requête n° 2500014 tendant à l’annulation de « la contre-expertise du 26 septembre 2025 fixant la date de consolidation au 22 mars 2024 ». Il ressort des pièces du dossier qu’en réalité, le conseil médical en formation plénière a émis, le 26 septembre 2025, un avis relatif à l’imputabilité au service de l’accident survenu le 22 février 2024. S’agissant d’un avis simple et quand bien même il est intervenu postérieurement à l’arrêté du 30 octobre 2024, il ne constitue pas un acte susceptible de recours, ainsi que le soutient la commune. Dès lors, les conclusions de Mme C... tendant à son annulation sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

En dernier lieu, la commune de Schoelcher oppose une fin de non-recevoir tirée de l’irrecevabilité des conclusions de la requête n° 2500308 tendant à l’annulation de la lettre du 30 septembre 2024 par laquelle le maire a demandé à Mme C... de reprendre le travail avec effet immédiat. Il ressort des termes mêmes de cette lettre qu’il s’agit d’une simple invitation à reprendre son activité et non, en tout état de cause, d’une mise en demeure pour abandon de poste. Elle ne constitue donc pas un acte susceptible de recours, ainsi que le soutient la commune. Dès lors, les conclusions de Mme C... tendant à son annulation sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 30 octobre 2024 et de la décision rejetant le recours gracieux :

Aux termes de l’article L. 822-18 du code général de la fonction publique : « Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu’en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d’une activité qui en constitue le prolongement normal, en l’absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l’accident du service ». Aux termes de l’article L. 822-21 du même code : « Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à : / 1° Un accident reconnu imputable au service tel qu’il est défini à l’article L. 822-18 / (…) ». Aux termes de l’article L. 822-22 du même code : « Le fonctionnaire bénéficiaire d’un congé pour invalidité temporaire imputable au service conserve l’intégralité de son traitement jusqu’à ce qu’il soit en état de reprendre son service ou jusqu’à sa mise à la retraite ». Aux termes de l’article L. 822-24 du même code : « Le fonctionnaire qui bénéficie d'une reconnaissance d'imputabilité au service d'un accident ou d'une maladie a droit au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par sa maladie ou son accident ».

Aux termes de l’article 37-4 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 : « L’autorité territoriale qui instruit une demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service peut : / 1° Faire procéder à une expertise médicale du demandeur par un médecin agréé lorsque des circonstances particulières paraissent de nature à détacher l’accident du service ou lorsque l’affection résulte d’une maladie contractée en service telle que définie à l’article L. 822-20 du code général de la fonction publique ; / 2° Diligenter une enquête administrative visant à établir la matérialité des faits et les circonstances ayant conduit à la survenance de l’accident ou l’apparition de la maladie ». Aux termes de l’article 37-6 du même code : « Le conseil médical est consulté par l’autorité territoriale : / 1° Lorsqu’une faute personnelle ou toute autre circonstance particulière est potentiellement de nature à détacher l’accident du service ; / 2° Lorsqu’un fait personnel du fonctionnaire ou toute autre circonstance particulière étrangère notamment aux nécessités de la vie courante est potentiellement de nature à détacher l’accident de trajet du service ; / 3° Lorsque l’affection résulte d’une maladie contractée en service telle que définie à l’article L. 822-20 du code général de la fonction publique dans les cas où les conditions prévues au premier alinéa du même article ne sont pas remplies ».

Aux termes de l’article 47-10 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 : « Lorsqu’un fonctionnaire est en congé pour invalidité temporaire imputable au service, l’administration peut faire procéder à tout moment à son examen par un médecin agréé. Elle fait en outre procéder obligatoirement à cet examen au moins une fois par an au-delà de six mois de prolongation du congé initialement accordé. / Le conseil médical peut être saisi pour avis, soit par l’administration, soit par l’intéressé, de la contestation des conclusions du médecin agréé ».

Aux termes de l’article 27 du décret n° 82-453 du 28 mai 1982 : « Le médecin du travail est informé par l’Administration dans les plus brefs délais de chaque accident de service ou de travail et de chaque maladie professionnelle ou à caractère professionnel ».

En premier lieu, si Mme C... soutient que la procédure prévue aux articles 27 du décret du 28 mai 1982 et 47-10 du décret du 14 mars 1986 n’a pas été respectée, ces dispositions n’imposent pas la consultation du conseil médical ou du médecin du travail.

En deuxième lieu, Mme C... ne saurait utilement soutenir que l’arrêté attaqué ne serait pas suffisamment motivé, alors qu’il s’agit d’une décision qui lui est favorable, l’imputabilité au service de l’accident survenu le 22 février 2024 étant reconnue.

En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier qu’en application de l’article 37-4 du décret du 30 juillet 1987, le maire de Schoelcher, d’une part, a diligenté une enquête administrative visant à établir la matérialité des faits et les circonstances ayant conduit à la survenance de l’accident survenu le 22 février 2024, le rapport de la commission d’enquête ayant été remis le 11 juin 2024, et, d’autre part, a fait procéder à une expertise médicale de Mme C... par un médecin agréé, le rapport du docteur F... étant daté du 22 septembre 2024.

Il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport de la commission d’enquête, qu’une altercation verbale a eu lieu, le 22 février 2024, entre Mme C..., affectée au service de l’état-civil, et Mme D..., affectée au service des élections. Mais il ne ressort d’aucun des témoignages recueillis que la requérante aurait été poussée lors de cette altercation, ce que les pièces médicales qu’elle produit ne permettent pas de démentir. L’experte médicale a ainsi à juste titre estimé que la gonalgie et la sciatalgie gauche ne sont pas en lien avec l’accident de service, mais « à une pathologie indépendante évoluant pour son propre compte, pour laquelle elle bénéficie d’une carte de priorité pour personne handicapée ». Il s’avère en effet que Mme C... présente un état antérieur caractérisé par une prothèse totale du genou droit et une arthrose articulaire déformante.

L’experte a néanmoins retenu un syndrome anxiodépressif réactionnel imputable à l’accident survenu le 22 février 2024. Elle a fixé la date de consolidation de l’état de santé de Mme C... consécutif à l’accident au 22 mars 2024, qui correspond à la consultation médico-judiciaire réalisée à la suite d’un dépôt de plainte par la requérante, avec un taux d’incapacité physique permanente de 3 %. Elle a aussi estimé que l’agent, qui travaillait avant l’accident sur son poste sans difficulté avec les lésions rhumatismales dont elle souffre, pouvait reprendre son activité professionnelle à temps complet.

Mme C... produit des certificats médicaux pour contester la date de consolidation de son état de santé. Toutefois, il ressort seulement de celui du 22 mars 2024 que « Elle présente un état antérieur : prothèse totale du genou droit et arthrose articulaire déformante. / L’agression aurait augmenté des douleurs du genou droit qui étaient stabilisées. / L’examen médico-légal ne retrouve pas de lésion cutanée en rapport avec les faits. / L’évaluation psychologique rapporte un trouble anxieux. / Compte tenu des constatations et en l’état du dossier, à la date de l’examen, l’incapacité totale de travail au sens pénal du terme peut être estimée à cinq (5) jours, à dater du 22/02/2024 sauf complications ou nouvelles constatations ». Le 13 mai 2024, il lui a été prescrit quinze séances de rééducation du genou en raison d’une gonarthrose. Selon le certificat d’un psychiatre du 29 août 2024, « Elle présente un état anxio dépressif réactionnel post traumatique pour lequel elle reçoit un traitement (…). / Son état psychique ne lui permet pas encore de reprendre son activité professionnelle jusqu’à nouvel ordre ». Le 30 septembre 2024, il lui a été prescrit des « séances de rééducation fonctionnelle à visée antalgique des deux genoux » en raison d’une « gonarthrose évoluée ». Le compte-rendu de suivi du 10 décembre 2024 indique que « Devant la persistance d’un état clinique pathologique trouble dépressif au premier plan avec comorbidité trouble de stress post traumatique, une médication (…) a été débuté, un suivi régulier avec psychothérapie lui a été proposé, qu’elle accepte, et un renouvellement de son arrêt de travail a été prescrit ». Selon le certificat du 6 janvier 2025, Mme C... « est inapte à la reprise de son activité professionnelle pour une durée indéterminée. / Motif : troubles dépressif réactionnel ». Quant au rapport d’expertise médicale non contradictoire établi par le docteur B... le 22 janvier 2025, il se borne à reprendre les éléments précités pour conclure à l’absence de consolidation ou de guérison de son état psychologique et psychiatrique, sans autre précision. Ainsi, et alors que les problèmes concernant le dos et les genoux de la requérante ne sont pas en lien avec l’accident de service comme il a déjà été indiqué, il n’est pas avéré que son état de santé psychologique n’était pas stabilisé à compter du 22 mars 2024, la circonstance qu’elle ait continué à souffrir d’un syndrome anxiodépressif postérieurement à cette date ne suffisant pas à démontrer que la date de consolidation était erronée en l’absence d’éléments établissant que son état se serait aggravé. Il est, au surplus, à noter que l’avis émis le 26 septembre 2025 par le conseil médical en formation plénière est conforme à l’ensemble des conclusions du rapport d’expertise du 22 septembre 2024, y compris s’agissant de la date de consolidation.

Pour autant, l’experte a spécifié qu’il « est souhaitable qu’une prise en charge de soins post-consolidation au titre de l’accident de service avec une consultation mensuelle soit réalisée pendant 6 mois avec une psychologue spécialiste en psycho traumatisme ». Or, l’arrêté attaqué limite la prise en charge du remboursement des honoraires médicaux et des frais générés par l’accident de service à ceux intervenus avant la date de consolidation, sans d’ailleurs distinguer entre ceux concernant le dos et les genoux de la requérante et ceux relatifs à son état psychique. Cette décision fait ainsi obstacle à la prise en charge par la collectivité des soins postérieurs à la date de consolidation en lien avec l’accident de service, alors pourtant qu’il ressort de ce qui a été indiqué au point précédent que Mme C... a alors continué à recevoir un traitement pour soigner son état anxiodépressif consécutif à l’accident. Dans ces conditions, le maire a commis une erreur de droit, au regard de l’article L. 822-24 du code général de la fonction publique, en refusant une telle prise en charge.

Il résulte de tout ce qui précède que Mme C... est seulement fondée à demander l’annulation de l’arrêté du maire de Schoelcher en date du 30 octobre 2024 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux en tant que la prise en charge par la collectivité des soins en lien avec l’accident de service survenu le 22 février 2024 lui a été refusée pour la période postérieure à la date de consolidation fixée au 22 mars 2024.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution ».

L’annulation telle que retenue au point 22 implique nécessairement que le maire de Schoelcher autorise la prise en charge par la collectivité des soins en lien avec l’accident de service pour la période postérieure à la date de consolidation fixée au 22 mars 2024. Il y a lieu pour le tribunal d’ordonner cette mesure dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur la mesure d’expertise sollicitée :

Aux termes de l’article R. 621-1 du code de justice administrative : « La juridiction peut, soit d’office, soit sur la demande des parties ou de l’une d’elles, ordonner, avant dire droit, qu’il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. (…) ».

Il résulte de ce qui a été indiqué précédemment que le rapport d’expertise médicale en date du 22 septembre 2024 s’avère pertinent pour déterminer, d’une part, la date de consolidation de l’état de santé de Mme C... et, d’autre part, les soins en lien avec l’accident de service, qu’ils soient antérieurs ou postérieurs à la date de consolidation. Par ailleurs, l’arrêté du 30 octobre 2024, qui reconnaît l’imputabilité au service de l’accident et fixe les conditions de prise en charge des soins en lien avec l’accident, ne se prononce pas sur la date à laquelle la requérante doit reprendre son activité. Dans ces conditions, il n’apparaît pas utile d’ordonner la tenue d’une nouvelle expertise médicale.

Sur les frais d’instance :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C..., qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Schoelcher demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme C... présentées sur le fondement des mêmes dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D É C I DE :


Article 1er : L’arrêté du maire de Schoelcher en date du 30 octobre 2024 et la décision implicite de rejet du recours gracieux de Mme C... sont annulés en tant que la prise en charge par la collectivité des soins en lien avec l’accident de service survenu le 22 février 2024 lui a été refusée pour la période postérieure à la date de consolidation fixée au 22 mars 2024.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Schoelcher d’autoriser la prise en charge par la collectivité des soins reçus par Mme C... en lien avec l’accident de service pour la période postérieure à la date de consolidation fixée au 22 mars 2024, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2500014 et n° 2500308 de Mme C... est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Schoelcher au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... C... et à la commune de Schoelcher.


Délibéré après l’audience du 12 février 2026 à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,
M. Naud, premier conseiller,
M. Lancelot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2026.



Le rapporteur,

G. Naud
Le président,

J-M. Laso

Le greffier,

V. Ménigoz


La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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CEExcès de pouvoir

Conseil d'État — N° 515333

Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.

03/05/2026

CEExcès de pouvoir

Conseil d'État — N° 509298

Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.

09/04/2026

CEExcès de pouvoir

Conseil d'État — N° 507528

Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.

09/04/2026

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