vendredi 17 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2200027 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | D&S LEGAL |
Vu la procédure suivante :
Par une saisine, enregistrée le 20 janvier 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 3 février 2023 la province Nord défère au tribunal, comme prévenue d'une contravention de grande voirie, M. E B, et conclut à ce que le tribunal :
1°) constate que les faits établis par le procès-verbal du 2 juin 2021 constituent la contravention prévue et réprimée par l'article 75 de la loi du pays du 11 janvier 2002 sur le domaine public maritime de la province Nord et condamne par suite M. B au paiement d'une amende de 178 000 francs CFP ;
2°) ordonne à M. B de remettre en état les lieux en procédant à la dépollution puis au démantèlement de l'habitation édifiée sur le domaine public maritime, au retrait du compteur électrique et de la barrière dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 000 francs CFP par jour de retard ;
Elle soutient que :
- M. B, malgré le retrait de son autorisation d'occupation temporaire de la parcelle de la zone des cinquante pas géométriques, continue d'occuper et d'exploiter cette parcelle appartenant au domaine public maritime sur laquelle une construction à usage d'habitation a été édifiée sans aucune autorisation, occupée par M. et Mme C ;
- M. B et le couple habitant la construction occupent sans droit ni titre la parcelle de la zone des cinquante pas géométriques où ils exploitent un cheptel de bétail, entravent l'accès à la mer des propriétaires riverains.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 18 janvier 2023 et le 1er mars 2023, M. B, représenté par la SELARL DetS Legal, conclut à sa relaxe et au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 350 000 francs CFP soit mise à la charge de la province Nord.
Il soutient que :
- la procédure d'expulsion est irrégulière, le procès-verbal de contravention de grande voirie dressé à son encontre le 2 juin 2021, par une autorité dont il n'est pas démontré qu'elle soit compétente, ne lui ayant jamais été notifié, ce qui ne lui a pas permis de préparer sa défense ; elle n'en n'a eu connaissance qu'à l'occasion de la saisine du juge des référés de ce tribunal alors que les faits ont été constatés le 28 mai 2020 ;
- le procès-verbal de grande voirie ne démontre pas que les faits invoqués sont de nature à compromettre la conservation d'une dépendance du domaine public ou nuire à l'usage auquel elle est destinée ;
- la requérante n'a pas transmis au Tribunal de céans l'acte de notification à l'appui de sa requête, ce qui rend sa saisine irrégulière ;
- l'action publique est prescrite aux termes de l'article 9 du code de procédure pénale ;
- les faits reprochés ne constituent pas une atteinte au domaine public maritime
- concernant l'action domaniale, aucune proposition de relogement n'a été formulée aux occupants de l'habitation édifiée sur la parcelle litigieuse.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;
- la loi du pays n° 2001-017 du 11 janvier 2002 ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Par une ordonnance en date du 31 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 mars 2023 à 12h.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 mars 2023 :
- le rapport de M. Sabroux, président ;
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Arcangeli de SELARL DetS Legal pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que, par une décision du 11 avril 2003 du président de l'assemblée de la province Nord, M. E B a été autorisé, à compter du 1er janvier 2003 et à fin d'y laisser pâturer son bétail, à occuper, à titre précaire et révocable, la parcelle d'environ 30 hectares de la zone des cinquante pas géométriques au droit des lots devenus n° 47 à 53, section Tiari-Amoss sur la commune de Ouégoa, moyennant une redevance annuelle de 30 080 francs CFP. Cette autorisation délivrée à titre strictement personnel prévoit qu'aucune construction ni entrave aux accès au rivage ne peut être édifiée sur cette parcelle. Une visite de contrôle effectuée le 28 mai 2020 par les agents du service du domaine de la province Nord a permis de constater une occupation irrégulière de la parcelle caractérisée notamment par une zone aménagée et entretenue par M. C et Mme A sur laquelle sont édifiés une maison en bois leur servant d'habitation, un abri servant de toilettes et un appentis destiné au stockage de matériels divers, ainsi que la présence d'un amoncellement de pneus et d'un poteau électrique. La mise en demeure de remettre en état les lieux dans le délai d'un mois qui lui a été adressée par un courrier du président de l'assemblée de la province Nord du 7 septembre 2020 étant demeurée sans effet, par une décision du 13 octobre 2020, la même autorité a résilié, à compter du 30 novembre 2020, l'autorisation d'occupation temporaire du domaine public maritime qui avait été accordée à M. B par la décision du 11 avril 2003 et a donné un délai d'un mois à l'intéressé pour remettre la zone en l'état. M. B ayant sollicité, par courrier du 29 novembre 2020, le renouvellement de son autorisation d'occupation de la parcelle en cause, la province Nord a expressément subordonné, par courrier du 8 mars 2021, l'instruction de sa demande à la déconstruction de l'habitation édifiée sur la parcelle et à la remise en état de la zone. M. B n'ayant toujours pas satisfait à cette condition mise à l'instruction de sa demande, un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé à son encontre le 2 juin 2021. La province Nord demande au tribunal de constater que les faits établis par ce procès-verbal constituent une contravention de grande voirie et de condamner M. B à une amende de 178 000 CFP, d'enjoindre à ce dernier, sous astreinte de 50 000 francs CFP par jour de retard, de remettre en état le domaine public.
2. Aux termes de l'article 75 de la loi du pays du 11 janvier 2002 sur le domaine public maritime de la Nouvelle-Calédonie et des provinces : " Tout fait matériel pouvant compromettre la conservation d'une dépendance du domaine public maritime ou nuire à l'usage auquel cette dépendance est légalement destinée, constitue une contravention de grande voirie, constatée, réprimée et poursuivie par la voie administrative ". Aux termes de l'article 76 de la même loi : " Les contraventions de grande voirie sont passibles d'une amende d'un montant maximal de 178 000 Francs CFP ". L'article 77 de cette loi dispose que : " Indépendamment des amendes qui pourraient leur être infligées, les contrevenants peuvent être condamnés à réparer le dommage et à remettre les lieux en état ".
3. Aux termes de l'article L. 774-2 du code de justice administrative : " Dans les dix jours qui suivent la rédaction d'un procès-verbal de contravention, le préfet fait faire au contrevenant notification de la copie du procès-verbal. / () La notification est faite dans la forme administrative, mais elle peut également être effectuée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. / La notification indique à la personne poursuivie qu'elle est tenue, si elle veut fournir des défenses écrites, de les déposer dans le délai de quinzaine à partir de la notification qui lui est faite. / Il est dressé acte de la notification ; cet acte doit être adressé au tribunal administratif et y être enregistré comme les requêtes introductives d'instance ". Aux termes de l'article L. 774-9 du même code : " Pour l'application des articles L. 774-1 à L. 774-8 en Nouvelle-Calédonie : 1° Dans l'article L. 774-2, le mot : " préfet " est remplacé par les mots : " haut-commissaire " ; 2° Le délai de quinze jours prévu à l'article L. 774-2 est porté à un mois ; 3° Le délai d'appel de deux mois prévu à l'article L. 774-7 est porté à trois mois. Le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, pour le domaine public de la Nouvelle-Calédonie, et le président de l'assemblée de province, pour le domaine public de la province, exercent respectivement les attributions dévolues au haut-commissaire dans les conditions prévues par le présent article. Pour l'application de l'alinéa précédent, à l'article L. 774-2, le mot : " préfet " est remplacé par les mots : " président du gouvernement ou le président de l'assemblée de province " ".
Sur l'engagement des poursuites :
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme D F, cheffe du service du domaine et du patrimoine de la province Nord et rédactrice du procès-verbal du 2 juin 2021 dispose du pouvoir de constater par procès-verbal les infractions à la réglementation du domaine public maritime par un arrêté du président de la province Nord en date du 15 juillet 2004. Le moyen tiré de son incompétence doit donc être écarté.
5. En deuxième lieu, la notification du procès-verbal de contravention du 2 juin 2021, d'un courrier de la province Nord et d'une copie de la présente requête, qui lui a été faite par acte d'huissier en date du 25 janvier 2022 indiquait qu'il pouvait produire des observations en défense écrites dans un délai d'un mois, dispositions applicables en Nouvelle-Calédonie, en vertu des dispositions combinées des articles L. 774-2 et L. 774-9 du code de justice administrative. Par suite, M. B ne saurait utilement se plaindre de ce que le président de la province Nord, en lui notifiant le procès-verbal de contravention, ne lui a pas imparti un délai de 15 jours pour présenter ses observations au tribunal.
6. L'observation du délai de dix jours prévu au premier alinéa de l'article L. 774-2 du code de justice administrative n'étant pas prescrite à peine de nullité, le moyen tiré de ce qu'il aurait été méconnu ne peut être utilement invoqué. Pour autant, la notification tardive du procès-verbal, pour regrettable qu'elle soit, ne saurait porter atteinte aux droits de la défense. A cet égard, la circonstance que le procès-verbal de contravention de grande voirie n'a été notifié à M. B que le 25 janvier alors qu'il avait été dressé le 2 juin 2021, n'a pas, en l'espèce, privé la personne poursuivie de la possibilité de rassembler les éléments de preuve utiles à sa défense. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'atteinte portée aux droits de la défense doit être écarté.
Sur l'action publique :
7. Aux termes de l'article 9 du code de procédure pénale : " En matière de contravention, la prescription de l'action publique est d'une année révolue ; elle s'accomplit selon les distinctions spécifiées à l'article 7 ". Aux termes du premier alinéa de l'article 7 du même code : " () l'action publique se prescrit () à compter du jour où le crime a été commis si, dans cet intervalle, il n'a été fait aucun acte d'instruction ou de poursuite ". Peuvent seules être regardées comme des actes d'instruction ou de poursuite de nature à interrompre la prescription, en matière de contraventions de grande voirie, outre les jugements rendus par les juridictions et les mesures d'instruction prises par ces dernières, les mesures qui ont pour objet soit de constater régulièrement l'infraction, d'en connaître ou d'en découvrir les auteurs, soit de contribuer à la saisine du tribunal administratif. Il résulte de l'instruction que l'occupation irrégulière du domaine public maritime perdurait à la date du constat réalisé sur place par les agents assermentés et lors de l'établissement du procès-verbal le 2 juin 2021. Dès lors, M. B ne peut se prévaloir, pour invoquer la prescription de l'action publique prévue à l'article 9 du code de procédure pénale, de ce que l'administration avait connaissance de cette occupation depuis sa visite des lieux effectuée le 28 mai 2020 et la mise en demeure en date du 7 septembre 2020 qui s'en est suivie, lesquelles ne constituaient pas au demeurant des mesures de constatation régulière de l'infraction. Au surplus, après l'établissement du procès-verbal le 2 juin 2021 puis sa notification le 25 janvier 2022, qui constituent des actes interruptifs, ont été réalisés dans le délai d'un an prévu par ces dispositions. Aussi, ce délai n'était-il pas expiré lorsque le président de la province Nord a déféré le 20 janvier 2022 au tribunal ce procès-verbal. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'action publique est prescrite. En conséquence, il y a lieu au titre de l'action publique de condamner M. B à payer une amende de 178 000 francs CFP au titre de l'infraction commise.
Sur l'action domaniale :
8. Ainsi qu'il a été dit, par une décision du 13 octobre 2020, le président de l'assemblée de la province Nord a résilié, à compter du 30 novembre 2020, l'autorisation unilatérale d'occupation temporaire du domaine public maritime qui avait été accordée à M. B par la décision du 11 avril 2003. Ainsi, ce dernier ne disposait plus, au 30 novembre 2020, d'aucun titre l'autorisant à occuper le domaine public maritime de la province Nord. Cette décision de résiliation n'a fait l'objet d'aucune contestation de la part de M. B qui s'est contenté de solliciter, le 29 novembre 2020, le renouvellement de son autorisation. La province Nord doit être regardée comme demandant nécessairement, outre la remise en état des lieux, que le tribunal ordonne l'évacuation de la parcelle litigieuse de M. B.
9. L'article 76 de la loi du 17 janvier 2002, modifié par l'article 37 III de la loi n° 2012-6 du 5 septembre 2012, dispose que : " Les contraventions de grande voirie sont passibles d'une amende d'un montant maximal de 178 000 F CFP ". Aux termes de l'article 77 de ladite loi : " Indépendamment des amendes qui pourraient leur être infligées, les contrevenants peuvent être condamnés à réparer le dommage et à remettre les lieux en état ".
10. Il y a lieu, en application de ces dispositions de condamner M. B à remettre les lieux en l'état, si ce n'est déjà fait et ce, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous peine d'une astreinte de 50 000 francs CFP par jour de retard, faute de quoi il y sera procédé d'office et à ses frais par la province Nord.
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de la Province Nord qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est condamné à payer une amende de 178 000 francs CFP.
Article 2 : M. B est condamné à évacuer sans délai les lieux qu'il occupe sans autorisation sur le domaine public maritime de la province Nord et à les remettre en l'état, en procédant à la démolition de toute construction, abri, clôture, poteau électrique et à l'enlèvement des pneus se trouvant sur la parcelle litigieuse, sous astreinte de 50 000 francs CFP par jour de retard passé un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. A défaut, il y sera procédé d'office et aux frais de M. B par la province Nord.
Article 3 : Le présent jugement sera adressé au président de l'assemblée de la province Nord pour notification à M. E B dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sabroux, président rapporteur
M. Pilven, premier conseiller,
M. Briquet, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023
L'assesseur le plus ancien,
SIGNÉ
JE. PILVENLe président rapporteur,
SIGNÉ
D. SABROUXLe greffier de chambre,
SIGNÉ
J. LAGOURDE
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,cb
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Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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