vendredi 21 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2100075 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | NORMAND & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement du 29 juin 2021, le tribunal administratif a, sur requête de Mme C A enregistrée sous le n° 2100075, ordonné une expertise en vue d'apprécier la réalité des fautes reprochées au centre hospitalier territorial Gaston Bourret de Nouvelle-Calédonie et l'étendue des préjudices subis par Mme A.
Le rapport de l'expert a été enregistré le 26 avril 2023 au greffe du tribunal.
Par un mémoire, enregistré le 2 juin 2023, Mme A, représentée par Me Boiteau, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier territorial Gaston Bourret de Nouvelle-Calédonie, sous la garantie de son assureur, la société CNA Hardy, à lui verser une somme totale de 12 350 888 francs CFP, qui sera majorée des intérêts au taux légal à compter de la date de sa réclamation préalable, en réparation des fautes commises lors de sa prise en charge en mars et avril 2020 ;
2°) de mettre les dépens à la charge du centre hospitalier territorial Gaston Bourret de Nouvelle-Calédonie ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier territorial Gaston Bourret de Nouvelle-Calédonie une somme de 500 000 francs CFP sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'expert a confirmé l'existence de l'ensemble des fautes qu'elle invoquait ;
- devra lui être attribué en réparation une somme de 543 600 francs CFP au titre des frais médicaux non remboursés, de 2 028 610 francs CFP au titre de l'aide temporaire d'une tierce personne, de 415 982 francs CFP au titre de la perte de gains professionnels, de 500 000 francs CFP au titre de l'incidence professionnelle, de 500 000 francs CFP au titre du préjudice exceptionnel financier, de 4 661 096 francs CFP au titre du déficit fonctionnel temporaire, de 3 500 000 francs CFP au titre des souffrances endurées, et de 201 600 francs CFP au titre des frais de santé futurs.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2023, le centre hospitalier territorial Gaston Bourret de Nouvelle-Calédonie et son assureur, la société CNA Hardy, représentés par la SCP Normand et Associés, concluent à ce que l'indemnisation accordée à Mme A soit limitée aux seuls postes de préjudice en lien avec sa perte de chance de 100 % de présenter une complication infectieuse dans les suites d'une embolie pulmonaire doublée d'un infarctus pulmonaire.
Ils soutiennent que :
- il résulte de l'expertise que si des fautes ont bien été commises en l'espèce, celles-ci n'ont causé que des complications infectieuses de l'infarctus pulmonaire, qui n'ont-elles-mêmes engendré qu'un préjudice temporaire ;
- seuls peuvent être indemnisés les postes de préjudice en lien avec ces fautes, à savoir le déficit fonctionnel temporaire et les souffrances endurées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 juillet 2023 :
- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Ortet, avocat de la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Par un jugement avant dire droit du 29 juin 2021, le tribunal a ordonné une expertise en vue d'apprécier la réalité des fautes reprochées au centre hospitalier territorial Gaston Bourret de Nouvelle-Calédonie et l'étendue des préjudices subis par Mme A dans le cadre de sa prise en charge par le centre hospitalier territorial Gaston Bourret de Nouvelle-Calédonie en mars et avril 2020. L'expert a déposé son rapport au greffe du tribunal le 26 avril 2023.
Sur la responsabilité du centre hospitalier territorial Gaston Bourret de Nouvelle-Calédonie :
2. Aux termes de l'article de l'article R. 4124-33 du code de la santé publique applicable en Nouvelle-Calédonie : " Le médecin doit toujours élaborer son diagnostic avec le plus grand soin, en y consacrant le temps nécessaire, en s'aidant dans toute la mesure du possible des méthodes scientifiques les mieux adaptées et, s'il y a lieu, de concours appropriés. ".
3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le médecin qui a examiné Mme A après son arrivée aux urgences le 22 mars 2020, qui se plaignait de douleurs abdominales sous-costales droites, a établi son diagnostic sans tenir compte de ses antécédents personnels et familiaux, l'intéressée étant atteinte d'une maladie héréditaire, le facteur V de Leiden, sa mère et son frère ayant par le passé été atteints de thrombose veineuse, sans faire réaliser d' examen complémentaire, alors qu'un scanner aurait été recommandé. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir qu'elle a été victime à cette occasion d'une négligence fautive.
4. L'embolie pulmonaire dont était en réalité atteinte Mme A n'a été révélée que par un scanner réalisé le 24 mars 2020 alors que le premier médecin avait diagnostiqué à tort que ses douleurs abdominales étaient dues à une colique hépatique. Ce retard de 48 heures avant que le bon diagnostic soit fait, constitutif d'une faute, s'il n'a pas empêché le traitement de l'embolie, laquelle n'a pas laissé subsister de séquelle fonctionnelle respiratoire, a néanmoins été à l'origine de complications, à savoir une surinfection et un épanchement pleural engendrés par un infarctus pulmonaire rendu plus important par le temps écoulé, et doit donner lieu à réparation.
5. Il résulte par ailleurs de l'instruction que lors d'une hospitalisation postérieure due à une résurgence des douleurs thoraciques, Mme A a été victime les 22 et 23 avril 2020 de plusieurs manquements de la part du personnel hospitalier, consistant en un retard de 30 minutes dans le remplacement de la seringue qui assurait une injection continue, une erreur dans la programmation de la vitesse d'injection de l'anticoagulant qui lui était administré, et en une prise de sang contrôle réalisée au mauvais horaire. Ces fautes doivent elles aussi entraîner l'engagement de la responsabilité du centre hospitalier territorial Gaston Bourret de Nouvelle-Calédonie. Bien que n'ayant pas eu de répercussions d'un point de vue physiologique, elles ont été à l'origine d'angoisses, devant également être réparées.
En ce qui concerne les préjudices à caractère patrimonial :
6. Dans son rapport, l'expert a estimé que la consolidation de l'état de santé de Mme A était intervenue le 22 mars 2022. Il y a lieu de retenir une telle date, et de procéder à une distinction entre les préjudices subis avant et après consolidation.
Quant aux préjudices temporaires, subis avant la consolidation de l'état de santé de la requérante :
S'agissant des dépenses de santé :
7. Il résulte de la prescription produite par l'intéressée ainsi que du compte-rendu de consultation du 6 mai 2020 que les séances de kinésithérapie, dont Mme A demande le remboursement, visaient à réduire l'épanchement pleural dont elle souffrait. Cet épanchement ayant été provoqué par les négligences commises lors du diagnostic du 22 mars 2020, il y a lieu de faire droit à une telle demande. Eu égard aux factures produites, il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi en accordant à Mme A une somme de 374 400 francs CFP. Les huit séances de psychothérapie doivent également être regardées comme en lien direct avec les fautes commises et les complications qu'elles ont engendrées, comme en attestent le rapport d'expertise et l'attestation établie par le psychiatre qui a suivi Mme A, qui précisent que celles-ci ont généré une forte anxiété et ont eu une répercussion psychologique indéniable et importante. Il y a dès lors lieu d'attribuer le montant de 67 200 francs CFP sollicité à ce titre par cette dernière. En revanche, n'y a pas lieu d'accorder une somme au titre des frais de déplacement, Mme A n'apportant aucun commencement de preuve de nature à établir qu'elle a engagé des frais particuliers pour se rendre aux séances de kinésithérapie et de psychothérapie en cause.
S'agissant de l'assistance par une tierce personne :
8. Mme A n'établissant pas avoir effectivement eu recours à l'assistance d'une tierce personne à domicile pour les actes de la vie courante, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée à ce titre par la requérante.
S'agissant des pertes de revenus :
9. En se bornant à produire une attestation de son employeur, l'office des postes et télécommunications de Nouvelle-Calédonie, faisant état de la perte de plusieurs primes et indemnités au cours de la période de congé de longue maladie dont elle a fait l'objet du 24 septembre 2020 au 23 mars 2021, sans établir par ailleurs que ce congé de longue maladie était spécifiquement dû aux complications qu'elle a subies, et non à sa maladie, Mme A n'apporte pas la preuve d'un lien de causalité suffisamment direct et certain entre les fautes commises et de telles pertes de revenus.
S'agissant de la perte de chance de pouvoir contracter un prêt immobilier :
10. Mme A ne démontre pas, par l'attestation qu'elle produit, que le refus de prêt qui lui a été opposé par la banque de Nouvelle-Calédonie est spécifiquement dû aux complications engendrées par les fautes commises. Par suite, le lien de causalité suffisamment direct et certain n'est pas non plus établi pour ce chef de préjudice.
Quant aux préjudices permanents, subis après la consolidation de l'état de santé de la requérante :
S'agissant de l'incidence professionnelle :
11. Si Mme A fait valoir que ses indisponibilités ont eu de nécessaires répercussions sur son environnement de travail, elle n'apporte aucun élément de nature à démontrer l'incidence des complications qu'elle a subies sur son emploi.
S'agissant des dépenses de santé futures :
12. Mme A n'établit pas que les angoisses générées par les fautes commises continueraient de nécessiter à l'avenir un suivi psychologique, compte-tenu notamment du rapport d'expertise, dans lequel l'expert indique que, lorsqu'il a examiné l'intéressée, ce suivi était déjà terminé.
En ce qui concerne les préjudices à caractère personnel :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
13. Il résulte du rapport d'expertise que le déficit fonctionnel temporaire engendré par les complications a été de 100 % pendant un mois et de 50 % pendant un mois. En se fondant sur une base forfaitaire de 2 000 francs CFP par jour pour un déficit de 100 % et de 1 000 francs CFP pour un déficit de 50 %, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi à ce titre par la requérante en l'évaluant à une somme totale de 90 000 francs CFP.
S'agissant des souffrances endurées :
14. Il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées, évaluées par l'expert à 2,5 sur une échelle de 7, lesquelles incluent tant les douleurs physiques que les angoisses générées par les fautes commises, en attribuant à Mme A une somme de 500 000 francs CFP au titre de ces douleurs et angoisses, compte-tenu notamment du retentissement psychologique important par ailleurs reconnu par l'expert.
Sur le total des sommes dues par le centre hospitalier territorial Gaston Bourret de Nouvelle-Calédonie :
15. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier territorial Gaston Bourret de Nouvelle-Calédonie doit être condamné à verser une somme de 1 031 600 francs CFP à Mme A.
Sur les intérêts :
16. La requérante a droit aux intérêts au taux légal relatifs à l'indemnité devant lui être versée par le centre hospitalier territorial Gaston Bourret de Nouvelle-Calédonie à compter du 12 octobre 2020, date de réception de sa réclamation préalable.
Sur les dépens :
17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais d'expertise ordonnée par le tribunal administratif, liquidés et taxés à la somme de 150 000 francs CFP, à la charge du centre hospitalier territorial Gaston Bourret de Nouvelle-Calédonie.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier territorial Gaston Bourret de Nouvelle-Calédonie une somme de 180 000 francs CFP au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier territorial Gaston Bourret de Nouvelle-Calédonie est condamné à verser une somme de 1 031 600 francs CFP à Mme A. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 12 octobre 2020.
Article 2 : Les frais et honoraires d'expertise liquidés et taxés à la somme de 150 000 francs CFP sont mis à la charge du centre hospitalier territorial Gaston Bourret de Nouvelle-Calédonie.
Article 3 : Le centre hospitalier territorial Gaston Bourret de Nouvelle-Calédonie versera une somme de 180 000 francs CFP à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au centre hospitalier territorial Gaston Bourret de Nouvelle-Calédonie, à la société CNA Insurance et à la caisse de compensation des prestations familiales, des accidents du travail et de prévoyance des travailleurs de Nouvelle-Calédonie.
Copie en sera adressée pour information à M. D B, expert.
Délibéré après l'audience du 13 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sabroux, président,
M. Briquet, premier conseiller,
M. Pilven, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2023.
Le rapporteur,
B. BRIQUET
Le président,
D. SABROUX
Le greffier,
J. LAGOURDE
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
pc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026