jeudi 22 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2100292 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | SELARL VIRGINIE BOITEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 août 2021, Mme E G, représentée par Me Boiteau, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme totale de 5 994 168 francs CFP, en réparation des préjudices subis à la suite des exactions commises à son encontre en avril 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 100 000 francs CFP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'Etat est tenu de réparer, à titre principal sur le fondement de la responsabilité du fait des attroupements et rassemblements et à titre subsidiaire sur le terrain de la rupture d'égalité devant les charges publiques, les dommages qu'elle a subis à raison des violences commises sur le territoire de la commune de Ponérihouen entre le 27 et le 29 avril 2017 ;
- doit lui être alloué une somme de 5 794 168 francs CFP au titre de son préjudice matériel et un montant de 200 000 francs CFP au titre de son préjudice moral.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 novembre et le 8 décembre 2022, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 100 000 francs CFP soit mise à la charge de Mme G au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les juridictions de l'ordre administratif sont incompétentes pour connaître du litige, l'opération en cause étant une opération de police judiciaire ;
- aucune réparation n'est due, les fondements invoqués par la requérante ne permettant pas en l'espèce d'engager la responsabilité de l'Etat, l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre les dommages et l'action de l'Etat faisant défaut, et la matérialité des préjudices allégués n'étant pas démontrée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- la loi n° 86-29 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 décembre 2022 :
- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Ortet, avocat de Mme A, et de M. I, représentant l'Etat.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de différends au sein du " clan G ", qui s'exprimaient depuis environ une année et étaient nés dans un contexte de rivalités exacerbées, plusieurs membres de ce clan ont mené des actions violentes à l'encontre d'autres membres de leur famille entre le 27 et le 29 avril 2017 sur le territoire de la commune de Ponérihouen, conduisant à l'incendie de plusieurs habitations et véhicules, à l'emploi d'armes à feu, et à la mort d'un cheval appartenant à l'une des victimes, tué par de multiples coups de boule de pétanque et de sabre à la tête. De tels délits ont entraîné la condamnation de douze personnes à des peines comprises entre trois et dix mois d'emprisonnement par un jugement du tribunal correctionnel du 13 décembre 2017, ainsi qu'à l'octroi de dommages-et-intérêts allant de 200 000 francs CFP à 155 797 513 francs CFP dans le cadre de l'action civile qui a été jugée par une décision du tribunal de première instance de Nouméa du 24 août 2020. N'étant pas certaine de recouvrer l'intégralité des sommes qui lui ont été accordées, Mme G, l'une des victimes, demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme totale de 5 994 168 francs CFP, à titre principal sur le fondement de la responsabilité du fait des attroupements et rassemblements et à titre subsidiaire sur le terrain de la rupture d'égalité devant les charges publiques, afin d'obtenir réparation des préjudices qu'elle a subis entre le 27 et le 29 avril 2017.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. Le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie se prévaut, par voie d'exception, de l'incompétence de la juridiction administrative. Toutefois, les actions en réparation des dommages causés du fait des attroupements et rassemblements relèvent exclusivement de la juridiction administrative depuis l'abrogation, par l'article 27 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions diverses relatives aux collectivités locales, de l'article L. 133-5 du code des communes qui attribuait compétence aux juridictions de l'ordre judiciaire pour connaître de telles actions. Par ailleurs, vis-à-vis du fondement de responsabilité invoqué à titre subsidiaire, si l'action fondée sur la responsabilité sans faute de l'État en raison du préjudice résultant d'une opération de police judiciaire relève de la compétence de la juridiction judiciaire, il résulte néanmoins de l'instruction que le préjudice dont se prévaut la requérante trouve essentiellement son origine dans les conditions dans lesquelles a été organisée la protection des biens et des personnes. Une telle mission de protection relève de la police administrative. Par suite, les conclusions de Mme G relèvent dans leur ensemble de la compétence de la juridiction administrative.
Sur la responsabilité du fait des attroupements et rassemblements :
3. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, qui a été rendu applicable en Nouvelle-Calédonie par l'article L. 286-1 du même code : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens. / L'Etat peut également exercer une action récursoire contre les auteurs du fait dommageable, dans les conditions prévues au chapitre Ier du sous-titre II du titre III du livre III du code civil. / Il peut exercer une action récursoire contre la commune lorsque la responsabilité de celle-ci se trouve engagée. ".
4. Il résulte de l'instruction, et notamment des procès-verbaux d'audition en garde à vue de M. F G du 29 avril 2017, de M. H C du 30 avril 2017, et de M. B J du 1er mai 2017, que les groupes à l'origine des délits commis entre le 27 et le 29 avril 2017 ne se sont constitués et organisés qu'à seule fin de porter atteinte aux membres du " clan G " qu'ils visaient et contre lesquels ils voulaient se venger. Leurs actions présentaient ainsi un caractère prémédité. De telles actions ne peuvent, en conséquence, être regardées comme ayant été commises par un rassemblement ou un attroupement au sens des dispositions précitées de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure. Il s'ensuit que les dommages qu'elles ont provoqués ne peuvent ouvrir droit à réparation sur le fondement de cet article.
Sur la responsabilité au titre de la rupture d'égalité devant les charges publiques :
5. La responsabilité de l'Etat, qu'elle soit invoquée sur le fondement de la faute ou sur celui du principe d'égalité devant les charges publiques, ne peut, en l'absence de disposition particulière, résulter que d'un fait imputable à l'Etat. Par ailleurs, les dommages résultant du fait de l'abstention de l'autorité administrative compétente de prendre les mesures nécessaires pour rétablir l'ordre et assurer la protection des biens et des personnes ne peuvent, lorsque cette abstention n'est pas fautive, engager la responsabilité de cette autorité que si cette abstention a été directement à l'origine d'un dommage grave et spécial.
6. Il est ici constant que l'action de forces de gendarmerie n'a en elle-même engendré aucun dommage. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que ces forces auraient refusé d'assurer leur mission de maintien de l'ordre et de protection des biens et des personnes. Ainsi, elles sont intervenues une première fois le 25 avril 2017 à la suite d'une altercation ayant amené les frères Aulenne G, Daniel G, et Djimmy G à frapper M. H C, excédés par les insultes et menaces récurrentes que celui-ci proférait à leur encontre. Elles sont revenues, une deuxième fois, le 26 avril 2017 au soir afin de calmer la situation dans le cadre d'une expédition punitive qui avait mal tourné, M. D G ayant atteint, d'un coup de fusil à pompe, la cheville de l'un des assaillants qui venait de lancer une pierre sur la baie vitrée de sa maison. Contactées le 27 avril 2017 à 21 heures 10 alors que des tirs d'armes à feu avaient visé le domicile de M. D G, elles sont restées près de deux heures sur place, discutant avec la quinzaine de membres du " clan G " stationnés à proximité, s'assurant qu'ils étaient désarmés et ne repartant que lorsqu'il leur paraissait certain que le calme était revenu. Recontactées à 2 heures du matin, elles n'ont pu que constater les incendies qui étaient déjà en cours. Elles n'étaient au demeurant pas non plus en mesure d'empêcher la mort du cheval, laquelle avait entretemps été causée avec la plus grande cruauté, par M. H C, l'un des agresseurs, qui s'était éloigné pour ce faire du groupe procédant aux départs de feu. Elles ont néanmoins sécurisé l'intervention des pompiers, et ont assuré une surveillance étroite de la zone, qui les a conduites à être visées pendant une dizaine de minutes par un tir nourri vers 3 heures du matin. Elles ont alors proposé aux membres de la famille G habitant à proximité une évacuation pour assurer leur sécurité, qu'ils ont refusé, et ne se sont retirées, à un endroit situé à environ deux kilomètres plus loin, qu'après avoir constaté que c'était la présence des forces de l'ordre qui générait les coups de feu, lesquels ont cessé après leur départ. Le lendemain, avec l'appui de renforts, elles ont assuré pendant toute la journée une surveillance continue du site visé la nuit précédente, qui a amené les auteurs des expéditions punitives successives à s'attaquer dans la soirée du 28 avril 2017 à un autre site, dans la vallée de la Népia, où se trouvaient les maisons secondaires de deux des frères G, avant de revenir dans le courant de la nuit du 28 au 29 avril 2017 détruire les dernières maisons, désormais vidées de tout habitant, qui existaient encore. L'ensemble de ces interventions, qui s'inscrivaient dans un contexte complexe de ressentiments anciens et partagés, ont été menées seules par les forces de gendarmerie, les autorités coutumières ayant décidé de ne pas s'immiscer dans ce conflit qui était perçu comme intrafamilial. Venant s'ajouter à l'enquête judiciaire, qui était conduite en parallèle par le biais de constatations et recherches de preuve menées en journée, dès que la lumière le permettait, et qui a donné lieu au placement en garde à vue des principales personnes concernées à compter du 29 avril 2017, de telles interventions font ici obstacle à ce que l'administration puisse être regardée comme ayant sciemment laissé les auteurs des dommages perpétrer leur méfaits, ou comme s'étant abstenue de prendre les mesures nécessaires pour rétablir l'ordre et assurer la protection des biens et des personnes. Dans ces conditions, les dommages subis n'étant pas ici dus à un fait imputable à l'Etat, la responsabilité de ce dernier ne saurait être engagée sur le fondement de la rupture d'égalité devant les charges publiques, laquelle n'est pas un régime de solidarité nationale.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme G n'est pas fondée à demander la condamnation de l'Etat à réparer les préjudices qu'elle a subis. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de l'Etat présentées au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E G et au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.
Délibéré après l'audience du 12 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Sabroux, président,
M. Briquet, premier conseiller,
M. Pilven, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
B. BRIQUET
Le président,
Signé
D. SABROUX Le greffier,
Signé
J. LAGOURDE
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
POUR COPIE CERTIFIE CONFORME
A L'ORIGINAL
.
nd
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026